Mandéisme

Religion monothéiste, gnostique et dualiste, issue du Proche-Orient ancien, centrée sur la figure de Jean le Baptiste. Ses fidèles, les Mandéens, pratiquent des rituels complexes de purification par l'eau courante et croient en la suprématie du Monde de la Lumière sur le monde matériel ténébreux.

Introduction

Le mandéisme (mandāyā, de 'manda' signifiant 'gnose' ou 'connaissance') est l'une des plus anciennes religions monothéistes encore pratiquées. Souvent qualifiée de dernière religion gnostique survivante, elle se caractérise par un dualisme cosmologique rigoureux, un rituel baptismal central et un profond respect pour l'eau courante (yardna) considérée comme une entité vivante et sacrée. Sa langue liturgique est un dialecte araméen oriental, le mandéen. La communauté, extrêmement fermée, a survécu à des siècles de persécution, notamment sous les empires islamiques, en raison de son statut de 'Gens du Livre' (ahl al-kitab) parfois contesté.

Histoire

Les origines du mandéisme sont obscures et débattues. La tradition mandéenne elle-même affirme une origine pré-chrétienne en Palestine, avec des liens directs avec Jean le Baptiste, dont les disciples auraient migré vers l'est, en Mésopotamie, pour échapper aux persécutions. Les chercheurs situent généralement sa formation en tant que religion distincte entre le Ier et le IIIe siècle apr. J.-C., dans le bassin du Tigre et de l'Euphrate, région de confluence des influences juives, chrétiennes, zoroastriennes et manichéennes. Durant l'ère islamique, les Mandéens, appelés Ṣābi'ah dans les textes arabes, ont bénéficié d'une protection relative en tant que 'Gens du Livre', bien que souvent marginalisés. Le XXe siècle a été marqué par des migrations forcées et des persécutions, notamment après la guerre d'Irak de 2003 et la montée de l'extrémisme, poussant une grande partie de la communauté à l'exil, menaçant sa survie en terre historique.

Croyances

Le mandéisme est une religion gnostique et dualiste. Il postule l'existence de deux royaumes antagonistes et éternels : le Monde de la Lumière (Alma d-Nhūra), régi par le Dieu suprême, incréé et sans forme, appelé 'la Grande Vie' (Hayyē Rabbē) ou 'le Seigneur de la Grandeur' (Māran d-Rabutā) ; et le Monde des Ténèbres (Alma d-Hšuka), régi par des archontes mauvais, dont le principal est Ptahil, le démiurge qui a créé le monde matériel imparfait. L'âme humaine (nišimta) est une étincelle de lumière divine emprisonnée dans le corps de chair (pagra), œuvre du démiurge. Le salut consiste à libérer cette âme par la gnose (manda) et une vie pure, afin qu'elle remonte, après la mort, à travers les sphères célestes pour réintégrer le Monde de la Lumière. Jésus (Išu Mšiha) est considéré comme un faux messie, un corrupteur des enseignements de Jean. Leur panthéon comprend de nombreuses entités lumineuses ('uthras) qui servent d'intermédiaires.

Pratiques

Le rituel central est le baptême (maṣbuta), immersion complète dans l'eau courante (rivière, canal) effectuée chaque dimanche et lors des grandes fêtes. Il n'est pas un sacrement unique mais un rite de purification et de régénération répété tout au long de la vie. Le principal repas rituel est la cène (lofani) ou 'table' (pahta), commémorant les morts et unissant les vivants et les défunts. Les prêtres (tarmidē, 'étudiants' ; niveau supérieur : ganzibrē, 'trésoriers') forment une caste héréditaire responsable des rites complexes. La pureté rituelle (hafṣa) est primordiale : interdictions alimentaires (pas de viande saignante), règles strictes concernant le sang, la menstruation et la mort. Les trois grandes fêtes sont : Parwanaya (les 5 jours épagomènes, Nouvel An), Dehwa Rabba (la 'Grande Fête' commémorant la création des 'uthras) et Dehwa d-Šišlam Rabba (commémoration de la mort d'Adam). Le mariage est obligatoire et la procréation est un devoir religieux.

Branches

La communauté mandéenne est petite et ne présente pas de branches doctrinales majeures. La distinction principale est sociale et religieuse entre les laïcs (mandayē, 'gnostiques') et les prêtres (tarmidē et ganzibrē). La transmission du sacerdoce est héréditaire et requiert une formation longue et exigeante. Dans la diaspora moderne, des adaptations des pratiques (comme l'utilisation de piscines pour le baptême) apparaissent, mais la doctrine centrale reste unifiée.

Influence

L'influence directe du mandéisme sur d'autres religions est limitée en raison de son isolement et de son caractère endogame. Cependant, en tant que témoin vivant des courants gnostiques et baptistes de l'Antiquité tardive, il est d'une importance capitale pour les études académiques. Ses textes, rédigés en mandéen, éclairent l'araméen de l'époque et les traditions religieuses du Proche-Orient. Le mandéisme a influencé indirectement la littérature ésotérique occidentale et les études comparées des religions. Aujourd'hui, sa survie même, en tant que religion autochtone du Moyen-Orient non-abrahamique, est un symbole de la diversité religieuse menacée de la région.

Sources

  • Buckley, Jorunn Jacobsen. 'The Mandaeans: Ancient Texts and Modern People'. Oxford University Press, 2002.
  • Drower, E.S. 'The Mandaeans of Iraq and Iran'. Oxford University Press, 1937 (réédité).
  • Lupieri, Edmondo. 'The Mandaeans: The Last Gnostics'. William B. Eerdmans Publishing Company, 2002.
  • Rudolph, Kurt. 'Mandaeism'. Dans 'The Encyclopedia of Religion', éd. Mircea Eliade. Macmillan, 1987.
  • UNHCR reports on the situation of Mandaean refugees.
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