Introduction
Le thé, issu de la plante Camellia sinensis, est bien plus qu'une simple boisson. C'est un phénomène culturel global, un pilier économique et un objet de fascination botanique et gastronomique. Son histoire est intimement liée à celles de la Chine, du Japon, de l'Inde et de l'Occident, tissant un réseau d'échanges commerciaux, de traditions et de conflits. La diversité des thés – vert, noir, blanc, oolong, pu-erh – provient non pas de différentes espèces, mais des traitements spécifiques appliqués aux feuilles après la récolte.
Description
Le théier (Camellia sinensis) est un arbuste à feuilles persistantes de la famille des Théacées. Il peut atteindre plusieurs mètres à l'état sauvage, mais est taillé en arbuste bas pour faciliter la cueillette dans les plantations. Ses feuilles sont alternes, lancéolées, d'un vert brillant, et ses fleurs sont blanches et odorantes. La plante prospère dans les climats tropicaux et subtropicaux humides, sur des sols bien drainés et acides. Les principaux pays producteurs sont la Chine, l'Inde, le Kenya, le Sri Lanka et le Vietnam. La qualité du thé dépend d'une multitude de facteurs : l'altitude, le climat, le terroir, la variété de la plante (sinensis ou assamica), et surtout le savoir-faire dans le traitement des feuilles, qui comprend les étapes de flétrissage, roulage, oxydation (ou fermentation) et séchage.
Histoire
La légende chinoise attribue la découverte du thé à l'empereur Shennong vers 2737 avant J.-C. Consommé d'abord comme plante médicinale, il devient une boisson courante sous la dynastie Tang (618-907), période où Lu Yu écrit le Classique du Thé. Le thé arrive au Japon via les moines bouddhistes au IXe siècle, donnant naissance à la cérémonie du thé (chanoyu). Au XVIIe siècle, les commerçants portugais et hollandais l'introduisent en Europe, où il devient une denrée de luxe. La demande britannique croissante conduit la Compagnie britannique des Indes orientales à développer la culture à grande échelle en Inde (Assam, Darjeeling) et à Ceylan, modifiant profondément les paysages et l'économie coloniale. L'épisode du Boston Tea Party (1773) illustre son rôle politique dans la Révolution américaine.
Caracteristiques
La classification principale des vrais thés repose sur leur degré d'oxydation enzymatique. Le thé vert (non oxydé) est rapidement chauffé (à la vapeur ou à la poêle) après la cueillette pour neutraliser les enzymes. Il conserve une couleur verte et des notes végétales, herbacées. Le thé noir (totalement oxydé) subit un flétrissage, un roulage qui brise les cellules, une oxydation complète et un séchage. Il développe des arômes maltés, fruités ou boisés. Le thé oolong est partiellement oxydé (entre 10% et 80%), offrant une palette complexe entre le vert et le noir. Le thé blanc est le moins transformé : seuls les bourgeons et jeunes feuilles sont légèrement flétris et séchés, pour un goût subtil et délicat. Le thé pu-erh est un thé post-fermenté, vieilli pendant des années, développant des saveurs terreuses et profondes. Les thés aromatisés (Earl Grey, jasmin) ou aux fruits sont des mélanges.
Importance
Le thé est la deuxième boisson la plus consommée au monde, avec des implications majeures. Économiquement, c'est une culture de rente vitale pour des millions de petits producteurs et un secteur d'exportation clé pour plusieurs pays. Culturellement, il est au cœur de rituels sociaux et spirituels : la cérémonie japonaise du thé, le thé de l'amitié en Turquie et au Maghreb, le tea time britannique. Socialement, il a été un vecteur de sociabilité et de débat dans les salons européens et les maisons de thé. D'un point de vue santé, riche en antioxydants (catéchines dans le thé vert, théaflavines dans le noir), il est associé à de nombreux bienfaits (protection cardiovasculaire, propriétés anti-inflammatoires), bien que sa teneur en caféine (théine) en fasse un stimulant. Son impact environnemental, lié à la monoculture et à l'usage de pesticides, est un enjeu croissant, poussant au développement de l'agriculture biologique et équitable.
