Introduction
Le concept de multivers, ou univers multiples, est une proposition théorique majeure en cosmologie et en physique fondamentale. Il postule que notre univers observable, avec ses lois physiques et ses constantes, n'est qu'une composante d'un méta-univers bien plus vaste. Cette idée radicale émerge de plusieurs théories physiques de pointe, offrant des solutions à des énigmes profondes sur l'origine et la nature de la réalité. Bien que spéculatif et non directement vérifiable à ce jour, il représente une frontière fascinante de la pensée scientifique.
Description
Le terme 'multivers' ne recouvre pas une théorie unique, mais un ensemble de modèles distincts, souvent classés en quatre niveaux principaux par le cosmologiste Max Tegmark. Le Niveau I postule un univers infini où, par la loi des grands nombres, des régions extrêmement lointaines répètent les configurations de la nôtre, créant des 'doublons'. Le Niveau II émerge de la théorie de l'inflation éternelle, où différentes régions de l'espace-temps subissent une expansion inflationnaire stoppée à des moments différents, générant une infinité d'univers-bulles isolés, chacun avec des lois physiques potentiellement distinctes. Le Niveau III est issu de l'interprétation des mondes multiples de la mécanique quantique (Hugh Everett), où chaque résultat possible d'un événement quantique se réalise dans un univers parallèle qui se ramifie. Le Niveau IV, le plus spéculatif, suggère que toutes les structures mathématiques cohérentes existent physiquement, chacun étant un univers à part entière.
Histoire
L'idée d'univers multiples a des précurseurs en philosophie, mais sa formulation scientifique moderne débute au XXe siècle. En 1957, le physicien Hugh Everett III propose l'interprétation des 'mondes multiples' pour résoudre les paradoxes de la mesure en mécanique quantique. Dans les années 1980, le développement de la théorie de l'inflation cosmique par Alan Guth et d'autres a ouvert la voie au concept d'inflation éternelle et d'univers-bulles, popularisé par Andreï Linde. Les années 2000 ont vu une formalisation et une classification accrue de ces idées, notamment par Max Tegmark, Brian Greene et Leonard Susskind, intégrant également des concepts issus de la théorie des cordes et du 'paysage' des vacua (états d'énergie minimale).
Caracteristiques
Les modèles de multivers partagent certaines caractéristiques clés. Ils impliquent l'existence de régions causalement disjointes, inaccessibles depuis notre univers en raison de limites de vitesse (célérité de la lumière) ou de barrières inflationnaires. Ils offrent souvent une explication anthropique aux valeurs apparemment 'réglées' des constantes fondamentales : si une multitude d'univers existe avec des lois aléatoires, nous nous trouvons nécessairement dans l'un de ceux compatibles avec l'émergence de la vie. Ces théories sont notoirement difficiles à tester empiriquement, bien que certaines prédictions indirectes (comme des signatures dans le fond diffus cosmologique ou des collisions entre univers-bulles) soient recherchées.
Importance
L'importance du concept de multivers est à la fois scientifique et philosophique. Scientifiquement, il représente une extension logique de théories bien établies (inflation, mécanique quantique) et un cadre pour unifier la cosmologie et la physique des particules. Il remet en question la définition même de la science et de la falsifiabilité, poussant à repenser les critères de validation des théories physiques. Philosophiquement, il bouleverse notre conception de la réalité, de l'unicité et de notre place dans le cosmos. Il influence profondément la culture populaire (science-fiction, comics, cinéma) et stimule le débat sur la nature ultime de l'existence.
