Introduction
La thyroïde est une petite glande, mais d'une importance capitale, souvent qualifiée de 'chef d'orchestre' du métabolisme. Appartenant au système endocrinien, elle sécrète des hormones qui circulent dans le sang pour réguler le rythme auquel fonctionnent les cellules de l'organisme. Son bon fonctionnement est indispensable dès la vie fœtale pour le développement du cerveau et se maintient tout au long de la vie pour assurer l'équilibre énergétique et physiologique.
Description
La thyroïde est une glande endocrine de couleur rouge-brun, pesant environ 20 à 30 grammes chez l'adulte. Elle est située à la face antérieure du cou, en avant de la trachée, sous le cartilage thyroïde (pomme d'Adam). Sa forme caractéristique évoque un papillon ou un bouclier (d'où son nom, du grec 'thyreos' signifiant bouclier), avec deux lobes latéraux reliés par un mince pont de tissu appelé isthme. Sa structure microscopique est principalement composée de vésicules sphériques, les follicules thyroïdiens. Ces follicules sont bordés de cellules épithéliales (thyréocytes) et sont remplis d'une substance colloïde riche en thyroglobuline, une protéine précurseur des hormones. C'est dans ce colloïde que se fait la synthèse et le stockage des hormones thyroïdiennes. La glande est extrêmement vascularisée, recevant un débit sanguin proportionnellement très élevé pour sa taille.
Histoire
La thyroïde a été identifiée et nommée par l'anatomiste Thomas Wharton en 1656. Cependant, sa fonction est restée mystérieuse pendant des siècles. Au XIXe siècle, les observations cliniques ont établi un lien entre le goitre (gonflement de la glande) et le crétinisme (troubles du développement mental et physique). La première thyroïdectomie réussie pour un goitre a été réalisée en 1791. Une avancée majeure fut la découverte, en 1895, que l'iode était un composant essentiel des hormones thyroïdiennes, expliquant la prévalence du goitre dans les régions carencées en iode. L'hormone thyroxine (T4) fut isolée en 1914 par Edward Calvin Kendall, et la triiodothyronine (T3) fut identifiée plus tard, en 1952. Le mécanisme de régulation par la TSH (hormone thyréostimulante) sécrétée par l'hypophyse a été élucidé au milieu du XXe siècle, complétant la compréhension de l'axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien.
Caracteristiques
La fonction principale de la thyroïde est la production de deux hormones iodées : la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3). La T4 est la forme majoritairement sécrétée, mais c'est la T3, plus active, qui agit principalement sur les cellules cibles (la T4 est convertie en T3 en périphérie). Leur synthèse nécessite absolument un apport alimentaire en iode, capté activement par la glande. La sécrétion de T3 et T4 est finement régulée par un système de rétrocontrôle négatif impliquant l'hypothalamus (qui produit la TRH) et l'hypophyse (qui produit la TSH). La glande produit également la calcitonine, une hormone impliquée dans la régulation du métabolisme du calcium, mais dont le rôle chez l'humain adulte est mineur comparé à la T3/T4.
Importance
Les hormones thyroïdiennes sont indispensables à la vie. Elles agissent sur presque toutes les cellules du corps. Leurs rôles sont multiples : régulation du métabolisme basal (consommation d'oxygène et production de chaleur), stimulation de la synthèse protéique, influence sur la croissance et la maturation osseuse, développement du système nerveux central (particulièrement crucial pendant la grossesse et la petite enfance), régulation du rythme cardiaque, du transit intestinal, de la peau et des phanères. Un déséquilibre a des conséquences systémiques. L'hypothyroïdie (insuffisance hormonale) provoque ralentissement métabolique, prise de poids, fatigue, frilosité, dépression. L'hyperthyroïdie (excès hormonal) entraîne accélération du métabolisme, amaigrissement, nervosité, tachycardie, thermophobie. Le cancer de la thyroïde, bien que souvent de bon pronostic, est le cancer endocrinien le plus fréquent. Le dépistage néonatal systématique de l'hypothyroïdie congénitale témoigne de son importance vitale.
