Introduction
La mort de Baldr, principalement rapportée dans l'Edda poétique (notamment dans le "Völuspá" et le "Baldrs draumar") et l'Edda de Snorri Sturluson (Gylfaginning), constitue l'élément déclencheur majeur de la chaîne d'événements menant au Ragnarök. Plus qu'un simple récit de mort divine, c'est une allégorie puissante sur la prédestination, la trahison, et la fin d'un âge d'innocence pour les dieux d'Ásgard.
Description
Baldr, fils d'Odin et de Frigg, est le dieu de la lumière, de la beauté, de la pureté et de la justice. Sa présence est si radieuse qu'il émet sa propre clarté. Aimé de tous les êtres, il incarne le bien absolu. Le mythe commence par des cauchemars prémonitoires de Baldr, annonçant son propre trépas. Inquiète, sa mère Frigg parcourt les neuf mondes et fait jurer à tous les êtres et choses (le feu, l'eau, les métaux, les pierres, les maladies, les animaux, etc.) de ne jamais nuire à son fils. Seul le gui, jugé trop jeune et insignifiant, est épargné de ce serment. Croyant Baldr invulnérable, les dieux en font un jeu : ils le placent au centre d'une assemblée et lui lancent toutes sortes d'objets, qui le frôlent sans lui faire de mal. Loki, le dieu farceur et malveillant, rongé par la jalousie, découvre la faille. Il fabrique une flèche ou un javelot (selon les versions) avec la tige de gui. Il persuade alors Höd, le frère aveugle de Baldr, de lancer l'arme inoffensive en guise de participation au jeu. Guidé par Loki, Höd lance le gui, qui transperce Baldr et le tue sur le coup. Le monde des dieux est plongé dans le deuil et l'horreur.
Histoire
Après la mort de Baldr, les dieux sont frappés de stupeur. Odin, comprenant la portée catastrophique de l'acte, chuchote à l'oreille de son fils défunt. Frigg demande alors un volontaire pour descendre à Hel, le royaume des morts, et tenter de racheter Baldr. Hermód, un autre fils d'Odin, s'élance sur Sleipnir, le cheval à huit jambes, pour un périlleux voyage de neuf nuits. Il parvient à négocier avec Hel, la déesse des morts. Elle accepte de libérer Baldr à une condition : que tous les êtres et choses dans les neuf mondes pleurent sa mort. Les messagers des dieux parcourent l'univers, et tout, des géants aux pierres, se met à pleurer. Seule une géante, Þökk ("Remerciement"), que l'on soupçonne être Loki déguisé, refuse catégoriquement, déclarant : "Que Hel garde ce qu'elle a !". Ainsi, la condition n'est pas remplie, et Baldr doit rester chez les morts jusqu'après le Ragnarök. En représailles, les dieux capturent Loki et l'enchaînent avec les entrailles de son fils, sous le venin d'un serpent qui goutte sur son visage, causant d'atroces souffrances jusqu'à la fin des temps.
Caracteristiques
Ce mythe présente plusieurs caractéristiques fondamentales de la mythologie nordique : 1) **Le Destin (Wyrd)** : Les cauchemars de Baldr montrent que même les dieux sont soumis à un ordre cosmique inéluctable. 2) **L'Imperfection de la protection** : La quête de Frigg, bien que totale, échoue à cause d'un détail négligé, illustrant l'impossibilité d'une sécurité absolue. 3) **La Ruse de Loki** : Loki agit non par force, mais par intelligence pervertie, exploitant la confiance et la faiblesse (l'aveuglement de Höd). 4) **L'Innocence sacrifiée** : Baldr, figure christique avant l'heure, est une victime pure dont la mort est un sacrifice involontaire. Höd, quant à lui, est un instrument involontaire du mal. 5) **Le Deuil universel** : La réaction du cosmos entier souligne l'importance cosmique de Baldr et l'unité de la création face à la perte de la beauté et de la bonté.
Importance
La mort de Baldr est l'élément pivot de la cosmogonie nordique. Elle marque le point de non-retour vers le Ragnarök. En tuant Baldr, Loki brise définitivement la paix et la confiance entre les dieux, accomplissant sa transformation d'agent du chaos en ennemi déclaré. L'échec de sa résurrection démontre que l'ordre ancien est irrémédiablement corrompu et que son renouvellement ne pourra se faire qu'à travers une destruction totale. Le mythe explore des thèmes universels : le deuil, la trahison, les conséquences imprévues des actes, et la fragilité du bien face à la malice. Il influence profondément la littérature et la pensée occidentale, servant de référence pour des figures de martyrs innocents et d'événements catastrophiques déclencheurs.
