Introduction
Le yoruba (Èdè Yorùbá) est une langue véhiculaire majeure en Afrique de l'Ouest, au cœur d'une civilisation riche et ancienne. Elle est non seulement un outil de communication quotidienne pour des dizaines de millions de personnes, mais aussi le vecteur d'une tradition orale et écrite sophistiquée, d'une philosophie complexe et de pratiques religieuses qui ont traversé l'Atlantique. Son étude révèle une structure linguistique fascinante, notamment son système tonal, qui en fait un sujet d'intérêt majeur pour les linguistes.
Description
Le yoruba est parlé principalement dans le sud-ouest du Nigéria (États d'Ekiti, Lagos, Ogun, Ondo, Osun et Oyo), ainsi que dans certaines régions du Bénin, du Togo et, de manière diasporique, en Sierra Leone, au Ghana, à Cuba, au Brésil, en République dominicaine et dans d'autres pays des Amériques. C'est une langue du continuum dialectal du Volta-Niger (anciennement appelé kwa). Il existe plusieurs dialectes, mais la forme standardisée, basée principalement sur le dialecte d'Oyo, est utilisée dans l'éducation et les médias. La langue possède une écriture latine standardisée, développée au XIXe siècle par des missionnaires chrétiens, avec des diacritiques pour noter les tons et les voyelles nasales.
Histoire
L'histoire de la langue yoruba est inextricablement liée à celle du peuple yoruba et de ses royaumes urbains précoloniaux (comme Ifẹ̀, Ọyọ, Ijẹbu et Ketu), dont les origines remontent au premier millénaire. La tradition orale et les découvertes archéologiques d'Ifẹ̀ attestent d'une civilisation avancée. Le contact avec les Européens à partir du XVe siècle, notamment la traite transatlantique, a entraîné la dispersion de la langue et de la culture yoruba dans les Amériques. Au XIXe siècle, les efforts de Samuel Ajayi Crowther, un évêque anglican yoruba libéré de l'esclavage, furent déterminants : il traduisit la Bible en yoruba et participa à la standardisation de son orthographe, jetant les bases de la littérature yoruba moderne. Au XXe siècle, la langue a gagné en prestige et est devenue une matière d'enseignement à tous les niveaux au Nigéria.
Caracteristiques
Le yoruba est une langue à tons, où la hauteur mélodique de la syllabe change le sens du mot. Il possède trois tons : haut (´), moyen (non marqué) et bas (`). Par exemple, 'igbá' avec un ton haut-moyen signifie 'calebasse', tandis que 'igbà' avec un ton moyen-bas signifie 'temps' ou 'époque'. Sa morphologie est principalement isolante, avec peu d'inflexions. La syntaxe suit généralement l'ordre Sujet-Verbe-Objet (SVO). Le système de classes nominales, commun aux langues nigéro-congolaises, est présent mais moins complexe que dans des langues comme le swahili. Le yoruba possède un riche système de pronoms et une distinction claire entre les formes verbales pour exprimer des aspects (completif, incompletif) plutôt que des temps. La langue est également connue pour ses proverbes (òwe) et ses salutations élaborées, qui reflètent sa profondeur culturelle.
Importance
L'importance du yoruba est considérable. Sur le plan démographique, c'est l'une des langues africaines les plus parlées. Culturellement, elle est le support d'une littérature florissante, avec des auteurs de renom comme Daniel O. Fagunwa (pionnier du roman en yoruba) et le lauréat du prix Nobel Wole Soyinka, qui intègre des éléments yoruba dans son œuvre en anglais. Religieusement, la langue est sacrée dans les traditions indigènes (Ifá, òrìṣà) et a été préservée dans les religions afro-américaines comme le Candomblé (Brésil), la Santería (Cuba) et le Vodou (Haïti), où les liturgies et les chants sont souvent en yoruba ou en langues dérivées. Au Nigéria, c'est l'une des trois langues nationales majeures (avec le haoussa et l'igbo) et elle est utilisée dans la radiodiffusion, le cinéma (Nollywood produit des films en yoruba) et la musique populaire. Son étude est cruciale pour comprendre les phénomènes de résilience culturelle et linguistique dans la diaspora.
