John Stuart Mill

Philosophe, économiste et homme politique britannique du XIXe siècle, figure majeure de l'utilitarisme et du libéralisme. Il a profondément renouvelé la pensée utilitariste héritée de Jeremy Bentham en y intégrant des dimensions qualitatives et en défendant farouchement les libertés individuelles. Son œuvre, notamment 'De la liberté' et 'L'utilitarisme', reste une pierre angulaire de la philosophie politique et morale moderne.

Introduction

John Stuart Mill (1806-1873) est l'une des figures intellectuelles les plus influentes de l'ère victorienne. Élevé selon un régime éducatif extrêmement rigoureux par son père, James Mill, il devient un prodige des lettres et des sciences. Après une crise dépressive qui remet en question les fondements de son éducation benthamiste, il élabore une philosophie synthétique, mêlant utilitarisme, libéralisme politique, empirisme et une sensibilité aux courants romantiques. Son travail couvre un spectre exceptionnellement large, de la logique et de l'épistémologie à l'économie politique, en passant par l'éthique et la théorie du gouvernement.

Description

La pensée de Mill est un pilier du libéralisme classique. Dans son essai fondateur 'De la liberté' (1859), il formule son célèbre 'principe de non-nuisance' (ou 'principe de liberté') : la seule raison légitime pour laquelle la société peut exercer un pouvoir sur un individu contre sa volonté est d'empêcher qu'il ne nuise à autrui. L'individu est souverain sur lui-même, son corps et son esprit. Ce plaidoyer pour la liberté de pensée, d'expression et de mode de vie vise à favoriser le progrès social et l'épanouissement individuel. En économie, tout en restant dans le cadre de l'économie politique classique, il critique les inégalités de distribution et est ouvert à des formes modérées de socialisme (comme les coopératives). En logique, son 'Système de logique' (1843) fut un traité de référence pendant des décennies.

Histoire

Né à Londres, Mill est éduqué à la maison par son père, un disciple de Bentham. Il apprend le grec à trois ans, lit Platon dans le texte à sept ans et étudie l'économie politique à treize ans. À vingt ans, il traverse une 'crise des facultés mentales', réalisant que la poursuite mécanique du bonheur prônée par l'utilitarisme benthamiste ne suffit pas à donner un sens à la vie. La lecture des poètes romantiques (Wordsworth, Coleridge) et l'influence décisive d'Harriet Taylor (qu'il épousera après vingt ans d'amitié intellectuelle et amoureuse) l'aident à reconstruire sa pensée. Il travaille pendant 35 ans pour la Compagnie des Indes orientales. Élu député de 1865 à 1868, il milite pour le droit de vote des femmes, la réforme agraire en Irlande et le contrôle des naissances. Ses œuvres majeures, 'De la liberté' et 'Considérations sur le gouvernement représentatif' (1861), sont écrites en étroite collaboration avec Harriet.

Caracteristiques

1. **Utilitarisme qualitatif** : Mill rompt avec Bentham en affirmant que les plaisirs ne se distinguent pas seulement quantitativement, mais aussi qualitativement. 'Mieux vaut être Socrate insatisfait qu'un porc satisfait' : les plaisirs de l'intellect et de la moralité sont supérieurs à ceux des sens. 2. **Libéralisme fondé sur l'utilité** : Sa défense des libertés n'est pas fondée sur des droits naturels abstraits, mais sur leur utilité sociale pour le progrès et le développement humain. 3. **Empirisme et logique inductive** : Il défend une épistémologie empiriste, où toute connaissance provient de l'expérience, et systématise les méthodes de raisonnement inductif pour les sciences sociales. 4. **Féminisme précurseur** : Dans 'De l'assujettissement des femmes' (1869), il argue que la subordination des femmes est un frein au progrès de l'humanité et plaide pour l'égalité des droits, notamment politique. 5. **Éclectisme et synthèse** : Sa force réside dans sa capacité à intégrer des éléments du romantisme, du conservatisme (via Coleridge) et du socialisme naissant à l'utilitarisme libéral.

Importance

L'impact de Mill est immense et durable. Il est considéré comme le philosophe de la liberté individuelle par excellence dans le monde anglophone. Son 'principe de non-nuisance' est la référence centrale des débats sur les limites de l'État, la liberté d'expression et les droits des minorités. Son utilitarisme qualitatif a revitalisé cette doctrine éthique. Son plaidoyer pour le suffrage féminin et l'égalité des sexes a marqué le mouvement féministe. En économie, il a opéré une transition entre l'économie classique et les préoccupations sociales ultérieures. Enfin, sa défense de l'éducation et de la discussion libre comme moteurs du progrès continue d'inspirer les sociétés démocratiques.

Anecdotes

L'éducation prodigieuse et la dépression

Son père, James Mill, lui fit suivre un programme éducatif extrêmement intensif, isolant l'enfant de ses pairs. Mill lisait le grec ancien et l'histoire à un âge où la plupart des enfants apprennent à lire. Cette éducation forgea son intellect mais étouffa ses émotions. À 20 ans, il fit une dépression nerveuse sévère, qu'il décrit dans son 'Autobiographie'. La découverte de la poésie romantique, notamment Wordsworth, fut une révélation qui lui permit de reconnecter avec ses sentiments et de réformer sa philosophie, y intégrant la dimension du développement personnel et des 'cultures des sentiments'.

L'influence d'Harriet Taylor

La rencontre avec Harriet Taylor en 1830 fut l'événement capital de sa vie. Mariée, elle entretint avec Mill une relation platonique et intellectuelle intense pendant vingt ans, scandalisant la société victorienne. Après la mort de son mari, ils se marièrent en 1851. Mill lui attribua une influence majeure, voire co-autoriale, sur ses œuvres les plus importantes, notamment 'De la liberté', qu'il dédia à sa mémoire après sa mort prématurée en 1858. Il écrivit : 'Son intellect était aussi puissant que le mien, mais plus intuitif et poétique'.

Le député qui défendait des idées impopulaires

Lors de son bref mandat de député (1865-1868), Mill se distingua par son courage politique. Il fut l'un des premiers à défendre publiquement le droit de vote des femmes, présentant une pétition en ce sens au Parlement. Il soutint également la cause des ouvriers irlandais lors de la famine et osa défendre, lors d'un meeting, la cause de travailleurs anglais accusés de violence, risquant sa propre sécurité. Son indépendance d'esprit et son refus de suivre la ligne de son parti lui coûtèrent son siège aux élections suivantes.

Sources

  • Mill, John Stuart. 'De la liberté' (1859).
  • Mill, John Stuart. 'L'utilitarisme' (1861).
  • Mill, John Stuart. 'Autobiographie' (1873).
  • Skorupski, John. 'Why Read Mill Today?'. Routledge, 2006.
  • Berlin, Isaiah. 'John Stuart Mill and the Ends of Life'. Dans 'Four Essays on Liberty'. Oxford University Press, 1969.
EdTech AI Assistant