Introduction
La dynamite, brevetée en 1867 par Alfred Nobel, marque un tournant décisif dans l'histoire des explosifs. En stabilisant la nitroglycérine, un liquide extrêmement instable et dangereux, Nobel a créé un outil puissant, fiable et relativement sûr qui a propulsé l'ère industrielle, transformant radicalement les capacités de l'ingénierie, de l'exploitation minière et de la construction.
Contexte
Au milieu du XIXe siècle, la nitroglycérine, découverte en 1847 par Ascanio Sobrero, était reconnue pour sa puissance explosive bien supérieure à celle de la poudre noire. Cependant, son état liquide et sa sensibilité extrême aux chocs et aux variations de température la rendaient imprévisible et meurtrière. De nombreux accidents lors de sa fabrication, de son transport et de son utilisation ont poussé les scientifiques, dont Nobel lui-même, à chercher un moyen de la rendre plus sûre à manipuler.
Inventeur
Alfred Nobel (1833-1896) était un chimiste, ingénieur et industriel suédois. Issu d'une famille d'inventeurs (son père Immanuel travaillait sur les mines marines), il était profondément marqué par les dangers des explosifs. Un tragique accident en 1864, qui coûta la vie à son jeune frère Emil et à quatre autres personnes dans l'usine familiale, le motiva à trouver une solution. Ses recherches aboutirent lorsqu'il mélangea de la nitroglycérine avec de la terre à diatomées (kieselguhr), une roche sédimentaire siliceuse poreuse et inerte. Ce mélange formait une pâte malléable qui pouvait être façonnée en bâtons et manipulée en toute sécurité, n'explosant que par l'initiation d'un détonateur.
Fonctionnement
La dynamite classique (dynamite à la terre à diatomées) est un mélange de trois composants principaux. La nitroglycérine est l'agent explosif principal. La terre à diatomées (ou d'autres matériaux absorbants comme la sciure de bois) sert de support inerte, stabilisant le liquide et le rendant insensible aux chocs modérés. Du nitrate de sodium est souvent ajouté comme comburant pour assurer une combustion complète et augmenter la puissance. L'explosion est déclenchée par un détonateur (invention parallèle de Nobel), généralement une petite charge de fulminate de mercure, qui génère une onde de choc suffisante pour initier la détonation de la nitroglycérine stabilisée.
Evolution
Après la dynamite à base de kieselguhr, Nobel et d'autres ont développé des variantes améliorées. La 'dynamite gomme' (ou gelignite), inventée par Nobel en 1875, utilisait de la collodion (nitrocellulose dissoute) pour gélifier la nitroglycérine, la rendant résistante à l'eau et encore plus puissante. Par la suite, des dynamites 'de sécurité' à base de nitrate d'ammonium, moins sensibles et produisant moins de fumées toxiques, ont été créées pour les mines de charbon. Au XXe siècle, la dynamite a été progressivement supplantée par des explosifs plus spécialisés et plus sûrs, comme les explosifs à base de TNT, les mélanges ANFO (nitrate d'ammonium/fioul) et les émulsions explosives.
Impact
L'impact de la dynamite sur la société est colossal et ambivalent. Positivement, elle a été un moteur essentiel de la seconde révolution industrielle. Elle a permis la construction d'infrastructures titanesques : percement de tunnels (Simplon, Gothard), creusement de canaux (Panama, Corinthe), nivèlement de terrains pour les voies ferrées et les routes, et extraction minière à une échelle sans précédent. Elle a réduit considérablement le coût et le temps de ces travaux. Cependant, son invention a aussi conduit à une militarisation accrue, étant utilisée dans les obus et les mines. La fortune colossale qu'Alfred Nobel a amassée grâce à la dynamite et à ses autres inventions d'explosifs l'a hanté, le poussant à créer dans son testament les Prix Nobel, destinés à récompenser les bienfaiteurs de l'humanité, comme pour contrebalancer l'usage destructeur de sa création la plus célèbre.
