Introduction
Le mythe de la Tour de Babel est un récit fondateur de la Genèse (chapitre 11, versets 1-9) dans la Bible hébraïque, repris par le christianisme et l'islam. Il offre une explication étiologique (sur l'origine) à la diversité des langues et à la dispersion des peuples à travers le monde. Plus qu'une simple anecdote, il aborde des thèmes universels comme l'orgueil humain (l'hybris), les limites imposées par le divin et les conséquences de l'ambition démesurée.
Description
Le récit se situe après le Déluge. L'humanité, descendante de Noé, parle une seule et même langue. En migrant depuis l'est, elle s'installe dans la plaine de Shinéar (identifiée plus tard à la Mésopotamie). Les hommes, utilisant la brique cuite et le bitume comme mortier, décident de construire une ville avec une tour dont le sommet « pénètre les cieux ». Ce projet a un double objectif : se faire un nom (acquérir une renommée immortelle) et éviter la dispersion sur toute la surface de la Terre, défiant ainsi l'ordre divin de peupler le monde. Dieu (Yahvé) descend pour voir la ville et la tour. Interprétant cette construction collective comme une preuve de l'orgueil et de l'unité dangereuse des hommes (« Rien désormais ne les empêchera de faire tout ce qu'ils projetteront »), il décide de confondre leur langage pour qu'ils ne se comprennent plus. Privés de communication, les hommes doivent abandonner la construction et sont dispersés par Dieu sur toute la Terre. La ville est nommée Babel (de l'akkadien « Bab-ilim », porte des dieux), que le texte hébreu associe par un jeu de mots au verbe « balal », signifiant « confondre ».
Histoire
Le récit biblique est relativement court mais dense. Il s'inscrit dans la « préhistoire biblique » (Genèse 1-11), qui établit les grands cadres de la relation entre Dieu et l'humanité (Création, Chute, Déluge, Babel). Le projet de construction est présenté comme une action collective et délibérée. La réponse divine n'est pas une destruction par un cataclysme (comme le Déluge), mais une fragmentation sociale et linguistique. La tour elle-même est laissée inachevée, devenant un symbole permanent de l'échec de l'entreprise humaine. Ce mythe a probablement été rédigé ou compilé pendant l'Exil à Babylone (VIe siècle av. J.-C.), période où les Hébreux furent confrontés à la grandeur impressionnante et idolâtre de la métropole mésopotamienne et de ses ziggurats (temples-tours à étages). Le récrit peut être lu comme une critique théologique et politique de la civilisation babylonienne.
Caracteristiques
Le mythe présente plusieurs caractéristiques clés : 1) **L'Hybris** : La volonté des hommes d'« atteindre le ciel » symbolise une ambition qui outrepasse la condition humaine et cherche à rivaliser avec Dieu. 2) **L'Unité et la Communication** : L'unité linguistique est présentée comme une force extraordinaire, mais qui, détournée de son but, peut conduire à l'auto-idolâtrie collective. 3) **L'Intervention Divine** : Dieu agit non par jalousie, mais pour préserver un ordre où l'humanité reste dépendante de Lui et remplisse sa vocation de peuplement de la terre. 4) **Étiologie** : Le mythe explique l'origine des langues multiples et de la dispersion géographique des ethnies. 5) **Archétype de l'Échec Monumental** : La tour inachevée est l'archétype de tout projet humain gigantesque et vain.
Importance
L'impact du mythe de Babel est immense et pluriel. **Théologiquement**, il explique la condition humaine post-diluvienne : divisée, incapable de parfaite entente, nécessitant une intervention salvifique ultime (qui, dans la tradition chrétienne, est inversée symboliquement à la Pentecôte avec le don des langues). **Culturellement**, il a inspiré une quantité innombrable d'œuvres d'art, de littérature (Borges, Kafka), de musique et de cinographie. **Linguistiquement**, le terme « babel » est entré dans le langage courant pour désigner une confusion de sons ou de langues, ou un projet démesuré et chaotique. **Politiquement**, il est invoqué dans les débats sur le mondialisme, l'uniformisation culturelle, ou à l'inverse, la nécessité de préserver la diversité. Il interroge constamment le lien entre communication, pouvoir et identité collective.
