Égyptien ancien

Langue afro-asiatique parlée dans l'Égypte antique pendant près de 4 500 ans. Elle est célèbre pour son système d'écriture complexe combinant idéogrammes et phonogrammes (hiéroglyphes). Son déchiffrement au XIXe siècle a révolutionné notre compréhension de la civilisation égyptienne.

Introduction

L'égyptien ancien est la langue autochtone de la vallée du Nil, attestée depuis environ 3300 avant notre ère jusqu'au XIe siècle de notre ère, faisant d'elle l'une des langues documentées les plus longues de l'histoire. Elle constitue la branche égyptienne de la grande famille des langues afro-asiatiques, apparentée de loin aux langues sémitiques, berbères et couchitiques. Son évolution à travers cinq stades principaux (ancien égyptien, moyen égyptien, néo-égyptien, démotique, copte) reflète les transformations profondes de la société et de la culture pharaonique.

Description

L'égyptien ancien est une langue flexionnelle, utilisant un système de racines consonantiques (généralement trilitères) auxquelles s'ajoutent des affixes pour indiquer le temps, le mode, la personne, le genre et le nombre. Sa syntaxe est typiquement VSO (Verbe-Sujet-Objet) dans les propositions principales. Une caractéristique majeure est l'importance des noms de classe (ou déterminatifs), des signes non prononcés placés à la fin des mots écrits pour en préciser le sens ou la catégorie sémantique (ex. : un homme, une action, un dieu). La langue distingue deux genres (masculin/féminin) et trois nombres (singulier, duel, pluriel).

Histoire

L'histoire de la langue se divise en plusieurs phases. L'Ancien Égyptien (v. 2600-2000 av. J.-C.) est la langue des Textes des Pyramides. Le Moyen Égyptien (v. 2000-1350 av. J.-C.), forme classique et littéraire par excellence, est utilisé pendant plus d'un millénaire pour les inscriptions monumentales et les textes religieux. Le Néo-Égyptien (v. 1350-700 av. J.-C.) émerge comme langue vernaculaire et administrative, visible dans les lettres et la poésie (comme le célèbre *Conte de Sinouhé*). Le Démotique (v. 700 av. J.-C. - 400 apr. J.-C.) est une forme cursive simplifiée utilisée pour les documents quotidiens. Enfin, le Copte (à partir du IIIe siècle apr. J.-C.), écrit avec un alphabet dérivé du grec, est la dernière phase de la langue, utilisée par l'Église chrétienne d'Égypte. L'égyptien ancien s'éteint comme langue vivante au profit de l'arabe après la conquête musulmane au VIIe siècle.

Caracteristiques

Son système d'écriture est l'une de ses caractéristiques les plus fascinantes. Il est composé de : 1) Hiéroglyphes : écriture monumentale et sacrée, combinant logogrammes (signes pour un mot), phonogrammes (signes pour un son) et déterminatifs. 2) L'hiératique : une version cursive des hiéroglyphes, utilisée sur papyrus. 3) Le démotique : une cursive encore plus rapide et simplifiée. La grammaire évolue d'un système principalement synthétique (ancien et moyen égyptien) vers un système plus analytique (néo-égyptien et démotique), avec un recours accru aux particules et un ordre des mots plus fixe. La phonologie reste partiellement hypothétique, les écritures ne notant pas les voyelles.

Importance

L'importance de l'égyptien ancien est immense. Il est le véhicule de l'une des plus grandes civilisations de l'Antiquité, préservant des textes fondateurs dans les domaines de la religion (Livre des Morts), de la médecine, des mathématiques, de l'astronomie et de la littérature. Son déchiffrement en 1822 par Jean-François Champollion, grâce à la pierre de Rosette, a donné naissance à l'égyptologie moderne, permettant d'accéder directement à la pensée et à l'histoire des pharaons. Le copte, stade final de la langue, est crucial pour l'étude du christianisme primitif et reste la langue liturgique de l'Église copte orthodoxe. Il a également fourni des emprunts lexicaux au grec et à l'arabe égyptien.

Anecdotes

La Pierre de Rosette, clé d'un monde

Découverte en 1799 par un soldat français lors de la campagne d'Égypte, la pierre de Rosette présente un décret de 196 av. J.-C. inscrit en trois écritures : hiéroglyphes, démotique et grec ancien. Ce parallèle trilingue fut la clé qui permit à Champollion, en identifiant les noms propres comme "Ptolémée" et "Cléopâtre", de percer le principe des hiéroglyphes, non pas comme une écriture purement symbolique, mais comme un système mixte combinant idéogrammes et signes phonétiques.

Un alphabet caché dans les hiéroglyphes

Les Égyptiens ont, en quelque sorte, inventé un principe alphabétique très tôt. Parmi leurs centaines de signes, environ 24 étaient des phonogrammes unilitères, représentant une seule consonne (comme le vautour pour le son /a/, l'ibis pour /g/). Ce "semi-alphabet" était principalement utilisé pour écrire des mots étrangers ou compléter l'orthographe. Il a peut-être inspiré les premiers alphabets sémitiques, comme le protosinaïtique.

La langue des dieux et des hommes

Les Égyptiens distinguaient nettement les registres d'écriture. Les hiéroglyphes ("paroles divines") étaient réservés aux temples et aux tombeaux, domaines de l'éternel et du sacré. L'hiératique, leur version cursive, servait à l'administration, aux lettres et aux textes littéraires sur papyrus. Cette séparation entre écriture monumentale et cursive était si forte qu'un même texte religieux pouvait être copié en hiératique sur rouleau pour un usage pratique, et gravé en hiéroglyphes sur les murs d'un tombeau pour l'éternité.

Sources

  • Allen, James P. (2010). *Middle Egyptian: An Introduction to the Language and Culture of Hieroglyphs*. Cambridge University Press.
  • Loprieno, Antonio (1995). *Ancient Egyptian: A Linguistic Introduction*. Cambridge University Press.
  • Grandet, Pierre & Mathieu, Bernard (2021). *Cours d'égyptien hiéroglyphique*. Khéops.
  • Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO). Ressources en égyptologie.
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