Introduction
La dépression, ou trouble dépressif majeur, est une maladie psychiatrique complexe qui affecte l'humeur, les pensées, le comportement et le corps. Elle constitue l'une des principales causes d'invalidité dans le monde selon l'OMS, touchant des personnes de tous âges et de tous milieux. Sa compréhension a évolué d'une simple 'mélancolie' à une pathologie multifactorielle impliquant des déséquilibres biologiques, des facteurs psychologiques et des influences environnementales.
Description
La dépression se manifeste par un ensemble de symptômes qui durent au moins deux semaines et représentent un changement par rapport au fonctionnement antérieur. Les symptômes clés incluent une humeur dépressive (tristesse, vide, désespoir) ou une perte d'intérêt et de plaisir (anhédonie) pour presque toutes les activités. S'y ajoutent fréquemment des modifications de l'appétit et du poids, des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie), une agitation ou un ralentissement psychomoteur, une fatigue ou perte d'énergie, des sentiments de dévalorisation ou de culpabilité excessive, des difficultés de concentration ou d'indécision, et des pensées récurrentes de mort ou de suicide. Le diagnostic repose sur des critères cliniques standardisés (comme le DSM-5 ou la CIM-11). Il existe plusieurs sous-types : dépression majeure, dysthymie (trouble dépressif persistant), dépression postpartum, dépression saisonnière, et dépression dans le cadre d'un trouble bipolaire.
Histoire
Les descriptions de syndromes dépressifs remontent à l'Antiquité. Dans la Grèce antique, Hippocrate utilisait le terme 'mélancolie' (bile noire) pour décrire un état de tristesse et de peur prolongé. Au Moyen Âge, la mélancolie était souvent interprétée à travers un prisme religieux (acédie, paresse spirituelle). Au 19ème siècle, avec l'émergence de la psychiatrie moderne, des figures comme Emil Kraepelin ont commencé à la classifier comme une entité nosologique distincte, la 'dépression mélancolique'. Le 20ème siècle a vu des avancées majeures avec la découverte des premiers antidépresseurs (iproniazide, imipramine) dans les années 1950, validant l'hypothèse biologique de la maladie. La théorie monoaminergique (déficit en sérotonine, noradrénaline, dopamine) a dominé, bien qu'aujourd'hui elle soit considérée comme une simplification d'un mécanisme plus complexe. La dépression a été officiellement reconnue comme un trouble médical nécessitant un traitement, contribuant à réduire, bien qu'imparfaitement, la stigmatisation qui l'entoure.
Caracteristiques
La dépression présente plusieurs caractéristiques fondamentales. C'est une maladie récurrente : un premier épisode majeur multiplie le risque d'en subir un autre. Elle est épisodique, avec des périodes de crise et de rémission. Son étiologie est multifactorielle, combinant : 1) des facteurs biologiques (prédisposition génétique, altérations des neurotransmetteurs et de la neuroplasticité, inflammation, dysrégulation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien), 2) des facteurs psychologiques (traumatismes, schémas de pensée négatifs, personnalité), et 3) des facteurs sociaux (isolement, stress chronique, précarité). Elle a un impact systémique, affectant le système immunitaire, le métabolisme (risque accru de diabète, de maladies cardiovasculaires) et la cognition (mémoire, prise de décision).
Importance
L'importance de la dépression est immense à l'échelle individuelle et collective. Sur le plan de la santé publique, elle est un fardeau mondial majeur, contribuant fortement aux années vécues avec une incapacité. Elle est fortement associée au risque de suicide, qui représente une cause majeure de mortalité prématurée. Économiquement, elle entraîne des coûts directs (soins) et indirects considérables (absentéisme, perte de productivité). Socialement, elle affecte les relations familiales, amicales et professionnelles. Sa reconnaissance croissante a conduit à des campagnes de sensibilisation et à un meilleur accès aux soins, mais des barrières persistent, notamment la stigmatisation, le manque de ressources et les diagnostics erronés. La recherche actuelle explore de nouvelles voies thérapeutiques (glutamate, psychédéliques sous contrôle médical) et des approches personnalisées.
