Introduction
Le mythe de Persée et Méduse est l'un des récits les plus célèbres et structurants de la mythologie grecque, illustrant les thèmes du destin, de la ruse, de l'aide divine et de la monstruosité. Il met en scène un héros « propre », souvent considéré comme l'un des rares à connaître une fin heureuse, dont l'aventure est marquée par une série d'épreuves et d'aides surnaturelles. La figure de Méduse, quant à elle, a évolué d'une simple monstre à un symbole complexe de terreur et de fascination, dont l'iconographie a traversé les siècles.
Description
Persée est le fils de Zeus et de Danaé, enfermée par son père Acrisios dans une tour d'airain par crainte d'une prophétie. Zeus la visite sous la forme d'une pluie d'or, et Persée naît. Jetés à la mer dans un coffre, ils échouent à Sériphos où le roi Polydecte s'éprend de Danaé. Pour se débarrasser de Persée, Polydecte lui ordonne de rapporter la tête de Méduse, pensant le condamner à mort. Méduse est l'une des trois Gorgones, sœurs monstrueuses aux cheveux de serpents vivants, avec des défenses de sanglier, des mains d'airain et des ailes d'or. Seule Méduse était mortelle. Son regard transformait instantanément quiconque le croisait en pierre. Elle résidait avec ses sœurs immortelles aux confins du monde, près du pays des Hyperboréens.
Histoire
Aidé par Athéna et Hermès, Persée reçoit des outils divins pour accomplir sa quête : des sandales ailées pour voler, la kunée (un casque d'Hadès rendant invisible), une besace (kibisis) pour transporter la tête, et une épée ou une faucille en diamant. Athéna lui donne surtout son bouclier poli, aussi brillant qu'un miroir. Guidé par les nymphes et Hermès, Persée trouve le repaire des Gorgones. En utilisant le reflet du bouclier pour observer Méduse sans la regarder directement, il s'approche pendant son sommeil et, guidé par Athéna, lui tranche la tête d'un seul coup. Du sang de Méduse naissent le cheval ailé Pégase et le guerrier Chrysaor. Les deux sœurs immortelles se réveillent et poursuivent Persée, qui s'échappe grâce à l'invisibilité et aux sandales ailées. Sur le chemin du retour, il utilise la tête de Méduse pour sauver Andromède, promise à un monstre marin, et pour pétrifier le titan Atlas. De retour à Sériphos, il pétrifie le roi Polydecte et sa cour, libérant sa mère. Il rend ensuite les objets magiques à Hermès, qui les restitue aux dieux, et offre la tête de Méduse à Athéna, qui la fixe sur son égide (bouclier ou cuirasse).
Caracteristiques
Ce mythe présente plusieurs caractéristiques fondamentales du héros grec : une naissance miraculeuse (fils de Zeus), une quête imposée par un roi hostile, l'obtention d'objets magiques (donnés par les dieux, non volés), l'utilisation de la ruse (miroir) plutôt que de l'affrontement direct, et l'accomplissement d'exploits annexes (sauvetage d'Andromède). Persée incarne le héos « civilisateur » qui élimine les monstres. Méduse, quant à elle, est une figure ambivalente. Dans les versions les plus anciennes (comme chez Hésiode), elle est une monstre née ainsi. Chez Ovide (poète romain), son histoire est tragique : une belle prêtresse d'Athéna violée par Poséidon dans le temple de la déesse, qui la punit en la transformant en Gorgone. Cette version ajoute une dimension victimaire et pathétique à son personnage.
Importance
L'importance de ce mythe est immense. Il a fourni un schéma narratif classique pour les contes de quête héroïque. Iconographiquement, la tête de Méduse (Gorgoneion) est devenue un motif apotropaïque universel, utilisé pour éloigner le mal sur les boucliers, les temples (comme les métopes du temple C de Sélinonte) et l'architecture. Le mythe a inspiré d'innombrables œuvres d'art, de la sculpture antique (le Persée de Cellini) à la peinture (Le Caravage, Rubens) et au cinéma (« Le Choc des Titans »). Psychanalytiquement, Méduse et sa tête coupée ont été interprétées comme des symboles de castration et de terreur face au féminin (Freud), ou plus largement de la monstruosité que le héros doit affronter pour accéder à sa maturité. Enfin, la figure de Méduse a été récupérée dans la culture contemporaine, notamment par le féminisme, comme symbole de la colère féminine et de la résistance face à la violence masculine.
