Introduction
La rate, longtemps entourée de mystère et de croyances, est un organe abdominal appartenant au système lymphatique et immunitaire. De la taille d'un poing et pesant environ 150 à 200 grammes chez l'adulte, elle est souvent décrite comme le 'cimetière des globules rouges' mais ses fonctions sont bien plus vastes et sophistiquées. Elle agit comme un filtre sanguin intelligent et une caserne pour les cellules immunitaires, occupant une position stratégique dans la circulation portale.
Description
Anatomiquement, la rate est logée dans l'hypochondre gauche, protégée par les 9ème, 10ème et 11ème côtes. Elle est enveloppée d'une capsule fibreuse et présente deux faces : une face diaphragmatique lisse et une face viscérale où s'insèrent les vaisseaux spléniques (artère et veine) ainsi que la queue du pancréas. Sa structure interne est divisée en deux types de tissus fonctionnels : la pulpe rouge et la pulpe blanche. La pulpe rouge, majoritaire, est un labyrinthe de sinus veineux où le sang est filtré. Les macrophages y phagocytent les érythrocytes sénescents, les cellules sanguines défectueuses et les micro-organismes. La pulpe blanche, formée d'amas lymphoïdes (follicles et manchons lymphatiques péri-artériolaires), est le siège de la réponse immunitaire adaptative, où les lymphocytes B et T sont activés en présence d'antigènes circulants.
Histoire
Historiquement, la rate a été mal comprise. Dans la médecine des humeurs d'Hippocrate et de Galien, elle était associée à la bile noire (mélancolie) et considérée comme source de mauvaise humeur, d'où l'expression 'se faire de la bile'. Son ablation était pratiquée sur les athlètes dans l'Antiquité, croyant améliorer leurs performances respiratoires, une pratique dangereuse et infondée. Les progrès de l'anatomie à la Renaissance (Vésale) et de la physiologie aux XIXe et XXe siècles ont permis de démêler ses véritables fonctions. La découverte de son rôle dans l'immunité, notamment par des études sur des animaux splénectomisés devenus sensibles à des infections septicémiques, a été une étape majeure.
Caracteristiques
La rate possède plusieurs caractéristiques physiologiques remarquables. C'est un organe très vascularisé, recevant environ 5% du débit cardiaque total. Elle possède une capacité de réserve sanguine (surtout chez l'animal) et peut se contracter pour libérer des globules rouges en cas d'hémorragie ou d'hypoxie aiguë. Elle est le site principal de l'opsonisation, un processus où les anticorps marquent les pathogènes pour leur phagocytose. Elle synthétise également des facteurs du complément et de la properdine, essentiels à l'immunité innée. Chez le fœtus, elle participe à l'hématopoïèse (fabrication des cellules sanguines), fonction qui disparaît après la naissance mais peut réapparaître en cas de maladie médullaire grave.
Importance
La rate est un organe de l'ombre mais d'une importance capitale pour l'homéostasie. Sa fonction de filtration maintient la qualité du sang en éliminant quotidiennement des millions de globules rouges vieillis. Son rôle immunitaire est primordial dans la défense contre les infections encapsulées, notamment à pneumocoques, méningocoques et Haemophilus influenzae de type b (Hib). L'absence de rate (asplénie fonctionnelle ou anatomique) constitue un risque majeur d'infections fulminantes (sepsis). Elle est aussi impliquée dans le stockage et la libération des plaquettes. Dans diverses pathologies (mononucléose infectieuse, leucémies, cirrhose), la rate peut augmenter considérablement de volume (splénomégalie), entraînant une hyperdestruction des cellules sanguines (hypersplénisme). Malgré tout, il est possible de vivre sans elle, les fonctions de filtration étant partiellement reprises par le foie et la moelle osseuse, mais une vigilance vaccinale et antibiotique à vie est souvent nécessaire.
