Hongrois

Le hongrois (magyar nyelv) est la langue officielle de la Hongrie et l'une des 24 langues officielles de l'Union européenne. C'est une langue ouralienne, totalement isolée en Europe centrale, sans parenté avec les langues indo-européennes voisines. Il est connu pour sa grammaire complexe, son système de voyelles harmoniques et son vocabulaire unique.

Introduction

Le hongrois, ou magyar, est une langue fascinante et unique en Europe, formant une île linguistique au cœur du continent. Parlé par environ 13 à 14 millions de personnes, principalement en Hongrie et dans les communautés des pays voisins (Roumanie, Slovaquie, Serbie, Ukraine, Autriche, Croatie, Slovénie), il appartient à la famille des langues ouraliennes. Cette famille, qui comprend également le finnois et l'estonien, relie le hongrois, de manière lointaine, à des langues parlées jusqu'en Sibérie, comme le khanty et le mansi.

Description

Le hongrois est une langue agglutinante, ce qui signifie qu'elle forme des mots et exprime des relations grammaticales en ajoutant des suffixes (et parfois des préfixes) à une racine. Cela permet de créer des mots extrêmement longs et précis. Par exemple, 'ház' (maison) peut devenir 'házaimban' (dans mes maisons). Sa phonologie est marquée par l'harmonie vocalique : les voyelles d'un mot (sauf les composés et certains emprunts) doivent s'harmoniser en étant soit antérieures (e, é, i, í, ö, ő, ü, ű), soit postérieures (a, á, o, ó, u, ú). L'accent tonique est toujours sur la première syllabe du mot. L'écriture utilise l'alphabet latin étendu, avec des signes diacritiques uniques comme les accents aigus (á, é, í, ó, ú) et doubles (ő, ű) pour noter les voyelles longues, ainsi que des digrammes (cs, dz, dzs, gy, ly, ny, sz, ty, zs).

Histoire

L'histoire du hongrois remonte à la migration des tribus magyares depuis la région de l'Oural vers le bassin des Carpates, achevée à la fin du IXe siècle. La langue pré-hongroise a évolué au contact de langues turques et iraniennes durant ses migrations. Le premier texte complet en hongrois est l'Oraison funèbre et prière (Halotti beszéd és könyörgés), datant des années 1190. La langue a été fortement influencée par le latin (langue de l'administration, de l'Église et de l'enseignement), puis par les langues voisines (slave, allemand) et le turc ottoman pendant l'occupation. Le mouvement de renouveau national aux XVIIIe et XIXe siècles (avec des figures comme Ferenc Kazinczy) a modernisé et standardisé la langue, créant des milliers de mots nouveaux pour s'adapter à l'ère moderne, souvent à partir de racines hongroises plutôt que par emprunt.

Caracteristiques

La grammaire hongroise est notoirement complexe pour les locuteurs indo-européens. Elle ne connaît pas de genre grammatical. La conjugaison des verbes est riche, avec des suffixes différents selon que l'objet est défini ou indéfini (conjugaison objective vs subjective). Le système de déclinaison est très élaboré, avec environ 18 cas (contre 6 en latin), exprimés par des suffixes : -ban/-ben (dans), -ból/-ből (de l'intérieur de), -nak/-nek (à, pour), -val/-vel (avec), etc. L'ordre des mots dans la phrase est relativement libre, car les relations sont indiquées par les suffixes ; il suit souvent une logique thème-rhème, où l'élément le plus important est placé juste avant le verbe. Le vocabulaire de base est majoritairement d'origine ouralienne, avec des couches d'emprunts aux langues slaves, germaniques, turques, et plus récemment, à l'anglais.

Importance

Le hongrois est le pilier de l'identité nationale hongroise, un symbole de résilience et de singularité au milieu de peuples slaves et germaniques. Il est la langue d'une riche culture littéraire, musicale et scientifique. Des auteurs de renommée mondiale comme Sándor Márai, Imre Kertész (prix Nobel de littérature) et Péter Esterházy ont écrit en hongrois. La langue a également contribué de manière significative aux sciences, avec de nombreux mathématiciens et physiciens hongrois (von Neumann, Teller, Szilárd). En tant que langue officielle de l'UE, elle joue un rôle dans les institutions européennes. Son étude offre une fenêtre unique sur l'histoire des migrations et des contacts culturels en Europe.

Anecdotes

Le mot le plus long

Grâce à sa nature agglutinante, le hongrois peut former des mots très longs. Un exemple célèbre est 'Megszentségteleníthetetlenségeskedéseitekért', qui signifie 'à cause de vos [actions répétées] de prétendre à être indéprofanable'. Bien que construit de manière artificielle, il illustre parfaitement la logique de la langue.

Deux mots pour 'rouge'

Le hongrois possède deux mots fondamentaux pour la couleur rouge : 'piros' et 'vörös'. 'Piros' désigne le rouge vif, concret et positif (drapeau, pomme, feu rouge arrêt). 'Vörös' évoque le rouge sombre, souvent lié à des concepts abstraits, organiques ou historiques (vin, cheveux roux, Armée rouge, mer Rouge). Cette distinction subtile n'existe pas dans la plupart des langues européennes.

Salutations originales

Les salutations courantes reflètent l'histoire. 'Szervusz' et 'Szia' viennent du latin 'servus' (esclave/votre serviteur). Une salutation plus formelle, 'Kezét csókolom' (litt. 'Je baise votre main'), est encore utilisée, surtout par les hommes envers les femmes âgées, témoignant d'une étiquette ancienne.

Parenté lointaine

La parenté ouralienne du hongrois se voit dans des mots basiques. Les nombres de 1 à 6 en hongrois (egy, kettő, három, négy, öt, hat) et en finnois (yksi, kaksi, kolme, neljä, viisi, kuusi) montrent des similitudes phonétiques, vestiges d'une origine commune vieille de plusieurs millénaires.

Sources

  • Abondy, Claude. Le hongrois. Collection Sans Peine, Assimil, 2004.
  • Hajdú, Péter. Finno-Ugrian Languages and Peoples. André Deutsch, 1975.
  • Keresztes, László. A Practical Hungarian Grammar. Corvina, 1999.
  • Törkenczy, Miklós. Hungarian Verbs and Essentials of Grammar. McGraw-Hill, 1997.
  • Encyclopædia Britannica, article 'Hungarian language'.
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