Introduction
Le dragonnier, principalement représenté par l'espèce emblématique Dracaena draco (le dragonnier des Canaries), est une plante mythique qui fascine depuis des millénaires. Avec son port majestueux, son tronc épais et sa couronne de feuilles en forme d'épée, il incarne la longévité et la résistance. Sa sève, qui s'oxyde au contact de l'air en une résine rouge vif, lui a valu son nom évocateur et a alimenté de nombreuses légendes et usages commerciaux à travers l'histoire.
Description
Le dragonnier des Canaries (Dracaena draco) est une plante arborescente à croissance lente, pouvant atteindre plus de 20 mètres de hauteur à maturité. Son tronc, lisse et grisâtre chez les jeunes sujets, devient rugueux et se ramifie de manière caractéristique avec l'âge, formant une silhouette en parasol ou en candélabre. La croissance se fait par « dichotomie » : l'extrémité du bourgeon terminal se divise en deux, créant des branches symétriques. Les feuilles, coriaces et linéaires, mesurent jusqu'à 60 cm de long et sont regroupées en rosettes denses à l'extrémité des branches. La floraison, rare et spectaculaire, produit de grandes panicules de fleurs blanc-crème, suivies de baies oranges. Le système racinaire est dense et superficiel. D'autres espèces notables incluent Dracaena cinnabari, le dragonnier de Socotra, au port en ombrelle inversée caractéristique de l'île de Socotra, et Dracaena marginata, une espèce d'intérieur commune.
Histoire
L'histoire du dragonnier est profondément liée à celle des civilisations méditerranéennes et des grandes explorations. Les Guanches, premiers habitants des îles Canaries, vénéraient le dragonnier millénaire d'Icod de los Vinos (Tenerife), qu'ils considéraient comme sacré et doté de propriétés médicinales. Dans l'Antiquité, la résine de dragonnier, le « sang-dragon », était une denrée précieuse. Les Romains et les Grecs l'utilisaient comme colorant, médicament et encens. Au Moyen Âge et à la Renaissance, elle était recherchée par les apothicaires et les artisans, notamment pour teindre les violons italiens. L'exploration des îles atlantiques comme Madère et les Canaries au XVe siècle a remis cette ressource au goût du jour. Le dragonnier de Socotra, isolé dans l'océan Indien, a quant à lui été décrit scientifiquement au XIXe siècle, renforçant le statut mythique du genre.
Caracteristiques
1. **Morphologie unique** : Port arborescent avec ramification dichotomique, formant une architecture en candélabre. Tronc succulent, capable de stocker de l'eau. 2. **Le « sang-dragon »** : Sève incolore qui, en s'écoulant et en s'oxydant, durcit en une résine rouge foncé, insoluble dans l'eau. Cette résine était commercialisée sous forme de larmes ou de poudre. 3. **Longévité exceptionnelle** : Croissance extrêmement lente. Les spécimens les plus anciens, comme le dragonnier millénaire d'Icod, sont estimés à plusieurs centaines d'années (les estimations de plusieurs millénaires sont aujourd'hui considérées comme exagérées). 4. **Adaptation xérophytique** : Parfaitement adapté aux milieux arides et semi-arides, grâce à ses feuilles coriaces réduisant l'évapotranspiration et à ses racines efficaces pour capter l'humidité. 5. **Classification** : Longtemps classé parmi les Liliacées ou les Agavacées, il appartient désormais à la famille des Asparagacées, sous-famille des Nolinoideae.
Importance
L'importance du dragonnier est à la fois écologique, culturelle et économique. Écologiquement, il est une espèce clé dans les forêts sèches subtropicales (comme la forêt de laurisylve aux Canaries) et un symbole de la biodiversité des îles. Culturellement, c'est un emblème végétal des îles Canaries et de Socotra, profondément ancré dans le patrimoine et les légendes locales (on disait qu'il poussait là où le sang du dragon Ladon, tué par Hercule, avait coulé). Économiquement, la résine « sang-dragon » a été une source de revenus importante pendant des siècles, utilisée comme vernis, colorant pour laques, teinture pour textiles, encens et dans la médecine traditionnelle pour ses propriétés supposées astringentes et antiseptiques. Aujourd'hui, de nombreuses espèces de Dracaena sont cultivées comme plantes d'ornement d'intérieur pour leur robustesse et leur esthétique dépolluante.
