Introduction
Les lémuriens forment un super-ordre de primates prosimiens, c'est-à-dire des primates « primitifs » antérieurs aux singes. Ils sont le fruit d'une évolution isolée sur l'île de Madagascar depuis environ 60 millions d'années, après y être arrivés vraisemblablement sur des radeaux de végétation. Cette radiation évolutive a donné naissance à une centaine d'espèces et sous-espèces, présentant une incroyable diversité de tailles, de régimes alimentaires et de comportements sociaux, faisant d'eux les mammifères les plus emblématiques de la Grande Île.
Description
La morphologie des lémuriens est très variée. Le lémur catta, le plus connu, possède un pelage gris, un museau noir et une longue queue annelée de noir et blanc qu'il tient en panache pour communiquer. L'indri, le plus grand, est noir et blanc, presque sans queue, et possède des membres postérieurs puissants pour le saut. Le microcèbe, le plus petit primate du monde, ressemble à une souris avec de grands yeux. Les aye-ayes ont des incisives à croissance continue et un doigt médian filiforme pour extraire les larves du bois. La plupart ont un museau allongé, un excellent odorat, des yeux frontalisés et un « peigne dentaire » formé par les incisives et canines inférieures, utilisé pour le toilettage.
Habitat
Les lémuriens ont colonisé pratiquement tous les écosystèmes de Madagascar. On les trouve dans les forêts tropicales humides de l'est (comme l'indri), les forêts sèches caduques de l'ouest (comme le lémur catta), les forêts épineuses du sud (comme le sifaka de Verreaux) et même les mangroves. Leur répartition est aujourd'hui très fragmentée en raison de la déforestation massive qui a réduit leur habitat de plus de 90%. Leur survie est intrinsèquement liée à la préservation des forêts malgaches.
Alimentation
Le régime alimentaire est extrêmement diversifié. La majorité sont frugivores-folivores, se nourrissant de fruits, de feuilles, de fleurs et de bourgeons. Les sifakas sont principalement folivores. Les microcèbes et certains lémurs mangadasy sont omnivores, consommant insectes, gommes et petits vertébrés. L'aye-aye est un spécialiste, utilisant son doigt pour la « pêche » de larves (technique de percussion-écoute-extraction). Cette diversité alimentaire réduit la compétition entre espèces et permet une cohabitation dans un même habitat.
Reproduction
La saison de reproduction est généralement très courte (quelques semaines par an), synchronisée avec la saison des pluies et l'abondance de nourriture. La plupart des espèces ont une gestation d'environ 120 à 150 jours. Les portées sont petites, souvent un seul petit (deux chez les lémurs catta). Le petit s'accroche d'abord au ventre de la mère, puis monte sur son dos. La maturité sexuelle varie de moins d'un an pour les petites espèces à 5-7 ans pour les plus grandes. Les femelles dominent dans de nombreuses sociétés de lémuriens (matriarcat).
Comportement
La structure sociale va de la vie solitaire et nocturne (aye-aye, microcèbe) aux groupes multimâles-multifemelles diurnes pouvant compter jusqu'à 30 individus (lémur catta). La communication est riche : vocalisations (cris d'alarme, chants choraux de l'indri), signaux olfactifs (marquage par des glandes), postures et expressions faciales. Les lémurs catta ont des « batailles de puanteur » où les mâles imprègnent leur queue de sécrétions et la brandissent vers l'adversaire. Les sifakas se déplacent au sol par des bonds latéraux bipèdes spectaculaires.
Conservation
Les lémuriens sont considérés comme le groupe de mammifères le plus menacé au monde. Selon l'UICN, plus de 95% des espèces sont classées comme menacées, dont un tiers en danger critique d'extinction. Les principales menaces sont la destruction et la fragmentation de l'habitat (déforestation pour l'agriculture sur brûlis et le charbon de bois), la chasse pour la viande de brousse, et dans une moindre mesure le commerce illégal d'animaux de compagnie. Leur conservation passe par la protection stricte des aires protégées, la reforestation, l'écotourisme responsable et les programmes de reproduction en captivité (EEP) pour les espèces les plus en danger.
