Introduction
La Peste noire, qui sévit principalement entre 1347 et 1352, représente l'apogée de la seconde pandémie de peste. Originaire d'Asie centrale, elle atteint l'Europe via les routes commerciales, notamment par les ports de la mer Noire et de la Méditerranée. Cette catastrophe démographique sans précédent marque la fin du Moyen Âge classique et inaugure une période de crises et de transformations profondes, laissant une empreinte indélébile dans la mémoire collective et l'imaginaire occidental.
Description
La Peste noire est causée par la bactérie *Yersinia pestis*, transmise à l'homme principalement par la piqûre de puces infectées, elles-mêmes parasites des rongeurs, en particulier du rat noir (*Rattus rattus*). La maladie se manifeste sous trois formes principales. La peste bubonique, la plus courante, se caractérise par l'apparition de bubons (ganglions lymphatiques enflammés et douloureux) à l'aine, aux aisselles ou au cou, accompagnés de fièvre, de frissons et de faiblesse. La peste septicémique survient lorsque la bactérie envahit la circulation sanguine, provoquant des hémorragies cutanées (d'où le nom « noire ») et une gangrène des extrémités, conduisant à une mort rapide. La peste pneumonique, la plus virulente, se transmet par voie aérienne (gouttelettes) d'homme à homme et provoque une infection pulmonaire foudroyante, presque toujours mortelle en quelques jours.
Histoire
La pandémie émerge dans les steppes d'Asie centrale dans les années 1330. Elle atteint la Crimée en 1346, où le siège de Caffa (aujourd'hui Féodosia) par les Mongols aurait, selon la chronique, propagé la maladie via des cadavres catapultés dans la ville. De ce comptoir génois, la peste gagne Constantinople, puis la Sicile en octobre 1347. En 1348, elle ravage l'Italie, le sud de la France, l'Espagne et l'Angleterre. Elle progresse vers le nord et l'est, touchant l'Allemagne et la Scandinavie en 1349-1350, et Moscou en 1351-1352. La pandémie connaît ensuite des résurgences cycliques (comme la Grande Peste de Londres en 1665-1666) jusqu'au XVIIIe siècle. Le réservoir animal de la bactérie en Asie centrale et son transport par les caravanes et les navires marchands expliquent sa diffusion fulgurante le long des routes commerciales.
Caracteristiques
La Peste noire se distingue par sa mortalité extrêmement élevée, souvent supérieure à 50% dans les communautés touchées, et sa rapidité de propagation. L'absence de connaissances microbiologiques et médicales efficaces rendait les populations totalement impuissantes. Les remèdes (saignées, emplâtres, prières) étaient inefficaces. La contagiosité de la forme pneumonique, avec une transmission interhumaine directe, amplifiait les foyers épidémiques. La société médiévale, déjà fragilisée par des famines et une surpopulation relative, offrait des conditions idéales : promiscuité, hygiène précaire, présence de rats dans les habitations et les entrepôts. La période d'incubation courte (1 à 7 jours) et l'issue souvent fatale en moins d'une semaine créaient un climat de terreur et de désorganisation sociale immédiate.
Importance
L'impact de la Peste noire fut colossal et multidimensionnel. Démographiquement, elle créa un choc profond, avec une baisse de la main-d'œuvre qui dura plus d'un siècle. Économiquement, elle entraîna une hausse des salaires, une baisse des loyers et des prix des céréales, et accéléra la fin du système seigneurial. Socialement, elle provoqua des pogroms contre les Juifs, boucs émissaires accusés d'empoisonner les puits, et des mouvements de flagellants. Religieusement, elle ébranla l'autorité de l'Église, incapable d'apporter du réconfort, et favorisa l'émergence d'un sentiment macabre (danse macabre, *memento mori*). Culturellement, elle influença profondément l'art et la littérature (Décaméron de Boccace). Scientifiquement, elle conduisit à la mise en place des premiers systèmes de quarantaine (à Venise, Raguse). Elle reste un paradigme de la catastrophe épidémique et un tournant majeur de l'histoire mondiale.
