Introduction
La canicule est un événement climatique extrême caractérisé par une chaleur intense et durable, dépassant nettement les normales saisonnières d'une région donnée. Elle ne se résume pas à une simple journée chaude, mais constitue une agression prolongée pour les organismes et les écosystèmes. Devenue un marqueur puissant du changement climatique, sa fréquence, son intensité et sa durée augmentent significativement, en faisant un enjeu majeur de santé publique et d'adaptation des sociétés.
Description
Une canicule est définie météorologiquement par la persistance, sur au moins trois jours consécutifs, de températures diurnes et nocturnes élevées. Les seuils de température (maximale et minimale) varient selon les régions, car ils sont établis par rapport aux normales climatiques locales. Par exemple, en France, Météo-France déclenche la vigilance canicule lorsque, sur trois jours, les températures minimales ne descendent pas en dessous de 18-20°C (selon les départements) et les maximales atteignent ou dépassent 30-35°C. Le phénomène est généralement causé par la présence d'un puissant anticyclone (haute pression) qui s'installe durablement. Cet anticyclone agit comme un couvercle, empêchant la circulation des masses d'air et le passage des perturbations, tout en favorisant un ensoleillement maximal et des vents faibles. L'air, comprimé et subsident (qui descend), se réchauffe par compression adiabatique, amplifiant encore la chaleur. L'effet d'îlot de chaleur urbain aggrave la situation dans les villes, où les matériaux (béton, asphalte) emmagasinent et restituent la chaleur, empêchant un rafraîchissement nocturne suffisant.
Histoire
Les canicules ont toujours existé, mais leur documentation et leur perception ont évolué. L'été 1911 en Europe de l'Ouest fut particulièrement meurtrier. Cependant, la canicule d'août 2003 en Europe a constitué un tournant dans la prise de conscience. Cet événement, d'une intensité et d'une étendue géographique exceptionnelles, a causé un excès de mortalité estimé à plus de 70 000 décès sur le continent, dont près de 15 000 en France. Cette tragédie a révélé la vulnérabilité des sociétés modernes face à ce risque et a conduit à la mise en place de plans nationaux de gestion (comme le Plan Canicule en France, créé en 2004). Depuis, les épisodes se succèdent avec une régularité alarmante : 2006, 2015, 2018, 2019, et surtout l'année 2022, où des records absolus de température ont été battus dans de nombreux pays européens (jusqu'à 40°C au Royaume-Uni). L'été 2023 a été le plus chaud jamais enregistré à l'échelle planétaire. L'histoire récente montre une accélération et une intensification clairement liées au réchauffement climatique anthropique.
Caracteristiques
Les principales caractéristiques d'une canicule sont : 1) La durée : un épisode doit durer au minimum 72 heures pour être qualifié ainsi. 2) L'intensité : les températures dépassent significativement les moyennes historiques pour la région et la période. 3) L'amplitude thermique réduite : la différence entre le jour et la nuit est faible, les nuits restant très chaudes (températures minimales élevées), ce qui empêche la récupération de l'organisme. 4) L'étendue géographique : elle peut couvrir une région, un pays ou un continent entier. 5) L'humidité : selon les régions, une canicule peut être sèche (plus supportable) ou humide (la sueur s'évapore moins, accentuant la sensation d'étouffement et le risque de coup de chaleur). 6) La concomitance avec d'autres aléas : sécheresse, risque de feux de forêt, pollution à l'ozone, et pénuries d'eau ou d'électricité (due à la climatisation).
Importance
L'importance des canicules est immense et multiforme. Sur la santé humaine, elles provoquent un stress thermique direct (coup de chaleur, déshydratation) et aggravent les pathologies préexistantes (cardiaques, respiratoires, rénales). Les personnes âgées, les jeunes enfants, les travailleurs en extérieur et les personnes précaires sont les plus vulnérables. Environnementalement, elles accentuent les sécheresses, stressent les écosystèmes (blanchiment des coraux, mortalité forestière), et favorisent les méga-feux. Sur le plan socio-économique, elles impactent l'agriculture (baisse des rendements, stress hydrique), la production d'énergie (surcharge du réseau, baisse de l'efficacité des centrales), les infrastructures (déformation des rails, fonte du bitume) et le tourisme. La répétition de ces épisodes pèse sur les systèmes de santé et oblige à repenser l'aménagement du territoire (végétalisation, matériaux rafraîchissants) et les modes de vie. La canicule est ainsi devenue le symbole tangible et dangereux de l'urgence climatique.
