Introduction
La Niña, qui signifie 'la petite fille' en espagnol, est l'une des deux phases majeures de l'oscillation australe El Niño (ENSO), un phénomène de couplage océan-atmosphère dans le Pacifique tropical. Elle se manifeste par un renforcement des conditions climatiques 'normales' de la région, avec des alizés plus forts poussant les eaux chaudes de surface vers l'ouest, permettant ainsi une remontée d'eaux froides profondes (upwelling) plus intense le long des côtes de l'Amérique du Sud. Ce refroidissement anormal de la partie centre-est du Pacifique équatorial déclenche une cascade de réactions atmosphériques à l'échelle planétaire.
Description
Le phénomène La Niña est défini par une anomalie négative de la température de surface de la mer (SST) d'au moins -0.5°C dans la région dite Niño 3.4 (centre du Pacifique équatorial), persistant pendant au moins cinq mois consécutifs. Ce refroidissement est associé à un renforcement de la cellule de Walker, la circulation atmosphérique est-ouest au-dessus du Pacifique. Les alizés du sud-est, plus vigoureux, accumulent davantage d'eau chaude dans le Pacifique occidental (autour de l'Indonésie et de l'Australie), créant une pente thermique accentuée. Cette accumulation d'eau chaude à l'ouest favorise une convection atmosphérique intense, des précipitations abondantes et une baisse de la pression atmosphérique. À l'inverse, sur le Pacifique central et oriental, l'air descendant (subsidence) renforcé par les eaux plus froides entraîne des conditions plus sèches et une pression plus élevée. Ce contraste amplifié influence les courants-jets et la position des systèmes de haute et basse pression bien au-delà du Pacifique.
Histoire
Les pêcheurs péruviens avaient noté depuis longtemps un réchauffement périodique des eaux côtières qu'ils nommèrent 'El Niño' (l'Enfant Jésus) en référence à sa période d'apparition autour de Noël. La phase froide, La Niña, a été identifiée et nommée plus tard par les scientifiques pour désigner l'état opposé. La compréhension moderne de l'ENSO, incluant La Niña comme phase intégrante, s'est développée au cours du XXe siècle grâce aux travaux de chercheurs comme Gilbert Walker (qui a défini l'Oscillation Australe) et Jacob Bjerknes (qui a établi le lien entre l'océan et l'atmosphère). La surveillance systématique par des bouées ancrées, des satellites et des modèles océaniques a permis, à partir des années 1980, de mieux prévoir ces événements et leurs impacts.
Caracteristiques
Les caractéristiques principales de La Niña incluent : 1) Des températures de surface de la mer anormalement froides dans le centre-est du Pacifique équatorial, pouvant descendre à -2°C en dessous de la moyenne. 2) Un renforcement des alizés du sud-est. 3) Une cellule de Walker plus intense, avec une convection renforcée à l'ouest et une subsidence accrue à l'est. 4) Un déplacement vers l'ouest de la zone de convergence intertropicale (ZCIT). 5) Une thermocline (frontière entre eaux chaudes de surface et eaux froides profondes) plus profonde à l'ouest et plus superficielle à l'est. Les événements La Niña durent généralement de 9 à 12 mois, mais certains peuvent persister pendant deux ans ou plus (épisodes 'multi-annuels'). Ils surviennent avec une fréquence irrégulière, tous les 2 à 7 ans, et ne sont pas nécessairement symétriques ou de même intensité qu'un El Niño précédent.
Importance
L'impact de La Niña est global et souvent le miroir de celui d'El Niño. Elle influence les schémas de précipitations, les températures et l'activité des cyclones tropicaux. Ses effets typiques incluent : des conditions plus humides que la normale en Indonésie, en Australie du Nord, dans le nord du Brésil et en Afrique du Sud-Est ; une sécheresse accrue sur la côte ouest de l'Amérique du Sud, dans le sud des États-Unis et dans la Corne de l'Afrique. La Niña tend à favoriser une saison des ouragans dans l'Atlantique plus active en réduisant le cisaillement du vent et en modifiant la pression atmosphérique, tout en supprimant l'activité cyclonique dans le Pacifique central et oriental. Sur le plan socio-économique, elle affecte l'agriculture (récoltes, élevage), les ressources en eau, la pêche (l'upwelling froid étant riche en nutriments), la production d'énergie hydroélectrique et augmente les risques d'inondations ou d'incendies de forêt dans certaines régions. La compréhension et la prévision de La Niña sont donc cruciales pour la gestion des risques climatiques, la sécurité alimentaire et la planification économique à l'échelle mondiale.
