Maladie d'Alzheimer

La maladie d'Alzheimer est une maladie neurodégénérative incurable, caractérisée par une perte progressive et irréversible des fonctions cognitives, principalement la mémoire. Elle est la cause la plus fréquente de démence chez les personnes âgées. Sa progression conduit à une perte d'autonomie et nécessite une prise en charge globale.

Introduction

La maladie d'Alzheimer représente un défi majeur de santé publique au XXIe siècle. Décrite pour la première fois en 1906 par le médecin allemand Alois Alzheimer, elle se caractérise par la destruction lente et progressive des neurones dans le cerveau, affectant d'abord les zones liées à la mémoire et au langage, puis s'étendant à l'ensemble des fonctions cérébrales. C'est une pathologie complexe, multifactorielle, dont la prévalence augmente exponentiellement avec l'âge.

Description

Sur le plan physiopathologique, la maladie d'Alzheimer est définie par deux lésions cérébrales caractéristiques visibles au microscope. La première est l'accumulation de plaques séniles, ou plaques amyloïdes, à l'extérieur des neurones. Ces plaques sont principalement constituées de peptides bêta-amyloïde, issus du clivage anormal d'une protéine précurseur (APP). La seconde lésion est la dégénérescence neurofibrillaire, qui correspond à l'accumulation anormale de protéines Tau hyperphosphorylées à l'intérieur des neurones, formant des enchevêtrements qui perturbent le transport cellulaire et conduisent à la mort neuronale. Ces processus débutent dans l'hippocampe (centre de la mémoire) et le cortex entorhinal avant de se propager. Les symptômes évoluent typiquement en trois stades : un stade léger avec troubles de la mémoire épisodique et désorientation spatio-temporelle ; un stade modéré avec aggravation des pertes mnésiques, troubles du langage (aphasie), des gestes (apraxie) et de la reconnaissance (agnosie), souvent accompagnés de changements de comportement ; et un stade sévère où la perte d'autonomie est totale, avec troubles de la déglutition et de la marche.

Histoire

En 1901, Alois Alzheimer, psychiatre et neuropathologiste, prend en charge à l'hôpital de Francfort une patiente de 51 ans, Auguste Deter, présentant des symptômes de perte de mémoire, de désorientation, d'hallucinations et de troubles du comportement. Elle décède en 1906. Lors de l'autopsie, Alzheimer examine son cerveau et découvre, grâce à de nouvelles techniques de coloration, deux anomalies jamais décrites : des plaques séniles et des dégénérescences neurofibrillaires. Il présente ses observations lors d'une conférence en novembre 1906, et la maladie est officiellement nommée 'maladie d'Alzheimer' par son éminent collègue Emil Kraepelin dans la 8ème édition de son manuel de psychiatrie en 1910. Pendant des décennies, elle fut considérée comme une démence pré-sénile rare. Ce n'est qu'à partir des années 1970-1980, avec les travaux de chercheurs comme Robert Katzman, qu'elle fut reconnue comme la cause principale de démence sénile, son incidence augmentant avec le vieillissement des populations.

Caracteristiques

Les caractéristiques principales incluent : 1) **Étiologie multifactorielle** : L'âge est le principal facteur de risque. Les formes familiales autosomiques dominantes (moins de 1% des cas, à début précoce) sont liées à des mutations sur les gènes APP, PSEN1 ou PSEN2. Pour la forme sporadique (la plus commune), le gène de l'apolipoprotéine E (APOE) ε4 est un facteur de risque génétique majeur. D'autres facteurs de risque modifiables sont identifiés : hypertension, diabète, obésité, sédentarité, tabagisme, dépression, faible niveau d'éducation et isolement social. 2) **Diagnostic** : Il est clinique et par exclusion. Il repose sur un examen neuropsychologique approfondi, des tests biologiques (recherche de biomarqueurs dans le liquide céphalo-rachidien comme le peptide amyloïde et la protéine Tau) et des examens d'imagerie (IRM pour évaluer l'atrophie de l'hippocampe, TEP au fluorodésoxyglucose ou TEP amyloïde). Le diagnostic de certitude reste histologique, post-mortem. 3) **Traitements** : Il n'existe pas de traitement curatif. Les traitements symptomatiques actuels sont des inhibiteurs de l'acétylcholinestérase (donépézil, rivastigmine, galantamine) et un antagoniste des récepteurs NMDA (mémantine), qui peuvent temporairement stabiliser ou ralentir l'aggravation des symptômes. La prise en charge est multidisciplinaire (médicale, psychologique, sociale) et vise à maintenir la qualité de vie.

Importance

L'importance de la maladie d'Alzheimer est colossale. Sur le plan humain, elle bouleverse la vie des patients et de leurs familles, entraînant une charge émotionnelle, physique et financière immense. Sur le plan sociétal, avec le vieillissement démographique mondial, elle constitue une crise sanitaire et économique majeure. On estime à plus de 55 millions le nombre de personnes atteintes de démence dans le monde (dont 60-70% dues à Alzheimer), un nombre qui pourrait presque tripler d'ici 2050. Les coûts directs et indirects sont astronomiques, pesant lourdement sur les systèmes de santé et de protection sociale. Cette maladie mobilise une intense recherche fondamentale et clinique pour comprendre ses mécanismes, identifier des biomarqueurs précoces et développer des thérapies modifiant l'évolution de la maladie (thérapies anti-amyloïde, anti-Tau). Elle pose également des questions éthiques fondamentales sur le consentement, la dignité et la fin de vie.

Anecdotes

La patiente Auguste Deter

Le cas fondateur d'Auguste Deter est tristement célèbre. Lors de son examen, Alois Alzheimer lui demanda d'écrire son nom. Elle tenta mais ne parvint qu'à écrire 'Madame', puis perdit le fil. Elle déclara alors : 'J'ai perdu moi-même.' Cette phrase résume de manière poignante l'essence de la maladie : la perte de l'identité et du sentiment de soi.

Une reconnaissance tardive

Pendant plus d'un demi-siècle après sa description, la maladie fut considérée comme une curiosité médicale rare. Le terme 'Alzheimer' était même absent des manuels de médecine grand public des années 1960. La prise de conscience massive n'est intervenue que dans les années 1980, notamment grâce au combat mené par les familles de patients et à la médiatisation de cas célèbres, comme celui de l'ancien président américain Ronald Reagan, qui annonça publiquement son diagnostic en 1994.

Le test de l'horloge

Parmi les tests de dépistage simples, le test de l'horloge est fréquemment utilisé. On demande au patient de dessiner un cadran d'horloge, d'y indiquer tous les chiffres et de positionner les aiguilles pour indiquer une heure précise (par exemple, 10h10). Les erreurs de placement, d'orientation ou d'omission sont des indicateurs précoces de troubles visuo-spatiaux et de planification, souvent présents dans la maladie.

Sources

  • Alzheimer, A. (1907). Über eine eigenartige Erkrankung der Hirnrinde. Allgemeine Zeitschrift für Psychiatrie und Psychisch-Gerichtliche Medizin.
  • World Alzheimer Report 2023, Alzheimer's Disease International (ADI).
  • Haute Autorité de Santé (HAS) - Diagnostic et prise en charge de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées.
  • National Institute on Aging (NIA) - Alzheimer's Disease Fact Sheet.
  • Dictionnaire de la maladie d'Alzheimer, sous la direction de Philippe Amouyel et Jean-François Dartigues.
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