Introduction
Le Shōgatsu est bien plus qu'une simple célébration du changement d'année ; c'est un événement profondément ancré dans la culture et la spiritualité japonaise, mêlant influences shintoïstes et bouddhistes. C'est un moment de purification, de réflexion et de vœux pour une année prospère et heureuse. La période, qui s'étend officiellement sur les trois premiers jours de janvier (sannichi no Shōgatsu), est l'occasion de rituels familiaux et communautaires immuables.
Description
Les préparatifs commencent par le Ōsōji, un grand nettoyage de fin d'année pour purifier la maison. Les décorations traditionnelles sont ensuite installées : le kadomatsu (arrangement de bambou et pin placé à l'entrée pour accueillir les kami), le shimekazari (tresse de paille de riz ornant le linteau de la porte pour marquer un espace sacré) et le kagami mochi (offrande de deux gâteaux de riz empilés surmontés d'une orange amère). La veille du Nouvel An (Ōmisoka), on mange des toshikoshi soba, des nouilles de sarrasin symbolisant la longévité. À minuit, les cloches des temples bouddhistes sonnent 108 fois (Joya no Kane) pour chasser les 108 désirs terrestres responsables de la souffrance humaine. Le premier lever de soleil (Hatsuhinode) et la première visite au temple ou sanctuaire (Hatsumōde) sont des moments cruciaux. On y prie, tire des omikuji (prédictions) et achète des talismans pour la nouvelle année. La cuisine du Nouvel An, l'Osechi-ryōri, est servie dans des boîtes laquées (jūbako) et comprend une variété de plats symboliques, chacun portant un vœu (santé, fertilité, bonheur). Les enfants reçoivent de l'argent dans de petites enveloppes décorées (otoshidama).
Histoire
La célébration du Nouvel An au Japon a évolué au fil des siècles. À l'origine, elle suivait le calendrier luni-solaire chinois et coïncidait avec le début du printemps. En 1873, sous l'ère Meiji, le Japon adopta le calendrier grégorien et fixa le Nouvel An au 1er janvier. Les traditions actuelles sont un syncrétisme de pratiques anciennes. Le kadomatsu et le shimekazari trouvent leurs racines dans le shintoïsme et le culte des kami. La consommation de mochi remonte à l'époque de Heian (794-1185), où il était une offrande aux divinités. La coutume du Hatsumōde s'est popularisée à l'époque d'Edo (1603-1868). L'Osechi-ryōri, quant à lui, tire son origine de la nécessité de préparer à l'avance des plats qui se conservent pour permettre aux femmes de la maison de se reposer pendant les premiers jours de l'année.
Caracteristiques
Les caractéristiques principales du Shōgatsu sont : 1) **Dimension spirituelle et purificatrice** : Nettoyage, offrandes et visites aux sanctuaires. 2) **Symbolisme omniprésent** : Chaque aliment, décoration ou geste porte un vœu spécifique (ex. : les crevettes pour la longévité, les fougères pour la prospérité). 3) **Importance de la famille** : C'est un moment de réunion et de partage de repas traditionnels. 4) **Rupture avec le quotidien** : La plupart des entreprises ferment, et les activités habituelles sont suspendues. 5) **Célébrations publiques et privées** : Allant des rassemblements massifs dans des temples comme Meiji-jingū à l'intimité des repas familiaux. 6) **Jeux traditionnels** : Comme le hanetsuki (badminton avec des raquettes décoratives), le takoage (cerf-volant) ou le karuta (jeu de cartes poétique).
Importance
Le Shōgatsu est le pilier du calendrier festif japonais. Il joue un rôle crucial dans la cohésion sociale et familiale, réaffirmant les liens et les hiérarchies. C'est un puissant marqueur d'identité culturelle, perpétuant des pratiques séculaires dans la société moderne. Économiquement, il génère une période de consommation intense (voyages, achats de nourriture, de décorations, de kimonos). Spirituellement, il offre un cadre ritualisé pour tourner la page sur l'année écoulée et entamer la nouvelle avec optimisme et pureté. Son importance transcende les générations, restant la fête la plus chérie et la plus respectée du Japon.
