Roumain

Le roumain est une langue romane orientale, héritière directe du latin vulgaire parlé dans la province de Dacie. C'est la langue officielle de la Roumanie et de la République de Moldavie, parlée par environ 24 millions de locuteurs natifs. Sa particularité réside dans son isolement géographique au milieu des langues slaves et son substrat thrace-dace.

Introduction

Le roumain (limba română) est une langue indo-européenne appartenant au groupe oriental des langues romanes. Elle constitue un cas unique et fascinant dans la romanité, ayant évolué en vase clos, entourée de langues slaves, hongroise et turque, ce qui lui a conféré une identité linguistique distincte tout en préservant une structure latine remarquable.

Description

Le roumain est parlé principalement en Roumanie et en République de Moldavie (où il est appelé moldave pour des raisons politiques), ainsi que par des communautés significatives en Serbie (Voïvodine), en Ukraine, en Hongrie, et dans la diaspora mondiale. Il compte quatre dialectes principaux : le daco-roumain (la base de la langue standard), l'aroumain (macédo-roumain), le mégléno-roumain et l'istro-roumain. La langue standard moderne, établie au XIXe siècle, est basée sur le dialecte daco-roumain. Son alphabet est latin, avec cinq lettres supplémentaires : ă, â, î, ș, ț. La grammaire a conservé trois genres (masculin, féminin, neutre) et un système de déclinaisons avec des cas (nominatif/accusatif, génitif/datif, vocatif), une caractéristique héritée du latin qui a largement disparu dans les autres langues romanes.

Histoire

L'histoire du roumain commence avec la conquête de la Dacie par l'empereur Trajan en 106 après J.-C., suivie d'une intense romanisation. Après le retrait de l'administration romaine en 271, la langue latine vulgaire parlée par la population romanisée et dace a continué d'évoluer en isolation, formant le proto-roumain. Entre le VIIe et le Xe siècle, sous l'influence de l'Empire byzantin et des migrations slaves, la langue a subi une forte influence lexicale et phonétique slave, tout en conservant sa grammaire latine. Les premiers textes écrits en roumain datent du XVIe siècle (lettres, traductions religieuses) et étaient rédigés en alphabet cyrillique. Le passage à l'alphabet latin s'est opéré progressivement au XIXe siècle, période de renaissance nationale et d'affirmation de l'identité latine, culminant avec l'unification des principautés et la standardisation de la langue.

Caracteristiques

Le roumain présente plusieurs caractéristiques uniques parmi les langues romanes. Phonétiquement, il possède des phonèmes vocaliques spécifiques comme le « ă » (schwa) et les voyelles « â/î ». Morphologiquement, il a conservé le système de déclinaison nominale (trois cas principaux) et l'article défini enclitique (placé à la fin du nom, ex. : « omul » = l'homme, de « om » + « -ul »). Son vocabulaire est majoritairement d'origine latine (environ 75-80%), mais il intègre un substrat significatif de mots d'origine dace, un superstrat slave important (environ 15-20% du lexique courant), ainsi que des emprunts au hongrois, au turc, au grec, au français (notamment au XIXe-XXe siècles) et plus récemment à l'anglais. La syntaxe est de type SVO (Sujet-Verbe-Objet), mais flexible grâce aux déclinaisons.

Importance

Le roumain est d'une importance capitale pour la compréhension de l'évolution des langues romanes et des phénomènes de contact linguistique prolongé. Il sert de pont culturel et linguistique entre l'Europe latine et l'Europe slave/centre-orientale. En tant que langue officielle de l'Union européenne depuis 2007, son rôle institutionnel a été renforcé. Sa préservation et son étude sont essentielles pour l'identité nationale roumaine et moldave, et elle offre un accès direct à une littérature riche, du poète national Mihai Eminescu aux auteurs modernes comme Mircea Cărtărescu. Sa latinité, souvent source de fierté nationale, a historiquement orienté le pays vers l'Occident.

Anecdotes

Le mystère du substrat dace

Environ 160 à 200 mots roumains d'origine inconnue sont attribués au substrat dace, la langue des habitants pré-romains. Parmi eux, des termes fondamentaux comme « brad » (sapin), « brânză » (fromage), « mal » (rive), « viezure » (blaireau). Ces mots, résistants à la latinisation et aux influences ultérieures, constituent un héritage linguistique direct des anciens Daces.

La « guerre » des accents : â vs î

L'orthographe roumaine a connu un débat passionné au XXe siècle concernant l'écriture du son /ɨ/ (i sans point). L'Académie Roumaine a alterné entre l'utilisation exclusive de « î » (soutenue par les phonéticiens) et le retour partiel au « â » (soutenu par les partisans de la latinité, car il rappelle le « a » latin). La réforme de 1993 a rétabli « â » à l'intérieur des mots et « î » en début et fin, un compromis toujours discuté.

Le roumain, langue la plus proche du latin ?

Une idée répandue veut que le roumain soit la langue romane la plus proche du latin. Si sa grammaire a conservé des traits archaïques (comme la déclinaison), son vocabulaire a subi de profonds changements. Des études comparatives montrent que c'est l'italien, et surtout certains dialectes italiens comme le sarde, qui conservent le plus de similarités lexicales et phonétiques avec le latin. Le roumain reste cependant le plus conservateur sur le plan morphosyntaxique.

Le Codex de Iași, trésor linguistique

Le « Codex de Iași » (ou « Psautier de Șchei »), datant de la fin du XVIe siècle, est l'un des plus anciens textes complets en roumain. C'est une traduction des Psaumes, rédigée en alphabet cyrillique adapté. Il est d'une valeur inestimable pour les linguistes car il capture l'état de la langue à une période charnière, montrant un système de déclinaisons encore plus complet qu'aujourd'hui et un lexique riche en slavonismes.

Sources

  • Academia Română, Institutul de Lingvistică „Iorgu Iordan - Al. Rosetti”
  • Mallinson, G. (1988). « Rumanian ». Dans Harris, M.; Vincent, N. (eds.). The Romance Languages.
  • Sala, Marius (ed.). (2005). « From Latin to Romanian: The Historical Development of Romanian in a Comparative Romance Context ».
  • Ursini, F. (2011). « The Romance Balkans: Language Contact and Areal Features ».
  • Ethnologue: Languages of the World, Romanian
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