Introduction
Antoine Henri Becquerel est une figure centrale de la révolution scientifique de la fin du XIXe siècle. Issu d'une prestigieuse dynastie de scientifiques, il a découvert par hasard, mais avec une rigueur expérimentale exemplaire, le phénomène de la radioactivité naturelle. Cette découverte fondamentale ouvrit un champ de recherche entièrement nouveau, menant à la physique nucléaire et à une compréhension profonde de la structure de la matière. Son nom est immortalisé comme unité de mesure de l'activité radioactive (le becquerel, Bq).
Jeunesse
Henri Becquerel naît dans une famille de scientifiques éminents. Son grand-père, Antoine César Becquerel, et son père, Alexandre Edmond Becquerel, étaient tous deux des physiciens renommés, spécialistes de la phosphorescence et de l'électricité. Il suit une formation d'ingénieur à l'École Polytechnique (1872) puis à l'École des Ponts et Chaussées. En 1878, il succède à son père comme assistant au Muséum national d'histoire naturelle, avant d'obtenir la chaire de physique appliquée aux sciences naturelles en 1892. Il devient également professeur à l'École Polytechnique en 1895. Cette formation et cet environnement familial le préparent parfaitement à l'étude des rayonnements et des sels fluorescents.
Decouvertes
La découverte majeure de Becquerel survient en février-mars 1896. Inspiré par les récentes découvertes des rayons X par Wilhelm Röntgen (1895), il cherche à savoir si les matériaux fluorescents, excités par la lumière solaire, pouvaient émettre un rayonnement pénétrant similaire aux rayons X. Il utilise des sels d'uranium (sulfate double d'uranyle et de potassium). Son expérience cruciale est le fruit du hasard : les jours étant nuageux, il range ses échantillons (une plaque photographique enveloppée de papier noir et un écran de sel d'uranium) dans un tiroir. En développant la plaque quelques jours plus tard par précaution, il découvre avec stupéfaction une image nette de l'écran d'uranium, prouvant que ce dernier émettait un rayonnement pénétrant spontanément, sans excitation préalable par la lumière. Il démontre ensuite que ce rayonnement, qu'il nomme d'abord 'rayons uraniques', ionise l'air et est constant dans le temps, indépendant de la forme chimique de l'uranium. Il venait de découvrir la radioactivité naturelle.
Methode
Becquerel était un expérimentateur méticuleux et patient. Sa méthode reposait sur une observation rigoureuse et la répétition systématique des expériences pour éliminer les artefacts. L'utilisation de plaques photographiques comme détecteur était ingénieuse. Après sa découverte initiale, il passa des mois à caractériser les propriétés du nouveau rayonnement : son pouvoir de pénétration (à travers divers matériaux), son effet ionisant sur l'électroscope, et sa constance. Son approche fut principalement qualitative et descriptive, ouvrant la voie aux travaux quantitatifs et chimiques de Pierre et Marie Curie, qui isolèrent le polonium et le radium.
Reconnaissance
La reconnaissance de l'importance de sa découverte fut progressive. En 1900, il est élu membre de l'Académie des sciences. Le couronnement de sa carrière fut l'attribution, en 1903, du prix Nobel de physique, qu'il partagea avec Pierre et Marie Curie 'en reconnaissance des services extraordinaires qu'il a rendus par sa découverte de la radioactivité spontanée'. Il reçut également la médaille Rumford en 1900 et fut nommé officier de la Légion d'honneur. Il présida l'Académie des sciences en 1908.
Heritage
L'héritage de Becquerel est immense. Sa découverte est le point de départ de la physique nucléaire et de la chimie des radioéléments. Elle a conduit à la compréhension de la structure de l'atome, à la découverte de la fission nucléaire, et à des applications médicales (radiothérapie, imagerie) et énergétiques. L'unité internationale d'activité radioactive, le becquerel (un désintégration par seconde), adoptée en 1975, perpétue son nom. Sa découverte illustre aussi le rôle du hasard (la 'serendipité') dans la science, lorsqu'elle est saisie par un esprit préparé et rigoureux. Les travaux des Curie, de Rutherford et de toute une génération de physiciens s'appuient directement sur ses observations fondatrices.
