Introduction
Gottfried Wilhelm Leibniz est l'une des figures les plus brillantes et universelles de l'histoire intellectuelle européenne. Véritable génie polymathe, il a apporté des contributions majeures et fondatrices dans des domaines aussi divers que la philosophie, les mathématiques, la physique, la logique, la théologie, le droit, l'histoire et la diplomatie. Souvent décrit comme le dernier 'homme universel', sa pensée systématique et son optimisme métaphysique en font un pilier de la philosophie moderne, aux côtés de Descartes et de Spinoza.
Description
La philosophie de Leibniz est un système métaphysique complexe et original. Au cœur de celui-ci se trouve la notion de 'substance simple' ou 'monade'. Les monades sont des unités spirituelles, indivisibles, sans portes ni fenêtres, qui constituent les véritables atomes de la nature. Chaque monade reflète l'univers entier depuis son point de vue unique, selon un ordre préétabli par Dieu. Cette harmonie préétablie explique la coordination entre l'âme et le corps sans interaction causale directe. Dans sa 'Théodicée', Leibniz défend l'idée que Dieu, dans sa sagesse et sa bonté infinies, a choisi de créer le 'meilleur des mondes possibles' parmi une infinité de mondes concevables. Ce monde, bien qu'imparfait, maximise le bien et minimise le mal. Sur le plan scientifique, il invente le calcul différentiel et intégral (publié en 1684), développe une notation bien supérieure à celle de Newton et pose les bases de la logique symbolique moderne. Il conçoit également des machines à calculer et rêve d'une 'characteristica universalis', un langage symbolique universel pour résoudre tous les débats rationnels.
Histoire
Né à Leipzig en 1646, Leibniz est un enfant précoce qui se forme seul dans la bibliothèque de son père. Il obtient un doctorat en droit à 20 ans. Après un séjour à Paris (1672-1676) où il rencontre les grands esprits scientifiques de l'époque et perfectionne ses connaissances mathématiques, il entre au service de la maison de Hanovre comme bibliothécaire, historien et conseiller. Il occupe ce poste jusqu'à sa mort en 1716. Durant ces décennies, tout en accomplissant ses devoirs officiels (comme écrire l'histoire de la famille des Brunswick), il mène une correspondance colossale avec plus de 600 interlocuteurs à travers l'Europe, échangeant des idées dans tous les domaines du savoir. La controverse avec Newton sur la paternité du calcul infinitésimal l'occupe et l'assombrit à la fin de sa vie. Il meurt relativement isolé, laissant une masse considérable d'écrits, pour la plupart non publiés de son vivant.
Caracteristiques
La pensée de Leibniz se distingue par plusieurs traits marquants : 1) Le rationalisme : conviction que la raison peut accéder à des vérités nécessaires et expliquer la réalité. 2) L'optimisme métaphysique : défense du 'meilleur des mondes possibles'. 3) Le pluralisme métaphysique : l'univers est composé d'une infinité de substances individuelles (monades). 4) La continuité : principe de continuité dans la nature ('la nature ne fait pas de sauts'). 5) L'universalité : recherche d'une synthèse et d'une application des principes à tous les champs de la connaissance. 6) L'importance du principe de raison suffisante : 'rien n'arrive sans qu'il y ait une raison pour laquelle cela est ainsi et pas autrement'.
Importance
L'impact de Leibniz est immense et multiforme. En philosophie, il influence directement Christian Wolff, puis, par son opposition, Kant (qui lui doit l'idée d'une critique de la métaphysique). Sa monadologie et son optimisme sont discutés et souvent raillés (notamment par Voltaire dans 'Candide'), mais ils structurent des débats majeurs. En mathématiques, sa notation pour le calcul est toujours utilisée aujourd'hui. Il est considéré comme un précurseur de l'informatique (pensée algorithmique, machines à calculer) et de la logique formelle moderne (avec ses travaux sur un calcul logique). Ses idées sur l'inconscient (les 'petites perceptions') anticipent la psychologie. Enfin, ses projets de réconciliation des chrétiens et d'organisation du savoir préfigurent les Lumières et les encyclopédies.
