Introduction
La découverte des groupes sanguins a révolutionné la médecine en permettant des transfusions sanguines sûres, sauvant ainsi des millions de vies. Elle a ouvert la voie à la médecine transfusionnelle, à la chirurgie majeure et à une meilleure compréhension de l'immunologie, de la génétique et même de l'anthropologie. Cette classification est une pierre angulaire de la médecine moderne.
Description
Les groupes sanguins sont déterminés par des marqueurs antigéniques héréditaires présents à la surface des globules rouges (hématies). Le système le plus connu est le système ABO, qui classe le sang en quatre groupes principaux : A, B, AB et O. Ce système dépend de la présence des antigènes A et/ou B. Les individus du groupe A ont l'antigène A, ceux du groupe B ont l'antigène B, ceux du groupe AB ont les deux, et ceux du groupe O n'en ont aucun. Parallèlement, le plasma contient des anticorps naturels dirigés contre les antigènes absents : une personne du groupe A possède des anticorps anti-B, etc. Le groupe O, sans antigène A ni B, possède à la fois des anticorps anti-A et anti-B. Un autre système crucial est le système Rhésus (Rh), défini principalement par la présence (Rh+) ou l'absence (Rh-) de l'antigène D. La combinaison des systèmes ABO et Rh donne les huit groupes sanguins courants (A+, A-, B+, B-, AB+, AB-, O+, O-). Il existe plus de 40 autres systèmes sanguins (Kell, Duffy, Kidd, etc.), mais ils sont moins immunogènes.
Histoire
Avant la découverte des groupes sanguins, les tentatives de transfusion étaient souvent mortelles en raison de réactions d'incompatibilité. Le tournant survient en 1900-1901 lorsque le médecin et immunologiste autrichien Karl Landsteiner observe que le mélange de sang de différentes personnes provoque parfois une agglutination des globules rouges. Il identifie ainsi les trois premiers groupes : A, B et C (qui deviendra O). Ses collaborateurs Alfred von Decastello et Adriano Sturli découvrent le groupe AB en 1902. Landsteiner reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1930 pour cette découverte. Le système Rhésus fut identifié plus tard, en 1937-1940, par Landsteiner, Alexander Wiener, Philip Levine et R.E. Stetson, après l'étude de réactions transfusionnelles et de la maladie hémolytique du nouveau-né. Ces découvertes ont permis d'établir les règles de compatibilité et de développer des tests de groupage sanguin fiables.
Caracteristiques
Les caractéristiques principales des groupes sanguins sont leur hérédité mendélienne (les allèles A, B et O sont codés par un gène unique sur le chromosome 9), leur stabilité tout au long de la vie et leur distribution variable dans les populations humaines (le groupe O est très fréquent en Amérique, le B est plus présent en Asie). La compatibilité transfusionnelle est impérative : un receveur ne doit pas recevoir de sang contenant un antigène qu'il ne possède pas et contre lequel il possède des anticorps. Ainsi, le groupe O- est considéré comme "donneur universel" car ses globules rouges ne portent ni A, ni B, ni RhD. Le groupe AB+ est "receveur universel" car il ne possède aucun anticorps anti-A, anti-B ou anti-RhD. Cependant, cette universalité est relative car elle ne tient pas compte des autres systèmes antigéniques. La maladie hémolytique du nouveau-né (MHNN) est une complication grave lorsqu'une mère Rh- porte un fœtus Rh+ ; elle est aujourd'hui prévenue par l'injection d'immunoglobulines anti-D.
Importance
L'importance des groupes sanguins est immense. Ils sont la condition sine qua non de la sécurité transfusionnelle, permettant des banques de sang organisées et des interventions chirurgicales complexes, des traitements contre le cancer et des greffes d'organes. Ils sont essentiels en obstétrique pour prévenir la MHNN. En médecine légale, ils ont été les premiers marqueurs utilisés pour les tests de paternité. En anthropologie, ils aident à retracer les migrations humaines. Des études épidémiologiques suggèrent des corrélations entre certains groupes sanguins et une susceptibilité ou une résistance à certaines maladies (par exemple, un risque légèrement accru de thrombose pour le groupe A, ou une protection relative contre le paludisme grave pour le groupe O). La recherche actuelle explore également le lien entre groupe sanguin et sévérité de certaines infections, comme le COVID-19.
