Introduction
Rosalind Franklin est une scientifique britannique dont le rôle pionnier dans la compréhension de la structure moléculaire de l'ADN, des virus et du charbon a été réévalué et célébré après sa mort prématurée. Chimiste et cristallographe de formation, elle a maîtrisé et perfectionné la technique de diffraction des rayons X pour étudier la matière à l'échelle atomique. Son travail le plus célèbre, la photographie 51, a fourni la preuve expérimentale cruciale de la structure hélicoïdale de l'ADN. Son histoire est devenue emblématique des défis rencontrés par les femmes scientifiques et des questions d'éthique dans la reconnaissance des découvertes.
Jeunesse
Rosalind Franklin naît dans une famille juive aisée et influente. Elle montre très tôt des aptitudes exceptionnelles pour les sciences et les mathématiques. Elle étudie la chimie au Newnham College, un collège pour femmes de l'Université de Cambridge, où elle obtient son diplôme en 1941. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle effectue son doctorat sur la microstructure du charbon et du graphite à l'Université de Cambridge, travaux qui ont des applications importantes pour l'effort de guerre (masques à gaz, carburants). Ses recherches lui valent une reconnaissance précoce dans le domaine de la chimie physique. Après la guerre, elle passe trois années productives à Paris (1947-1950) au Laboratoire central des services chimiques de l'État, où elle apprend et excelle dans les techniques de cristallographie aux rayons X, devenant une experte reconnue internationalement.
Decouvertes
Ses découvertes majeures sont liées à deux domaines. 1) **La structure de l'ADN** : En 1951, elle rejoint le King's College London. En utilisant la diffraction des rayons X sur des fibres d'ADN, elle produit des clichés d'une clarté inégalée, notamment la fameuse « photographie 51 » (prise par son étudiant Raymond Gosling en mai 1952). Cette image révélait sans équivoque une structure hélicoïdale et, grâce à son analyse mathématique méticuleuse, elle parvint à mesurer les paramètres précis de la molécule (diamètre, pas de l'hélice) et à déduire que les groupements phosphate (donc le squelette de la molécule) étaient à l'extérieur. Elle identifia également deux formes distinctes de l'ADN, les formes « A » (hydratée) et « B » (plus hydratée), et comprit que la forme B était la plus pertinente pour la biologie. 2) **La structure des virus** : Après avoir quitté King's College en 1953, elle dirige un groupe de recherche sur les virus à Birkbeck College. Elle réalise des travaux fondateurs sur la structure du virus de la mosaïque du tabac, démontrant qu'il s'agit d'une particule creuse et déterminant l'arrangement hélicoïdal de ses protéines. Elle entame également des recherches pionnières sur le virus de la polio.
Methode
Franklin était réputée pour son approche rigoureuse, méthodique et expérimentale. Elle était une technicienne hors pair, capable de préparer des échantillons d'une extrême pureté et de régler finement ses appareils de diffraction. Contrairement à une approche théorique ou spéculative, elle s'appuyait sur des données expérimentales solides qu'elle analysait avec une grande précision mathématique. Sa méfiance envers les modèles prématurés et son insistance sur la nécessité de preuves tangibles avant de tirer des conclusions étaient caractéristiques de son travail. Cette rigueur l'a parfois mise en conflit avec des collègues plus enclins à la spéculation, comme James Watson.
Reconnaissance
De son vivant, Rosalind Franklin ne reçut aucune reconnaissance majeure pour son rôle dans la découverte de la structure de l'ADN. En 1953, James Watson et Francis Crick publièrent leur modèle de la double hélice dans la revue *Nature*, accompagné de deux articles de soutien expérimental, dont l'un de Franklin et Gosling. Leur article ne citait pas ses données non publiées (qui leur avaient été communiquées sans son consentement par Maurice Wilkins) et ne reconnaissait pas l'importance décisive de ses travaux. Franklin mourut d'un cancer de l'ovaire en 1958, à l'âge de 37 ans. Quatre ans plus tard, en 1962, le prix Nobel de physiologie ou médecine fut décerné à Watson, Crick et Wilkins. Les règles du Nobel interdisant les prix posthumes, elle ne put être récompensée. Sa reconnaissance est venue postérieurement, grâce aux témoignages d'historiens des sciences et de biographes qui ont mis en lumière l'étendue et la précision de ses contributions.
Heritage
L'héritage de Rosalind Franklin est double. Scientifiquement, ses travaux ont fourni la pierre angulaire expérimentale de la biologie moléculaire moderne. La photographie 51 est devenue une icône de la science du XXe siècle. Son travail sur les virus a ouvert la voie à la virologie structurale. Symboliquement, son histoire est devenue un cas d'école dans les discussions sur l'éthique scientifique, le partage des données, la collaboration et la reconnaissance des contributions, en particulier celles des femmes. De nombreux prix, bourses et bâtiments universitaires portent aujourd'hui son nom, et elle est célébrée comme une figure majeure dont l'excellence scientifique a été injustement occultée. Son parcours continue d'inspirer les politiques pour une science plus inclusive et équitable.
