Introduction
L'euskara, ou langue basque, est un trésor linguistique unique en Europe. Parlée par environ 750 000 personnes principalement dans la Communauté autonome du Pays basque et en Navarre (Espagne), ainsi que dans les trois provinces du Pays basque français (Labourd, Basse-Navarre, Soule), elle constitue un témoin vivant des populations qui habitaient l'Europe avant les grandes migrations indo-européennes. Son existence et sa résistance face aux langues dominantes (le latin, puis le castillan et le français) en font un symbole fort d'identité et de culture.
Description
Le basque est une langue agglutinante et ergative. L'agglutination signifie qu'elle forme des mots et exprime des relations grammaticales en ajoutant de nombreux suffixes à une racine. L'ergativité est un système de marquage des relations grammaticales où le sujet d'un verbe transitif est traité différemment (cas ergatif) de l'objet d'un verbe transitif et du sujet d'un verbe intransitif (cas absolutif). Sa phonologie comprend des consonnes palatales et une distinction entre s sifflante et s chuintante. Le vocabulaire de base est largement non indo-européen, avec des mots comme 'etxe' (maison), 'ur' (eau), 'gizon' (homme). Cependant, elle a emprunté de nombreux termes au latin et aux langues romanes voisines pour les concepts modernes.
Histoire
L'origine du basque reste l'un des grands mystères de la linguistique. La théorie la plus répandue est qu'il s'agit de l'héritage direct des langues parlées par les populations préhistoriques de l'Europe de l'Ouest, avant l'arrivée des locuteurs des langues indo-européennes (celtes, latins, etc.) vers le premier millénaire avant J.-C. Les Basques seraient les descendants de ces populations autochtones qui se sont réfugiées dans les zones montagneuses des Pyrénées. Les premières traces écrites remontent à des inscriptions sur des pièces de monnaie et des stèles funéraires de l'Antiquité. Malgré la romanisation puis la pression du castillan et du français, la langue a survécu, surtout en milieu rural. Le XXe siècle a vu une forte répression sous la dictature franquiste (interdiction de son usage public), suivie d'un mouvement de revitalisation spectaculaire à partir des années 1960, avec la standardisation de la langue (euskara batua) par l'Académie de la langue basque (Euskaltzaindia).
Caracteristiques
La structure du basque est remarquable à plusieurs titres. Outre son ergativité, elle possède un système verbal extrêmement riche où le verbe s'accorde non seulement avec le sujet, mais aussi avec l'objet direct et indirect, et même avec le destinataire du verbe (allocutif), intégrant ainsi la relation entre le locuteur et l'interlocuteur dans la conjugaison. L'ordre des mots est généralement SOV (Sujet-Objet-Verbe). La langue utilise des déclinaisons (environ une douzaine de cas) pour exprimer les fonctions grammaticales. Elle ne connaît pas de genre grammatical. La formation des mots est très productive, permettant de créer des termes complexes à partir de racines simples.
Importance
L'importance du basque dépasse largement le cadre linguistique. C'est le pilier central de l'identité culturelle basque, un marqueur de résistance et de continuité historique. Son étude est cruciale pour les linguistes, car elle offre une fenêtre unique sur les langues préhistoriques de l'Europe et permet de tester les théories sur l'évolution des langues en dehors des familles connues. La revitalisation du basque, avec l'enseignement immersif dans les ikastolak (écoles en basque), son usage dans les médias et l'administration, est considérée comme un modèle de réussite en matière de politique linguistique pour les langues minoritaires. Elle nourrit une littérature vivante, une production musicale dynamique et un sentiment d'appartenance profond.
