Introduction
Le kiswahili (son nom complet) est bien plus qu'une langue africaine ; c'est un phénomène socioculturel et historique. Né des interactions entre les communautés bantoues de la côte et les marchands arabes, persans et plus tard européens, il est devenu le vecteur principal de communication, d'éducation et d'identité panafricaine dans une vaste région. Son adoption par des États-nations modernes et par l'Union africaine en fait un symbole de l'unité et du patrimoine continental.
Description
Le swahili appartient à la famille des langues bantoues (sous-groupe G40). Sa grammaire est typiquement bantoue, avec un système de classes nominales (environ 18 classes, réduites en usage moderne) qui régissent l'accord des adjectifs, des verbes et des pronoms. Par exemple, 'mtu' (personne, classe 1) donne 'mtu mzuri' (une belle personne), tandis que 'watu' (personnes, classe 2) donne 'watu wazuri'. Son vocabulaire de base est bantou, mais il intègre un lexique considérable d'origine arabe (estimé à 20-30% dans certains domaines), notamment pour les concepts liés au commerce, à l'administration, à la religion et à la culture (ex: 'soko' - marché, 'kitabu' - livre, 'hesabu' - calcul). Il a également emprunté des mots au persan, au portugais, à l'anglais et à l'allemand. La langue standard moderne est basée sur le dialecte de Zanzibar (Kiunguja).
Histoire
L'histoire du swahili commence vers le 8ème-10ème siècle sur la côte swahilie, de la Somalie au Mozambique. Les communautés bantoues locales, pratiquant l'agriculture et la pêche, entrèrent en contact intensif avec des marchands arabes et persans musulmans naviguant sur l'océan Indien avec les moussons. De cette symbiose naquirent les cités-États swahilies (comme Kilwa, Mombasa, Lamu) et leur langue composite. L'arabe apporta son alphabet (l'écriture swahilie en caractères arabes, appelée 'ajami') et une riche terminologie. Au 19ème siècle, les explorateurs européens (comme Livingstone et Stanley) utilisèrent le swahili pour pénétrer l'intérieur des terres. La colonisation allemande puis britannique en fit une langue administrative et d'éducation, la standardisant et la transcrivant en alphabet latin. Après les indépendances, le Kenya et la Tanzanie, sous l'impulsion de Julius Nyerere qui traduisit même Shakespeare en swahili, en firent une langue officielle et un outil de construction nationale.
Caracteristiques
Le swahili possède une phonologie relativement simple pour un locuteur européen, avec 5 voyelles pures (a, e, i, o, u) et des consonnes généralement familières. Il n'a pas de sons tonals. Sa structure grammaticale est agglutinante : on ajoute des préfixes, infixes et suffixes à une racine pour modifier le sens. Le système verbal est très riche, permettant d'exprimer des nuances de temps, d'aspect, de mode et même la relation entre les actions grâce à des marqueurs spécifiques. Une caractéristique célèbre est l'usage de l'infixe '-ki-' pour le conditionnel ('nikisoma' = si je lis) et '-nge-' pour l'irréel. La formation des mots est très productive, souvent à partir d'une racine verbale. Par exemple, de '-soma' (lire), on obtient 'msomaji' (lecteur), 'kusoma' (l'action de lire), 'somo' (leçon), 'msomo' (syllabe).
Importance
Le swahili est la langue africaine la plus importante à l'échelle internationale. C'est l'une des langues de travail de l'Union africaine et la lingua franca de la Communauté d'Afrique de l'Est. Son importance dépasse le cadre linguistique : c'est un pilier de l'identité culturelle swahilie et un vecteur majeur de la production artistique (littérature, poésie, musique 'taarab', cinéma). Dans l'éducation, il est la langue d'instruction primaire en Tanzanie, favorisant l'alphabétisation. Dans les médias et sur internet, sa présence ne cesse de croître. Son apprentissage est vu comme un acte de connexion avec l'Afrique et son histoire, et il est enseigné dans de nombreuses universités à travers le monde.
