Introduction
La variole, causée par le virus Variola (major et minor), fut l'un des fléaux les plus redoutés de l'histoire de l'humanité. Son taux de mortalité atteignait jusqu'à 30% pour la souche la plus virulente, et les survivants en gardaient souvent des séquelles invalidantes, comme la cécité ou des cicatrices défigurantes. Son éradication, officialisée en 1980 par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), constitue l'une des plus grandes victoires de la médecine et de la santé publique internationale.
Description
La variole est une maladie aiguë causée par un orthopoxvirus. La transmission se faisait principalement par inhalation de gouttelettes respiratoires émises par une personne infectée, ou par contact direct avec ses lésions cutanées ou des objets contaminés. Après une période d'incubation de 7 à 17 jours, la maladie débutait brutalement par de fortes fièvres, des maux de tête intenses, des douleurs dorsales et des vomissements. Au bout de 2 à 4 jours, une éruption caractéristique apparaissait d'abord sur le visage, puis s'étendait aux membres et au tronc. Les lésions évoluaient de macules à papules, puis à vésicules et enfin à pustules remplies de liquide opaque, qui formaient des croûtes avant de tomber, laissant souvent des cicatrices en creux (les 'trous de variole'). Il n'existait aucun traitement spécifique contre la maladie, seulement des soins de support.
Histoire
La variole accompagne l'humanité depuis au moins 10 000 ans avant J.-C., comme en témoignent des lésions sur des momies égyptiennes. Elle a joué un rôle décisif dans l'histoire, décimant des populations entières sans immunité naturelle. L'arrivée des Européens en Amérique au XVIe siècle provoqua ainsi des pandémies catastrophiques, contribuant à l'effondrement des empires aztèque et inca. La pratique de la variolisation (inoculation de matière prélevée sur des pustules de malades bénins) était connue en Chine et en Inde depuis longtemps, et fut introduite en Europe au XVIIIe siècle. Cependant, c'est la découverte de la vaccination par Edward Jenner en 1796 qui fut une révolution. En observant que les trayeuses infectées par la vaccine (une maladie bénigne de la vache) étaient protégées contre la variole, il inocula du pus de vaccine à un jeune garçon, lui conférant une immunité. Ce principe est à la base de toutes les vaccinations modernes.
Caracteristiques
Le virus de la variole était un virus à ADN double brin de la famille des Poxviridae, particulièrement stable et résistant dans l'environnement. Deux souches principales existaient : Variola major, la plus courante et la plus mortelle (taux de mortalité de 20-30%), et Variola minor, causant une forme atténuée de la maladie (moins de 1% de mortalité). La maladie conférait une immunité à vie en cas de survie. Un élément clé de sa future éradication fut l'absence de réservoir animal connu ; le virus n'infectait que les humains, brisant ainsi la chaîne de transmission était possible.
Importance
L'impact de la variole est incommensurable. On estime qu'au XXe siècle seul, elle a causé 300 à 500 millions de morts. Son éradication est le fruit d'une campagne mondiale sans précédent, lancée par l'OMS en 1967 et dirigée par le Dr Donald Henderson. Elle reposait sur une stratégie de 'surveillance et endiguement' : identification rapide des cas, isolement des malades et vaccination en anneau de tous leurs contacts. Le dernier cas naturel fut recensé en Somalie en 1977. Cette réussite a démontré la puissance de la coopération internationale et de la vaccination, sauvé d'innombrables vies et permis des économies colossales. Aujourd'hui, des échantillons du virus sont conservés sous haute sécurité dans deux laboratoires de référence (aux États-Unis et en Russie) à des fins de recherche, suscitant des débats éthiques sur leur destruction définitive.
