Introduction
Les geckos forment un groupe diversifié de plus de 1 800 espèces réparties dans l'infra-ordre des Gekkota. Ces reptiles fascinants, apparus il y a des millions d'années, ont conquis une incroyable variété de niches écologiques. Leur succès évolutif repose sur des adaptations remarquables, dont la plus emblématique est leur capacité d'adhésion, défiant les lois de la gravité. Leur présence dans les cultures humaines, tant comme symbole de bonne fortune que comme animal de compagnie populaire, témoigne de leur lien particulier avec nous.
Description
Les geckos présentent une morphologie généralement trapue, avec une tête large, de grands yeux souvent dépourvus de paupières mobiles (ils les nettoient avec leur langue) et une peau couverte de petites écailles granulaires. Leur coloration est extrêmement variable, du camouflage cryptique (marron, vert, gris) aux motifs vifs chez certaines espèces tropicales. Leur trait le plus distinctif est leurs pattes : chez de nombreuses espèces, les doigts sont équipés de lamelles adhésives recouvertes de millions de poils microscopiques appelés setæ. Ces structures exploitent les forces de van der Waals, créant une adhérence puissante et réversible sur la plupart des surfaces, même lisses comme le verre. La majorité des geckos sont nocturnes et possèdent une vision excellente en faible luminosité. Une autre caractéristique défensive commune est l'autotomie : ils peuvent volontairement sectionner leur queue pour échapper à un prédateur, celle-ci repoussant ensuite (bien que souvent différente).
Habitat
L'aire de répartition des geckos couvre principalement les régions chaudes du globe. On les trouve en abondance en Asie du Sud-Est, en Océanie, en Afrique et en Amérique. Ils se sont adaptés à des habitats extrêmement diversifiés : des canopées des forêts tropicales humides aux parois rocheuses des déserts arides (comme le gecko à queue feuillue d'Afrique). Beaucoup ont parfaitement colonisé les environnements anthropisés, vivant dans les maisons, sur les murs et les plafonds, où ils sont des auxiliaires précieux en consommant les insectes nuisibles. Certaines espèces, comme le gecko diurne de Madagascar, sont strictement inféodées à des micro-habitats menacés.
Alimentation
Ce sont majoritairement des prédateurs insectivores généralistes et opportunistes. Leur régime se compose d'arthropodes : mouches, moustiques, papillons de nuit, blattes, araignées. Leur technique de chasse est souvent basée sur l'affût ; ils restent immobiles et bondissent avec rapidité et précision pour capturer leur proie avec la bouche. Quelques espèces ont des régimes spécialisés : les geckos du genre Phelsuma (geckos diurnes) complètent leur alimentation par du nectar et du pollen, jouant un rôle de pollinisateur. Les plus grandes espèces, comme le gecko géant de Nouvelle-Calédonie (Rhacodactylus leachianus), peuvent aussi consommer de petits vertébrés ou des fruits.
Reproduction
La plupart des geckos sont ovipares. La femelle pond généralement deux œufs à coquille dure (parfois un seul) qu'elle colle dans une fissure, sous une écorce ou dans un autre abri. Contrairement à beaucoup de reptiles, les œufs de nombreuses espèces de geckos ont une coquille calcaire dure et non pas coriace. Une particularité fascinante est la parthénogenèse observée chez quelques espèces (comme le gecko à queue feuillue, Hemidactylus garnotii), où les femelles se reproduisent sans mâle, donnant naissance à des clones d'elles-mêmes. Les jeunes sont autonomes à l'éclosion et atteignent la maturité sexuelle en un à deux ans.
Comportement
Les geckos sont principalement nocturnes et solitaires, bien que certaines espèces diurnes (comme les Phelsuma) soient plus actives le jour. Leur communication est notable : ils sont les seuls lézards à posséder une vraie voix. Ils émettent des claquements, des gazouillis ou des aboiements (d'où le nom de certaines espèces comme le "gecko aboyeur") pour défendre leur territoire, attirer un partenaire ou dissuader un prédateur. Leur comportement de toilettage est important ; ils nettoient régulièrement leurs yeux protubérants avec leur langue. Leur capacité à marcher sur les plafonds est due à un mécanisme d'adhésion passif et contrôlé : ils posent et décollent leurs pattes selon un angle précis.
Conservation
Le statut de conservation est très variable. De nombreuses espèces communes, comme le gecko des maisons (Hemidactylus frenatus), sont invasives et prospèrent. À l'inverse, des espèces endémiques à aire de répartition restreinte, notamment sur les îles (Nouvelle-Calédonie, Madagascar, îles du Pacifique), sont menacées par la déforestation, l'introduction d'espèces invasives (rats, fourmis folles jaunes) et la collecte pour le commerce international des animaux de compagnie. Des programmes d'élevage en captivité (ex : pour le gecko géant de Nouvelle-Calédonie) et la protection d'habitats critiques sont essentiels pour leur survie. Leur rôle dans le contrôle naturel des insectes en fait aussi des alliés écologiques précieux.
