Table Ronde

La Table Ronde est un objet mythique central de la légende arthurienne, créée par le roi Arthur pour symboliser l'égalité et l'unité de ses chevaliers. Elle sert de cadre à leurs aventures, leurs serments et leur quête du Graal. Ce symbole de fraternité chevaleresque a profondément influencé la culture occidentale.

Introduction

La Table Ronde est bien plus qu'un simple meuble dans la légende arthurienne ; elle est le symbole tangible d'un idéal politique et chevaleresque. Inventée au XIIe siècle par l'écrivain normand Wace, elle devient rapidement le cœur névralgique de la cour du roi Arthur à Camelot, représentant une rupture avec les hiérarchies féodales traditionnelles. Autour de cette table sans tête, où aucune place n'est supérieure à une autre, se rassemblent les plus valeureux chevaliers, unis par un code d'honneur et une quête commune. Elle incarne le rêve d'une société parfaite, fondée sur la justice, la loyauté et l'égalité entre pairs.

Description

La Table Ronde est décrite comme un immense meuble circulaire, capable d'accueillir un grand nombre de chevaliers, souvent 150 selon les versions, bien que ce chiffre varie. Sa forme circulaire est son attribut essentiel : elle supprime la notion de préséance et de rivalité pour la place d'honneur, favorisant ainsi la discussion et la fraternité. Chaque siège, ou 'siège périlleux', est réservé à un chevalier élu, le plus pur d'entre eux étant destiné à trouver le Saint Graal. La table elle-même est souvent dotée d'une origine merveilleuse ; dans certaines traditions, elle est un cadeau de mariage offert à Arthur par le père de Guenièvre, le roi Léodagan, tandis que dans d'autres, elle est une création magique de l'enchanteur Merlin, qui l'aurait façonnée à l'image de la table de la Cène et du monde. Elle est le point de départ et de retour de toutes les quêtes.

Histoire

Le concept de la Table Ronde apparaît pour la première fois dans le 'Roman de Brut' (1155) de Wace, qui l'introduit comme un moyen pour Arthur d'éviter les querelles de préséance parmi ses barons. L'idée est reprise et amplifiée par Chrétien de Troyes à la fin du XIIe siècle, qui en fait le cadre de ses romans chevaleresques. C'est cependant Robert de Boron, au début du XIIIe siècle, qui donne à la table sa dimension sacrée et son lien avec le Graal dans son 'Estoire dou Graal'. Il l'assimile à la table de la Cène, créant un puissant parallèle entre les douze apôtres et les chevaliers. La version la plus célèbre et systématique est celle de Thomas Malory dans 'Le Morte d'Arthur' (1485), qui consolide tous les récits et fixe la légende dans l'imaginaire anglais. La table devient alors le symbole de l'ordre chevaleresque par excellence, dont la chute précipite celle du royaume de Logres.

Caracteristiques

Les caractéristiques principales de la Table Ronde sont à la fois physiques et symboliques. Physiquement, sa circularité est fondamentale, éliminant toute hiérarchie spatiale. Elle est souvent associée à un mécanisme de rotation ('Table Revolving' dans certains textes), permettant un service égalitaire. Symboliquement, elle représente : 1) L'Égalité et la Fraternité : tous les chevaliers y sont pairs ('peers'). 2) L'Unité du Royaume : elle rassemble les guerriers de toutes les régions de Bretagne. 3) La Quête du Graal : elle est le lieu où la quête est annoncée et où les chevaliers font serment de la poursuivre. 4) L'Idéal Chevaleresque : elle incarne les vertus de courtoisie, loyauté, prouesse et protection des faibles. Le 'Siège Périlleux', laissé vide, est réservé au chevalier sans péché (finalement Galaad) et symbolise le jugement divin.

Importance

L'importance de la Table Ronde est immense dans la culture occidentale. Elle a cristallisé l'idéal de la chevalerie médiévale, influençant les codes de conduite des ordres de chevalerie réels. En politique, son modèle circulaire et égalitaire a été une source d'inspiration pour des concepts de gouvernance et de parlementarisme. Dans les arts, elle est un motif incontournable, de la peinture préraphaélite au cinéma et aux séries modernes. L'expression 'se mettre à la table ronde' est passée dans le langage courant pour désigner une discussion où tous les participants sont sur un pied d'égalité. Enfin, elle reste un archétype puissant de l'utopie sociale, d'une communauté unie par des idéaux communs supérieurs aux intérêts individuels, dont la recherche et l'échec tragique résonnent encore aujourd'hui.

Anecdotes

La Table de Winchester

Une grande table ronde en chêne, datant probablement du XIIIe siècle, est suspendue dans le Grand Hall du château de Winchester en Angleterre. Peinte sous le règne d'Henri VIII, elle porte les noms des chevaliers et une représentation d'Arthur en monarque Tudor. Bien que clairement une création médiévale tardive (analyse au carbone 14 la date vers 1250-1280), elle fut longtemps présentée comme la Table Ronde historique, illustrant comment le mythe a été instrumentalisé pour légitimer le pouvoir royal anglais.

Le nombre variable de chevaliers

Le nombre de chevaliers siégeant à la Table Ronde fluctue considérablement selon les sources. Wace évoque plus de 1 600 chevaliers ! Les textes postérieurs rationalisent ce nombre : le Lancelot-Graal fixe le nombre à 150, correspondant symboliquement à la taille de la cour idéale. Thomas Malory, lui, parle de 140 ou 150. Ce nombre élevé mais indéfini renforce l'idée d'une confrérie ouverte et prestigieuse, dont la liste complète reste mystérieuse.

L'inspiration celtique et normande

Les origines de la Table Ronde pourraient puiser dans deux traditions. D'une part, les récits celtiques évoquent des héros banquettant en cercle. D'autre part, et plus probablement, Wace s'est inspiré de la pratique normande des 'tables rondes', des fêtes et tournois où les participants imitaient les chevaliers arthuriens. Ces événements, populaires parmi l'aristocratie, mêlaient le jeu, la fête et l'idéal chevaleresque, montrant comment le mythe influençait déjà les mœurs contemporaines.

Sources

  • Wace, 'Le Roman de Brut' (1155)
  • Chrétien de Troyes, 'Perceval ou le Conte du Graal' (c. 1180)
  • Robert de Boron, 'L'Estoire dou Graal' (c. 1200)
  • Thomas Malory, 'Le Morte d'Arthur' (1485)
  • Norris J. Lacy (éd.), 'The Arthurian Handbook' (1997)
  • Jean Markale, 'Le Roi Arthur et la société celtique' (1976)
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