Introduction
Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716) incarne l'idéal du savant universel de l'époque moderne. Esprit encyclopédique, il a produit des travaux révolutionnaires dans des domaines aussi variés que les mathématiques, la philosophie, la logique, la physique, la technologie et l'histoire. Son œuvre, caractérisée par la recherche de principes universels et d'une "caractéristique universelle" (langage symbolique pour la pensée), a profondément marqué la pensée occidentale. Sa rivalité avec Isaac Newton sur la paternité du calcul infinitésimal est l'une des controverses scientifiques les plus célèbres.
Jeunesse
Enfant prodige, Leibniz se forme en autodidacte dans la bibliothèque paternelle. Il obtient une licence en philosophie à 16 ans et un doctorat en droit à 20 ans à l'Université d'Altdorf. Refusant une chaire universitaire, il entre au service de l'Électeur de Mayence, puis de la Maison de Hanovre, où il occupe des fonctions de conseiller, bibliothécaire et historien. Ces postes lui offrent la stabilité et les contacts nécessaires pour développer ses idées et correspondre avec les plus grands savants d'Europe.
Decouvertes
En mathématiques, Leibniz invente le calcul différentiel et intégral (1675), avec des notations (dx, dy, ∫) bien plus pratiques que celles de Newton et toujours utilisées aujourd'hui. Il publie ses résultats en 1684 et 1686. Il développe également le système binaire (influençant l'informatique future), travaille sur les déterminants et les séries. En physique, il formule une théorie de la force vive (énergie cinétique, mv²), s'opposant à la conception cartésienne de la quantité de mouvement. En technologie, il conçoit et améliore des machines à calculer (la "machine à marches") capables de multiplier et de diviser. En philosophie, il élabore un système métaphysique basé sur les "monades" (substances simples et immatérielles), le principe de raison suffisante et l'optimisme théologique.
Methode
La méthode de Leibniz est synthétique et systématique. Il cherche à unifier les connaissances par des principes premiers et à créer une "caractéristique universelle" (lingua characteristica), un langage symbolique formel qui permettrait de résoudre les disputes par le calcul ("Calculemus !"). Il privilégie la collaboration et l'échange d'idées par une vaste correspondance (plus de 15 000 lettres) avec près de 1 100 correspondants. Son approche est également profondément encyclopédique et pratique, visant toujours le progrès du bien-être humain.
Reconnaissance
De son vivant, Leibniz est reconnu comme l'un des plus grands esprits d'Europe. Il est élu membre de la Royal Society de Londres (1673) et de l'Académie des sciences de Paris (1700). Il fonde et devient le premier président de la Société des sciences de Berlin (1700), future Académie de Berlin. Cependant, la controverse avec Newton, arbitrée par la Royal Society en faveur de ce dernier, lui porte préjudice. Il ne publie pas de synthèse majeure de sa philosophie de son vivant (la "Monadologie" est un texte bref), ce qui limite la diffusion complète de sa pensée.
Heritage
L'héritage de Leibniz est immense et multiforme. En mathématiques, son calcul et ses notations s'imposent. En philosophie, il influence profondément Christian Wolff, puis, via lui, Kant et l'idéalisme allemand. Sa logique formelle, redécouverte au XIXe et XXe siècles, en fait un précurseur de la logique mathématique moderne (Boole, Frege, Russell). Son système binaire est le fondement de l'informatique numérique. Son concept de "meilleur des mondes possibles" est popularisé (et critiqué) par Voltaire dans "Candide". Enfin, son projet de caractéristique universelle et de raisonnement calculatoire préfigure les langages formels et l'intelligence artificielle symbolique.
