Introduction
Le terme 'typhus', dérivé du grec 'typhos' signifiant stupeur ou fumée, décrit l'état de prostration et de confusion mentale caractéristique de la maladie. Il ne faut pas le confondre avec la fièvre typhoïde, causée par la bactérie Salmonella typhi. Le typhus regroupe en réalité plusieurs maladies distinctes, dont les principales sont le typhus épidémique (transmis par le pou), le typhus murin (transmis par la puce du rat) et le typhus des broussailles (ou tsutsugamushi, transmis par des acariens). Ces maladies sont des zoonoses, avec des réservoirs animaux, et leur émergence chez l'homme est souvent liée à des conditions de vie précaires.
Description
Le typhus épidémique, la forme la plus redoutable, est causé par Rickettsia prowazekii, transmise par le pou de corps (Pediculus humanus corporis). La bactérie est excrétée dans les fèces du pou et pénètre dans l'organisme humain par des lésions de la peau, souvent provoquées par le grattage. Après une incubation de 7 à 14 jours, la maladie débute brutalement par une fièvre élevée, des frissons, des céphalées intenses et des douleurs musculaires. Une éruption maculo-papuleuse (taches puis boutons) apparaît typiquement vers le 5ème jour, d'abord sur le tronc puis s'étendant, épargnant généralement le visage, la paume des mains et la plante des pieds. Des complications neurologiques (délire, stupeur, coma), cardiovasculaires et une gangrène des extrémités peuvent survenir, avec une mortalité pouvant atteindre 40% en l'absence de traitement. Le diagnostic repose sur la clinique et la sérologie. Le traitement antibiotique (doxycycline, chloramphénicol) est très efficace s'il est administré précocement.
Histoire
Le typhus a profondément marqué l'histoire humaine, agissant comme un 'agent historique' majeur. Il est décrit depuis l'Antiquité, mais ses ravages sont bien documentés à partir du XVe siècle. Il décima les armées, bien plus que les combats eux-mêmes : lors du siège de Grenade (1489-1490), il tua 17 000 soldats espagnols contre 3 000 au combat ; il fit des ravages dans l'armée de Napoléon lors de la retraite de Russie (1812). Au XXe siècle, il fut une arme biologique involontaire mais dévastatrice pendant la Première Guerre mondiale, dans les tranchées, et surtout pendant la Seconde Guerre mondiale dans les ghettos et les camps de concentration (comme Auschwitz et Bergen-Belsen), où il causa des centaines de milliers de morts. La découverte du vecteur (le pou) par Charles Nicolle en 1909 (prix Nobel 1928) et la mise au point d'un vaccin rudimentaire par Rudolf Weigl dans l'entre-deux-guerres furent des avancées cruciales. Le développement des antibiotiques et des insecticides (comme le DDT, utilisé pour dé-pouiller les populations à la fin de la guerre) a permis de le contrôler, mais il n'a pas été éradiqué.
Caracteristiques
Les principales caractéristiques du typhus sont : 1) **Agent pathogène** : Bactéries intracellulaires strictes du genre Rickettsia (R. prowazekii, R. typhi, Orientia tsutsugamushi). 2) **Vecteurs** : Transmission par arthropodes hématophages spécifiques (poux, puces, acariens), faisant du typhus une maladie indirectement contagieuse. 3) **Réservoir** : Pour le typhus épidémique, l'homme est le principal réservoir, avec une forme latente (maladie de Brill-Zinsser) pouvant réapparaître des années plus tard. Pour les autres formes, les rongeurs (rats, souris) sont les réservoirs. 4) **Épidémiologie** : Fortement liée à la pauvreté, à la promiscuité, au manque d'hygiène et aux situations de conflit ou de catastrophe naturelle. 5) **Symptômes triadiques classiques** : Fièvre, céphalée, éruption cutanée. 6) **Diagnostic** : Séroconversion (test de Weil-Felix historique, remplacé par des tests immuno-enzymatiques ou par immunofluorescence plus spécifiques).
Importance
L'importance du typhus est à la fois historique, médicale et sociale. Historiquement, il a changé le cours des guerres et des sièges, influençant la géopolitique. Médicalement, il a été un terrain d'étude pionnier pour la compréhension des maladies à vecteurs et le développement de la microbiologie et de l'épidémiologie. Socialement, il reste un marqueur des inégalités et de la précarité ; des foyers persistent dans les régions montagneuses d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Asie, et il représente une menace de réémergence dans les contextes de crise humanitaire. La maladie de Brill-Zinsser, forme de récurrence, montre la capacité de l'agent à persister à l'état latent, perpétuant le risque. Le typhus illustre parfaitement le concept de 'maladie de la misère' et rappelle la fragilité des avancées sanitaires face aux bouleversements sociaux.
