Introduction
Le Quenya est la plus célèbre et la plus développée des nombreuses langues inventées par J.R.R. Tolkien. Elle occupe une place centrale dans son légendaire, servant de langue de savoir, de poésie et de cérémonie pour les Elfes, à l'instar du latin dans l'Europe médiévale. Son élaboration, qui a débuté vers 1915 et s'est poursuivie jusqu'à la mort de Tolkien, était un pilier de sa création mythologique : les histoires étaient conçues pour fournir un monde à ses langues, et non l'inverse.
Description
Le Quenya est une langue hautement flexionnelle et synthétique, dont la phonologie et la grammaire sont principalement inspirées du finnois, avec des influences du latin, du grec ancien et, dans une moindre mesure, du gallois. Sa phonétique est caractérisée par un système vocalique clair et des consonnes douces, évitant les groupes de consonnes durs. L'alphabet principal utilisé pour l'écrire est le Tengwar, un système d'écriture élaboré par Fëanor dans les récits, bien qu'il puisse aussi être transcrit en alphabet latin. Le vocabulaire du Quenya est vaste, avec des milliers de mots documentés, organisés autour de racines lexicales primitives (comme *EL- pour 'étoile', à l'origine d'*Elda*, 'Elfe').
Histoire
Dans l'univers de Tolkien, le Quenya a évolué à partir du proto-eldarin, la langue ancestrale de tous les Elfes, après leur éveil à Cuiviénen. Il a été amené en Valinor, où il a été enrichi et est devenu la langue des Vanyar et des Noldor. Après la révolte des Noldor et leur exil en Terre du Milieu, l'usage du Quenya fut interdit par le roi Thingol de Doriath, ce qui conduisit à son remplacement par le Sindarin comme langue vernaculaire. Il est resté une langue de savoir et de rituel. Dans le monde réel, Tolkien a commencé à développer le 'Qenya' (orthographe primitive) pendant la Première Guerre mondiale. Son évolution a été constante, avec des révisions majeures dans les années 1930 et 1950, reflétées dans des textes comme 'Le Seigneur des Anneaux' (où il apparaît dans des inscriptions et des poèmes) et 'Le Silmarillion'.
Caracteristiques
La grammaire du Quenya est complexe. Les noms se déclinent en dix cas (nominatif, accusatif, génitif, possessif, datif, locatif, ablatif, allatif, instrumental, respectif) et en quatre nombres (singulier, pluriel, duel, et parfois pluriel partitif). Les verbes sont conjugués selon le temps, la personne et le nombre, avec des formes détaillées pour l'aoriste, le présent, le passé et le futur. L'ordre des mots est relativement libre en raison du système de cas. La morphologie est agglutinante, avec de nombreux suffixes et quelques préfixes. La phonologie suit des règles strictes d'harmonie vocalique et d'assimilation consonantique. Le style poétique du Quenya est particulièrement développé, avec des mètres et des formes fixes.
Importance
Le Quenya est bien plus qu'une simple langue de fiction. Il représente l'apogée de l'art linguistique construit (conlang), établissant des standards de cohérence interne, d'esthétique et d'intégration narrative qui inspirent toujours les créateurs de langues aujourd'hui. Il a donné naissance à une communauté vivante de passionnés qui étudient, écrivent et même parlent la langue, contribuant à son expansion au-delà des textes de Tolkien. Son existence démontre le lien profond entre le langage et la mythologie, faisant du légendaire de Tolkien un écosystème culturel crédible. Le Quenya a également influencé la fantasy moderne et a placé la philologie au cœur de la création littéraire secondaire.
