Persan (farsi)

Le persan, aussi appelé farsi, est une langue indo-européenne parlée principalement en Iran, en Afghanistan et au Tadjikistan. Langue de culture et de poésie millénaire, elle a profondément influencé de nombreuses langues voisines, notamment l'ourdou, le turc ottoman et l'hindi. Elle s'écrit avec une variante de l'alphabet arabe, enrichie de quatre lettres supplémentaires.

Introduction

Le persan (فارسی, Fārsi) est la langue officielle de l'Iran, de l'Afghanistan (où il est appelé dari) et du Tadjikistan (où il est appelé tadjik). Avec plus de 110 millions de locuteurs natifs, il occupe une place centrale dans le monde iranien et au-delà. Langue de l'administration, de la littérature et de la culture, le persan moderne est l'héritier direct du moyen-perse (pahlavi) et de l'ancien-perse, la langue des Achéménides.

Description

Le persan appartient à la branche iranienne de la famille des langues indo-européennes. Sa grammaire est relativement simple pour une langue indo-européenne : elle n'a ni genre grammatical, ni déclinaisons de cas, et utilise peu d'articles. Elle est caractérisée par une structure syntaxique de type SOV (Sujet-Objet-Verbe). Le vocabulaire persan est un mélange fascinant : un fonds lexical iranien ancien, un très grand nombre d'emprunts à l'arabe (estimé entre 30% et 60% du lexique courant), ainsi que des emprunts plus récents au français, à l'anglais et au russe. L'écriture utilise l'alphabet arabo-persan, un alphabet cursif de droite à gauche, augmenté de quatre lettres (پ [p], چ [tʃ], ژ [ʒ], گ [g]) pour représenter des sons absents de l'arabe.

Histoire

L'histoire de la langue persane se divise en trois grandes périodes. L'ancien-perse (vers 600-300 av. J.-C.) était la langue des inscriptions cunéiformes des rois achéménides comme Darius Ier. Le moyen-perse, ou pahlavi (vers 300 av. J.-C. - 900 ap. J.-C.), était la langue officielle des empires parthe et sassanide. Après la conquête arabo-musulmane au VIIe siècle, le persan a adopté l'écriture arabe et s'est enrichi de vocabulaire arabe, donnant naissance au persan moderne ou néo-persan à partir du IXe siècle. Cette renaissance linguistique et littéraire, centrée à la cour des Samanides à Boukhara, a vu l'émergence de poètes fondateurs comme Roudaki. L'âge d'or de la littérature persane (Xe-XVe siècles) avec Ferdowsi (auteur du Shâh Nâmé, l'épopée nationale iranienne), Hafez, Saadi, Omar Khayyam et Rûmi, a solidifié le persan comme une grande langue de civilisation du monde islamique et a étendu son influence de l'Anatolie à l'Inde moghole.

Caracteristiques

Parmi les caractéristiques notables du persan figurent sa morphologie agglutinante pour la formation des mots (utilisation extensive de suffixes et de préfixes), son système vocalique simple (six voyelles) et sa phonologie distincte. Une particularité célèbre est l'ezâfe (اضافه), une particule de liaison (généralement -e ou -ye) qui relie un nom à son complément, créant des constructions comme « ketâb-e bozorg » (le livre grand, c'est-à-dire le grand livre). La politesse est marquée dans le système pronominal par l'utilisation du pluriel « shomâ » (vous) comme forme de vouvoiement. Malgré l'utilisation de l'alphabet arabe, la structure de la langue reste fondamentalement indo-européenne, ce qui la rend très différente de l'arabe sur le plan grammatical.

Importance

L'importance du persan est immense sur les plans culturel, historique et géopolitique. Pendant des siècles, il a été la lingua franca de l'Orient, de la cour ottomane à celle de l'Inde moghole, où il était la langue de l'administration et des arts. Il a servi de vecteur majeur pour la diffusion de la science, de la philosophie et de la mystique soufie dans le monde islamique. Aujourd'hui, en tant que langue d'un État pivot au Moyen-Orient (l'Iran) et de pays stratégiques comme l'Afghanistan et le Tadjikistan, sa maîtrise est cruciale pour comprendre les dynamiques régionales. Sa littérature, notamment la poésie, continue d'être vénérée et étudiée bien au-delà des frontières des pays persanophones, influençant profondément la pensée et l'art.

Anecdotes

Le Shâh Nâmé, gardien de la langue

Le poète Ferdowsi (940-1020) a consacré plus de trente ans à écrire le Shâh Nâmé (Livre des Rois), une épopée de 60 000 distiques. On dit qu'il l'a écrit presque entièrement avec des mots d'origine persane pure, délibérément en évitant les emprunts à l'arabe, afin de préserver et de raviver l'identité linguistique et culturelle persane après la conquête arabe. Son œuvre est souvent créditée d'avoir sauvé la langue persane de l'oubli.

Un mot persan dans l'espace

Le mot « paradis » vient du vieux-persan « pairidaēza », qui signifiait « jardin enclos » ou « parc ». Il est passé en grec (paradeisos), en latin (paradisus), puis dans la plupart des langues européennes. De même, des mots comme « pyjama », « bazar », « orange » (via le sanskrit « nārangah »), « lilas » et « checkmate » (échec et mat, de shāh māt, « le roi est pris au piège ») ont des origines persanes.

Le persan, langue de cour en Inde

Sous l'Empire moghol en Inde (1526-1857), le persan était la langue officielle de l'administration, de la justice et de la culture de cour. De nombreux documents historiques indiens de cette période sont rédigés en persan. Cette influence a laissé une empreinte durable sur des langues comme l'ourdou et l'hindi, qui comptent des milliers de mots d'origine persane, notamment dans les domaines de l'administration, de la cuisine, de l'architecture et de la poésie.

Sources

  • Encyclopædia Universalis - Article 'Langue persane'
  • Lazard, Gilbert - 'La Langue des plus anciens monuments de la prose persane'
  • Perry, John R. - 'A Tajik Persian Reference Grammar'
  • Windfuhr, Gernot - 'The Iranian Languages'
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