Introduction
La circulation sanguine constitue l'un des piliers fondamentaux de la physiologie humaine et animale. Il s'agit du mouvement continu du sang, pompé par le cœur, à travers un réseau complexe de vaisseaux sanguins (artères, veines, capillaires) formant un circuit fermé. Cette découverte a radicalement transformé la médecine, passant d'une vision mystique et erronée des humeurs à une compréhension mécaniste et scientifique du corps.
Description
Le système circulatoire est un circuit à double boucle. La **circulation systémique** (ou grande circulation) part du ventricule gauche du cœur, envoie le sang riche en oxygène via l'aorte vers tout l'organisme (sauf les poumons), puis ramène le sang appauvri en oxygène vers l'oreillette droite. La **circulation pulmonaire** (ou petite circulation) part du ventricule droit, envoie ce sang appauvri vers les poumons pour qu'il se recharge en oxygène et élimine le dioxyde de carbone, puis le ramène, oxygéné, vers l'oreillette gauche. Les **capillaires**, vaisseaux microscopiques, sont le site des échanges vitaux (gaz, nutriments, déchets) entre le sang et les tissus. Le cœur agit comme une pompe musculaire à quatre chambres, dont les valves assurent un flux unidirectionnel.
Histoire
Pendant près de 1500 ans, la médecine occidentale a adhéré à la théorie de Galien (IIe siècle apr. J.-C.), qui postulait que le sang était produit par le foie à partir des aliments, puis consommé par les organes. Il croyait que le sang oscillait dans les veines et les artères, deux systèmes séparés, et que le septum cardiaque était poreux. Au XVIe siècle, André Vésale et Michel Servet ont commencé à contester ces idées. Servet décrivit correctement la circulation pulmonaire mais son œuvre fut brûlée avec lui. Le médecin anglais **William Harvey** est considéré comme le père de la physiologie moderne pour son ouvrage révolutionnaire *Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in Animalibus* (1628). Par des expériences rigoureuses, des mesures quantitatives et des déductions logiques, il démontra que le sang circule de manière continue dans un circuit fermé, propulsé par le cœur. Il calcula même le débit cardiaque. Sa théorie fut confirmée plus tard par la découverte des capillaires par Marcello Malpighi (1661) au microscope.
Caracteristiques
Le système circulatoire possède plusieurs caractéristiques clés : 1) **Fermeture** : c'est un système clos de vaisseaux. 2) **Double pompe** : le cœur droit et gauche fonctionnent en série. 3) **Pression différentielle** : la pression est élevée dans les artères (systolique/diastolique) et faible dans les veines, nécessitant des valves veineuses pour le retour. 4) **Adaptabilité** : les vaisseaux peuvent se dilater ou se contracter (vasomotricité) pour réguler le flux et la pression. 5) **Spécialisation vasculaire** : les artères sont élastiques et musculaires, les capillaires ont une paroi mince pour les échanges, les veines sont capacitantes avec des valves. 6) **Rôle intégrateur** : il transporte aussi les hormones, régule la température et participe à la défense immunitaire via les globules blancs.
Importance
La découverte de la circulation sanguine est un tournant majeur dans l'histoire des sciences. Elle a établi les bases de la physiologie expérimentale et de la médecine scientifique. Elle a permis le développement de domaines critiques comme la cardiologie, l'angiologie, la chirurgie vasculaire et la réanimation. Elle a rendu intelligibles des pathologies comme l'hypertension, l'infarctus, l'athérosclérose, les thromboses et les anévrismes. Sans cette compréhension, des interventions comme les pontages coronariens, les transplantations cardiaques, la mise au point de médicaments antihypertenseurs ou la conception de machines cœur-poumon seraient impossibles. Elle symbolise le passage d'une médecine dogmatique à une médecine fondée sur l'observation, l'expérimentation et la mesure.
