Introduction
Le choléra est une maladie infectieuse intestinale redoutable, classée par l'OMS comme une menace pour la santé publique à l'échelle mondiale. Elle incarne le lien direct entre pauvreté, manque d'accès à l'eau potable et santé. Son histoire est intimement liée à celle de l'urbanisation, des voyages internationaux et des progrès de l'épidémiologie et de la santé publique.
Description
L'agent pathogène est Vibrio cholerae, une bactérie en forme de bâtonnet incurvé, dont les sérogroupes O1 et O139 sont responsables des épidémies. La transmission est oro-fécale : la bactérie est excrétée dans les selles des personnes infectées et contamine l'eau ou les aliments. L'ingestion de la bactérie conduit à une infection de l'intestin grêle. La gravité de la maladie est due à la production d'une puissante entérotoxine, la toxine cholérique. Cette toxine provoque une sécrétion massive d'eau et d'électrolytes (sodium, potassium, chlorure) dans la lumière intestinale, dépassant largement la capacité de réabsorption du côlon. Cela se traduit par une diarrhée aqueuse caractéristique, souvent décrite comme des 'selles en eau de riz', accompagnée de vomissements. La perte hydrique peut atteindre 15 à 20 litres par jour, conduisant à une déshydratation extrême, un collapsus circulatoire et, sans traitement, la mort en 12 à 24 heures. Le traitement est simple et salvateur : il repose sur la réhydratation orale (solution de sels de réhydratation orale, SRO) ou intraveineuse, et éventuellement sur des antibiotiques pour réduire la durée et le volume de la diarrhée.
Histoire
Le choléra est endémique dans le delta du Gange et du Brahmapoutre depuis des siècles. Au XIXe siècle, avec l'expansion du commerce et des voyages, il a émergé de son berceau indien pour devenir une pandémie mondiale. Sept pandémies ont été recensées. La première (1817-1824) a atteint l'Asie et l'Afrique. La deuxième (1829-1851) fut la plus meurtrière en Europe, frappant Paris et Londres en 1832. C'est lors de cette pandémie que le médecin anglais John Snow a mené ses travaux fondateurs en épidémiologie. En 1854, en traçant les cas sur une carte du quartier de Soho à Londres, il a identifié une pompe à eau de Broad Street comme la source de l'épidémie, démontrant le rôle de l'eau contaminée dans la transmission, bien avant la découverte de la bactérie. La troisième pandémie (1852-1860) a touché les Amériques. La septième pandémie, due au biotype El Tor, a débuté en Indonésie en 1961 et s'est propagée à l'Afrique, l'Europe et les Amériques, persistant encore aujourd'hui. L'épidémie dévastatrice au Rwanda et au Zaïre en 1994, lors de la crise des réfugiés, et le séisme de 2010 en Haïti, qui a réintroduit la maladie dans l'île, sont des exemples récents de son potentiel explosif.
Caracteristiques
Le choléra présente plusieurs caractéristiques distinctes. Son incubation est très courte, de 12 heures à 5 jours. La majorité des infections (environ 80%) sont asymptomatiques ou légères, mais les personnes infectées excrètent la bactérie dans l'environnement pendant 7 à 14 jours, contribuant à la propagation. La forme grave, le choléra gravis, est spectaculaire par sa rapidité d'évolution. Le diagnostic clinique est souvent posé en situation d'épidémie devant une diarrhée aqueuse aiguë sévère. La confirmation se fait par culture des selles sur milieu spécifique (TCBS) ou par tests de diagnostic rapide. La prévention repose sur l'accès à l'eau potable, l'assainissement, l'hygiène (lavage des mains) et la vaccination. Plusieurs vaccins oraux sûrs et efficaces sont disponibles pour les voyageurs et les populations à risque en zones endémiques.
Importance
Le choléra a une importance historique et contemporaine immense. Historiquement, il a été un moteur majeur des réformes sanitaires urbaines au XIXe siècle, poussant à la construction de réseaux d'égouts et d'adduction d'eau potable. Il a fondé l'épidémiologie moderne grâce aux travaux de John Snow. Aujourd'hui, il reste un indicateur flagrant d'inégalité sociale et de sous-développement. L'OMS estime qu'il y a chaque année 1,3 à 4 millions de cas et 21 000 à 143 000 décès dans le monde. Il constitue une menace constante dans les situations de crise humanitaire (conflits, déplacements de population, catastrophes naturelles) où les infrastructures d'eau et d'assainissement sont détruites ou surchargées. La lutte contre le choléra est donc un enjeu de santé publique globale, de développement et de droits humains fondamentaux.
