Introduction
L'intestin grêle est un organe tubulaire, sinueux et capital du système digestif. Bien que nommé 'grêle' en raison de son diamètre relativement étroit (environ 2,5 à 3 cm), il est remarquable par sa longueur et la complexité de sa surface interne. C'est dans ce conduit que le chyme, le bol alimentaire partiellement digéré provenant de l'estomac, subit une transformation finale grâce à des enzymes et à la bile, avant que les molécules nutritives essentielles à la vie ne traversent sa paroi pour rejoindre la circulation sanguine et lymphatique.
Description
L'intestin grêle est divisé en trois segments successifs : le duodénum, le jéjunum et l'iléon. Le duodénum, court (25-30 cm) et en forme de C, reçoit les sécrétions du pancréas (riches en enzymes digestives) et de la vésicule biliaire (bile pour l'émulsification des graisses). C'est le site principal de la digestion chimique. Le jéjunum (environ 2,5 m) et l'iléon (environ 3,5 m) assurent principalement l'absorption des nutriments. La paroi interne de l'intestin grêle n'est pas lisse ; elle est plissée et couverte de millions de villosités intestinales, des projections en forme de doigts, elles-mêmes recouvertes de microvillosités (bordure en brosse). Cette structure multiplie la surface d'absorption par un facteur d'environ 600, atteignant une surface estimée entre 250 et 400 m², soit la taille d'un court de tennis. Sous les villosités se trouvent les glandes de Lieberkühn qui sécrètent le suc intestinal. La paroi est composée de couches musculaires lisses assurant le péristaltisme (mouvements de propulsion) et le segmentation (mélange).
Histoire
La connaissance de l'intestin grêle remonte à l'Antiquité. Les médecins grecs, comme Hérophile et Érasistrate au IIIe siècle av. J.-C., en ont fait des descriptions anatomiques. Galien (IIe siècle ap. J.-C.) a proposé des théories sur la digestion et l'absorption. Pendant des siècles, sa fonction précise est restée mystérieuse. La révolution est intervenue au XVIIe siècle avec les travaux du médecin italien Marcello Malpighi, qui, à l'aide d'un microscope primitif, a observé les villosités, ouvrant la voie à la compréhension de l'absorption. Au XIXe et XXe siècles, les découvertes sur les enzymes digestives (comme la trypsine), le rôle du pancréas (Claude Bernard) et les mécanismes d'absorption active ont permis de déchiffrer pleinement son fonctionnement.
Caracteristiques
Longueur : Environ 6 à 7 mètres (variable post-mortem en raison de la perte de tonus musculaire). Diamètre : 2,5 à 3 cm. Surface d'absorption : Estimée entre 250 et 400 m² grâce aux valvules conniventes, villosités et microvillosités. Vascularisation : Très riche, via l'artère mésentérique supérieure et son réseau de capillaires dans chaque villosité, drainé par la veine porte hépatique. Innervation : Faisceau nerveux intrinsèque (plexus d'Auerbach et de Meissner) et contrôle par le système nerveux autonome. Microbiote : L'iléon abrite une population bactérienne modérée, intermédiaire entre le jéjunum quasi stérile et le côlon très densément peuplé. Temps de transit : Le chyme y séjourne généralement de 3 à 6 heures.
Importance
L'intestin grêle est vital. Il est le principal site d'absorption des nutriments : les glucides (sous forme de glucose), les protéines (sous forme d'acides aminés), les lipides (sous forme d'acides gras et de monoglycérides), les vitamines hydrosolubles et la majorité des minéraux (calcium, fer). Il absorbe également environ 80% de l'eau ingérée. Son dysfonctionnement peut entraîner des maladies graves : la maladie cœliaque (intolérance au gluten endommageant les villosités), la maladie de Crohn (inflammation chronique), les insuffisances pancréatiques ou biliaires, et les syndromes de malabsorption (comme la sprue tropicale). Il joue aussi un rôle immunitaire crucial : les plaques de Peyer, dans l'iléon, sont des agrégats de tissu lymphoïde qui surveillent le contenu intestinal et produisent des immunoglobulines A (IgA) sécrétoires. Enfin, il sécrète plusieurs hormones digestives (sécrétine, cholécystokinine) qui régulent les sécrétions pancréatiques et biliaires ainsi que la motricité gastrique.
