Mythes de la Création Égyptienne

Les mythes de la création égyptienne décrivent l'émergence de l'univers à partir du chaos liquide primordial, le Noun. Ils présentent plusieurs versions théologiques concurrentes, centrées sur les grands centres religieux comme Héliopolis, Hermopolis et Memphis, où différents dieux créateurs (Atoum, Rê, Ptah) jouent le rôle principal.

Introduction

Contrairement à de nombreuses traditions monolithiques, l'Égypte ancienne a développé plusieurs cosmogonies distinctes, chacune associée à une cité majeure et à sa divinité tutélaire. Ces récits ne s'annulaient pas mutuellement mais coexistaient, offrant des perspectives complémentaires sur les mystères de l'origine du monde, des dieux et des hommes. Ils forment le socle théologique et philosophique de la civilisation égyptienne, expliquant l'ordre (Maât) établi sur le chaos.

Description

Le point de départ commun à presque toutes les cosmogonies est l'existence d'un état indifférencié et informe avant la création : le Noun. Ce Noun est un océan primordial, une étendue d'eaux inertes, ténébreuses et illimitées contenant en puissance tous les éléments de la création future. La création est l'acte de faire émerger la différenciation, la lumière, la terre et la vie à partir de cette homogénéité chaotique. Les principaux récits sont l'Ennéade d'Héliopolis, l'Ogdoade d'Hermopolis et la théologie memphite.

Histoire

La version la plus influente est celle d'Héliopolis. Au commencement, Atoum (« le Tout » ou « Celui qui n'est pas ») émerge seul du Noun. Se tenant sur la première terre émergée (le tertre primordial), il se crée lui-même par la pensée et la parole. Puis, par masturbation ou expectoration, il engendre le premier couple divin : Shou (l'air sec) et Tefnout (l'humidité). De leur union naissent Geb (la terre) et Nout (le ciel). Geb et Nout, initialement enlacés, sont séparés par leur père Shou, créant ainsi l'espace pour le monde. De leur union naissent les dieux Osiris, Isis, Seth et Nephthys, complétant l'Ennéade (groupe de neuf). À Hermopolis, la création est attribuée à huit entités primordiales, l'Ogdoade : quatre couples de dieux grenouilles (mâles) et déesses serpents (femelles) personnifiant les aspects du Noun (Noun et Naunet : l'océan, Heh et Hauhet : l'infini, Kek et Kauket : les ténèbres, Amon et Amaunet : le caché). Leur interaction provoque une concentration d'énergie qui aboutit à l'émergence du tertre primordial et, selon les versions, à la naissance d'un dieu créateur (un œuf cosmique ou le soleil). La théologie memphite, plus philosophique, attribue la suprématie créatrice à Ptah, le dieu artisan. Elle affirme que Ptah a tout créé par le cœur (la pensée) et la langue (la parole). Il conçoit l'essence de toutes choses dans son cœur, puis les fait exister en les nommant. Cette doctrine fait même de Ptah le créateur des autres dieux, dont Atoum, intégrant ainsi les autres cosmogonies dans un système unifié centré sur Memphis.

Caracteristiques

Ces mythes partagent des caractéristiques fondamentales. La création est un processus d'organisation et de séparation (chaos/ordre, eau/terre, ciel/terre). Le dieu créateur est auto-engendré et utilise des moyens intellectuels (pensée, parole) ou physiques. Le soleil (Rê) est souvent l'aboutissement et le régulateur de la création. Le concept de Maât (l'ordre, la vérité, la justice) est l'antithèse du Noun et l'objectif de la création. Enfin, la multiplicité des récits reflète un pensée syncrétique et non dogmatique, capable d'intégrer des traditions locales.

Importance

L'importance de ces mythes est absolue. Ils légitimaient le pouvoir pharaonique (le roi étant le fils de Rê et l'incarnation d'Horus), justifiaient la structure sociale et l'ordre cosmique. Ils étaient au cœur de la religion et des rituels (comme les rites funéraires qui rejouaient le voyage du soleil pour assurer la renaissance). Ils influencèrent profondément l'art, l'architecture (la forme des temples évoquant le tertre primordial) et la littérature. Enfin, ils témoignent d'une réflexion métaphysique sophistiquée sur l'origine de l'être, préfigurant des concepts que l'on retrouvera dans d'autres traditions philosophiques et religieuses.

Anecdotes

Le Tertre Primordial

Le premier lieu émergé du Noun, le « benben », était représenté par une pierre conique. Il devint le prototype de l'obélisque et du pyramidion (la pierre au sommet des pyramides et des obélisques), symbolisant le rayon du soleil se posant sur la terre à l'aube de la création.

La Légende de l'Œil de Rê

Dans une variante du mythe, le dieu créateur (souvent Rê) envoie son Œil, personnifié comme une déesse puissante (Hathor, Sekhmet, Tefnout), explorer le monde lointain. Lorsqu'elle revient, elle trouve qu'un autre œil l'a remplacée. Rê la console et la place sur son front sous la forme de l'uraeus, le cobra royal, symbole de sa puissance destructrice et protectrice.

Ptah, le Démiurge Parolier

La théologie memphite, consignée sur la Pierre de Shabaka (VIIIe siècle av. J.-C. mais copiant un texte bien plus ancien), présente une conception quasi logocentrique de la création. Elle anticipe de manière frappante le concept biblique de création par la parole (« Et Dieu dit : Que la lumière soit ! ») et des philosophies du Verbe.

La Nuit et le Jour

La déesse du ciel, Nout, est souvent représentée arquée au-dessus de Geb, la terre, son corps étoilé englobant le cosmos. Le mythe raconte que Rê, le soleil, parcourt son corps durant le jour et est avalé par elle le soir. Il traverse alors son corps durant la nuit pour renaître de son sexe à l'aube, décrivant ainsi le cycle éternel jour/nuit.

Sources

  • Les Textes des Pyramides (Ancien Empire)
  • Les Textes des Sarcophages (Moyen Empire)
  • Le Livre des Morts (Nouvel Empire)
  • La Pierre de Shabaka (théologie memphite)
  • Traité de mythologie égyptienne, Nadine Guilhou & Janice Peyré
  • Les Dieux de l'Égypte, Claude Traunecker
  • Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Georges Posener
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