Forêt de Tarkine

La forêt de Tarkine, ou takayna, est une vaste étendue sauvage de l'ouest de la Tasmanie, en Australie. C'est l'une des dernières grandes forêts tempérées humides intactes au monde, abritant une biodiversité exceptionnelle et des paysages préhistoriques. Elle est au cœur de vives controverses entre défenseurs de l'environnement et industries extractives.

Introduction

Nichée dans le nord-ouest sauvage de la Tasmanie, la forêt de Tarkine (takayna en langue aborigène) s'étend sur près de 450 000 hectares. Plus qu'une simple forêt, c'est un vaste paysage comprenant des forêts pluviales tempérées d'une ancienneté stupéfiante, des landes alpines, des rivières sauvages, des tourbières et une côte spectaculaire. Ce territoire est considéré comme le plus grand massif de forêt pluviale tempérée froide de l'hémisphère austral et l'un des derniers grands espaces sauvages de la planète. Son isolement relatif lui a permis de conserver des écosystèmes pratiquement inchangés depuis des dizaines de millions d'années, offrant une fenêtre unique sur l'ancien supercontinent du Gondwana.

Description

Le paysage du Tarkine est d'une diversité remarquable. Il est dominé par des forêts pluviales tempérées luxuriantes, où les myrtes de Tasmanie (Nothofagus cunninghamii), les sassafras (Atherosperma moschatum) et les eucalyptus géants (Eucalyptus regnans) peuvent atteindre des hauteurs impressionnantes. Le sous-bois est dense, composé de fougères arborescentes, de mousses, de lichens et d'un tapis de plantes endémiques. La région comprend également le plus grand système de tourbières tempérées de l'hémisphère sud, des landes de conifères nains (comme le pin de King William, Athrotaxis selaginoides) et près de 100 km de côte sauvage, avec des plages de sable blanc, des falaises de dolérite et des récifs. Le climat est humide et frais, avec des précipitations abondantes qui alimentent un réseau hydrographique complexe, incluant la célèbre rivière Arthur.

Histoire

L'histoire humaine du Tarkine s'étend sur plus de 40 000 ans. Les peuples aborigènes de Tasmanie, notamment les nations Peerapper et Tarkiner, ont façonné et entretenu ce paysage par le feu et une gestion durable. La région regorge de sites archéologiques d'importance mondiale, dont des ateliers de taille de pierre, des huttes circulaires en pierre et l'un des plus grands réseaux de pistes aborigènes connus. L'arrivée des colons européens au 19ème siècle a entraîné des conflits violents, des déplacements et la quasi-disparition des populations autochtones. L'exploitation forestière et minière (notamment pour l'étain) a commencé à cette époque. Depuis les années 1970, le Tarkine est devenu un champ de bataille emblématique pour la conservation, avec des campagnes acharnées pour le protéger de l'exploitation forestière et de l'extraction minière à ciel ouvert. Malgré des protections partielles, une grande partie de la forêt n'est pas classée en parc national.

Caracteristiques

La biodiversité du Tarkine est extraordinaire et comprend de nombreuses espèces relictuelles du Gondwana. C'est un refuge pour des espèces menacées comme le diable de Tasmanie (Sarcophilus harrisii), l'aigle d'Australie (Aquila audax fleayi) et le parakeet orange-bellied (Neophema chrysogaster). La forêt abrite également le plus grand invertébré terrestre au monde, le crabe géant de Tasmanie (Pseudothelphusa garmani), et une incroyable diversité de mousses, de lichens et de champignons. Géologiquement, la région est riche en minéraux (étain, fer, nickel) et possède des formations de dolérite et de jaspe spectaculaires. Son patrimoine culturel aborigène est d'une densité et d'une importance exceptionnelles.

Importance

L'importance du Tarkine est à la fois écologique, climatique et culturelle. Sur le plan écologique, c'est un bastion de biodiversité et un laboratoire vivant pour l'étude des écosystèmes anciens. Ses vastes tourbières et forêts séquestrent d'énormes quantités de carbone, jouant un rôle crucial dans la régulation du climat. Culturellement, c'est un paysage sacré pour les Aborigènes de Tasmanie et un témoignage archéologique inestimable de la présence humaine sur le long terme. Son sort est devenu un symbole international de la lutte pour la conservation des dernières grandes zones sauvages face au développement industriel. Sa protection complète est réclamée par les scientifiques et les écologistes pour préserver ces valeurs irremplaçables pour les générations futures.

Anecdotes

Un nom récent pour une terre ancienne

Le nom 'Tarkine' n'a été popularisé que dans les années 1990 par les militants écologistes. Il dérive de 'Tarkiner', le nom d'un groupe aborigène qui vivait dans la région autour de la rivière Arthur. Le nom autochtone plus large pour la région est 'takayna'. Avant cela, la zone était simplement appelée le 'North-West' ou le 'far North-West' de la Tasmanie par les colons.

Les huttes circulaires en pierre

Le Tarkine abrite les vestiges de plus de 100 huttes circulaires en pierre construites par les Aborigènes de Tasmanie. Ces structures uniques, faites de murs de pierre bas sur lesquels étaient probablement posées des armatures en bois et en écorce, sont les seules habitations permanentes en pierre connues des sociétés aborigènes de Tasmanie. Elles témoignent d'un mode de vie sédentaire complexe et adapté au climat froid de la région.

Le pin qui a vu passer les dinosaures

La forêt de Tarkine abrite le pin de King William (Athrotaxis selaginoides), une espèce de conifère considérée comme un véritable fossile vivant. Cet arbre est un survivant direct des forêts du Jurassique, il y a plus de 150 millions d'années. Sa présence, aux côtés d'autres espèces relictuelles comme les myrtes, confère au paysage une atmosphère préhistorique palpable, souvent comparée à celle du 'Monde perdu'.

Sources

  • The Bob Brown Foundation - Takayna / Tarkine Campaign
  • Australian Government - Department of Climate Change, Energy, the Environment and Water: Tarkine
  • UNESCO World Heritage Centre: Tasmanian Wilderness (extension proposals)
  • The Wilderness Society Australia - Tarkine
  • Tasmanian Aboriginal Centre
  • Scientific reports on the biodiversity values of the Tarkine region
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