Introduction
La variole, causée par le virus Variola, fut l'un des fléaux les plus dévastateurs de l'histoire humaine, avec une mortalité atteignant 30% et laissant des survivants gravement défigurés ou aveugles. La quête d'une protection contre cette maladie a conduit à l'une des plus grandes avancées médicales : la vaccination. Ce terme lui-même dérive du latin 'vacca' (vache), en hommage à la vaccine, le virus bovin à l'origine de la première méthode préventive efficace.
Description
Le vaccin contre la variole est un vaccin à virus vivant atténué. Il ne contient pas le virus de la variole humaine (Variola) mais un virus apparenté, le virus de la vaccine (Vaccinia). Lors de l'inoculation, généralement par scarification multiple sur la peau du bras, le virus de la vaccine se réplique localement et induit une réponse immunitaire robuste qui protège également contre le virus de la variole. La réussite de la vaccination est attestée par l'apparition d'une pustule caractéristique au site d'injection, qui forme une croûte et laisse une cicatrice distinctive. L'immunité conférée est de longue durée, probablement à vie.
Histoire
L'histoire du vaccin commence avec la pratique ancienne de la variolisation (ou inoculation) en Asie et en Afrique, qui consistait à inoculer du pus de lésions bénignes de variole pour induire une forme atténuée de la maladie. Cette méthode, risquée, fut introduite en Europe au XVIIIe siècle. La percée décisive intervient en 1796 grâce au médecin anglais Edward Jenner. Observant que les trayeuses infectées par la vaccine (une maladie bénigne des vaches) devenaient immunisées contre la variole, il inocula du pus d'une lésion de vaccine de la trayeuse Sarah Nelmes au jeune James Phipps. Après avoir été ensuite exposé à la variole, l'enfant ne contracta pas la maladie. Jenner nomma cette procédure 'vaccination'. Au XIXe siècle, la vaccination se répandit mondialement. Au XXe siècle, des campagnes de vaccination massives et surveillées, coordonnées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans le cadre du Programme d'Éradication de la Variole lancé en 1959 et intensifié en 1967, ont permis d'éradiquer la maladie. Le dernier cas naturel fut recensé en Somalie en 1977, et l'OMS déclara officiellement l'éradication mondiale de la variole le 8 mai 1980.
Caracteristiques
Le vaccin traditionnel (de première génération) était produit en cultivant le virus de la vaccine sur la peau d'animaux (flanc de veau). Il se présentait sous forme lyophilisée pour la stabilité. Sa méthode d'administration unique était la scarification cutanée à l'aide d'une bifurquée (aiguille à deux pointes). C'était un vaccin très efficace, avec une protection estimée à 95% pendant au moins 5 à 10 ans, et partielle bien au-delà. Cependant, il pouvait provoquer des effets secondaires graves chez certaines personnes (eczéma vaccinatum, encéphalite, progressive vaccinia), notamment les immunodéprimés, ce qui a conduit à l'arrêt de la vaccination systématique après l'éradication. Des vaccins de deuxième et troisième générations, plus sûrs, ont depuis été développés pour les personnels militaires et de laboratoire à risque.
Importance
L'importance du vaccin contre la variole est monumentale et multiple. D'abord, il a permis d'éradiquer une maladie qui a tué environ 300 millions de personnes au XXe siècle seul. C'est la première et à ce jour la seule maladie infectieuse humaine à avoir été éradiquée, démontrant la puissance de la vaccination comme outil de santé publique. Deuxièmement, il a fondé le domaine de l'immunologie et de la vaccinologie, ouvrant la voie au développement de vaccins contre la rage, la poliomyélite, la rougeole et bien d'autres. Troisièmement, il a inspiré la création de programmes internationaux de santé coordonnés, modèle repris pour d'autres initiatives. Enfin, son succès a transformé la relation de l'humanité avec les maladies infectieuses, prouvant qu'il était possible de les vaincre par la science et la coopération mondiale. L'arrêt de la vaccination a permis d'économiser des milliards de dollars en coûts de vaccination et de traitement.
