Genèse biblique

Premier livre de la Bible hébraïque (Torah) et de l'Ancien Testament chrétien, la Genèse relate les origines mythiques du monde, de l'humanité et du peuple d'Israël. Elle contient des récits fondateurs comme la Création, le Jardin d'Éden, le Déluge et les patriarches Abraham, Isaac et Jacob.

Introduction

La Genèse (du grec 'genesis', signifiant 'origine' ou 'naissance') est un texte sacré fondamental pour le judaïsme, le christianisme et l'islam. Composé entre le Xe et le Ve siècle avant notre ère, il constitue une cosmogonie et une anthropogonie, mêlant récits mythologiques, étiologiques (expliquant l'origine des phénomènes) et proto-historiques. Il pose les bases théologiques et morales des religions abrahamiques.

Description

Le livre de la Genèse est structuré en deux grandes parties. Les chapitres 1 à 11, dits 'préhistoire biblique' ou 'histoire primitive', présentent des récits universels et symboliques : la création du monde en six jours (Genèse 1) et celle d'Adam et Ève (Genèse 2), la Chute et l'expulsion du Jardin d'Éden, le meurtre d'Abel par Caïn, le Déluge universel et l'arche de Noé, et enfin la tour de Babel. Ces récits explorent les thèmes de la relation entre Dieu et l'humanité, du péché, de la punition et de la grâce. La seconde partie (chapitres 12 à 50), 'histoire des patriarches', se concentre sur les origines du peuple élu à travers les figures d'Abraham (appelé par Dieu et promesse d'une descendance), d'Isaac, de Jacob (renommé Israël) et de Joseph, dont l'histoire en Égypte prépare le récit de l'Exode.

Histoire

La Genèse est le fruit d'une longue tradition orale et d'une compilation écrite. La critique historique et littéraire, notamment l'hypothèse documentaire, identifie plusieurs sources rédactionnelles principales, désignées par les lettres J (yahviste, utilisant le tétragramme YHWH), E (élohiste, utilisant 'Elohim'), P (sacerdotale, avec un style précis et liturgique) et D (deutéronomiste, moins présente en Genèse). Ces sources, rédigées à des époques différentes (du royaume de Juda au retour d'exil à Babylone), ont été fusionnées pour former le texte canonique que nous connaissons. Le texte hébreu massorétique est la version de référence, tandis que la traduction grecque de la Septante a largement influencé la tradition chrétienne.

Caracteristiques

Le texte se distingue par son style narratif riche en symboles et en dialogues. Il présente une théologie affirmant un Dieu unique, créateur, transcendant mais intervenant dans l'histoire (théophanie). Les récits sont souvent construits en diptyques (création/destruction, alliance/rupture, élection/rejet) et utilisent des généalogies pour structurer le temps. Les alliances successives (avec Noé, puis Abraham) sont centrales, établissant un pacte entre Dieu et l'humanité ou un peuple spécifique. La Genèse aborde aussi des questions universelles : la nature humaine, la souffrance, la justice, la famille et la relation à la terre promise.

Importance

L'impact de la Genèse est immense. Elle est le fondement scripturaire des doctrines de la Création, du péché originel et de l'Alliance dans le christianisme. Ses récits ont profondément influencé l'art, la littérature et la philosophie occidentale (de la 'Divine Comédie' de Dante aux 'Paradis perdus' de Milton). Les thèmes de la Chute et de la Tour de Babel nourrissent les réflexions sur la condition humaine et l'hybris. Scientifiquement, ses récits de création ont été au cœur du débat entre créationnisme et évolutionnisme. Culturellement, des expressions comme 'être le bouc émissaire' (rituel du Yom Kippour préfiguré), 'une arche de Noé' ou 'un travail de Sisyphe' (bien que grec, souvent associé) sont entrées dans le langage courant. Elle reste un texte-clé pour comprendre les mentalités et l'éthique des sociétés occidentales et moyen-orientales.

Anecdotes

Deux récits de la Création

La Genèse contient en réalité deux récits de création distincts et successifs. Le premier (Genèse 1:1 - 2:4a) est un récit très structuré et liturgique en six jours, où l'homme et la femme sont créés ensemble en dernier, 'à l'image de Dieu'. Le second (Genèse 2:4b-25) est plus narratif et centré sur le Jardin d'Éden : Dieu forme Adam de la poussière, puis Ève à partir d'une côte d'Adam. Cette dualité est souvent attribuée par les exégètes à la fusion des sources sacerdotale (P) et yahviste (J).

Les Nephilim, les géants mystérieux

En Genèse 6:1-4, apparaissent brièvement les 'Nephilim', décrits comme les 'héros du temps jadis' et 'hommes de renom', nés de l'union des 'fils de Dieu' avec les 'filles des hommes'. Ce passage énigmatique, souvent interprété comme une trace de mythologie antique sur des géants ou des demi-dieux, a nourri d'innombrables spéculations, théories apocryphes et œuvres de fiction fantastique.

L'âne qui parle

Un des rares épisodes où un animal parle dans la Bible se trouve en Genèse. Lorsque le prophète Balaam se rend pour maudire Israël, son ânesse voit l'ange de l'Éternel barrant la route et refuse d'avancer. Après avoir été frappée par Balaam, Dieu 'ouvre la bouche de l'ânesse' qui lui adresse la parole pour lui reprocher sa conduite (Genèse 22:28-30). Cet épisode combine humour et leçon théologique sur la perception spirituelle.

L'étymologie du nom 'Jacob'

Le nom du patriarche Jacob (Ya'aqov en hébreu) est riche de sens. Il dériverait du mot 'aqev' qui signifie 'talon', car il serait sorti du ventre de sa mère en tenant le talon de son frère jumeau Ésaü (Genèse 25:26). Plus tard, après avoir lutté avec un ange, son nom est changé en 'Israël', celui qui 'a lutté avec Dieu'. Le jeu de mots sur son nom illustre son caractère de 'supplanteur' (il a acheté le droit d'aînesse d'Ésaü et obtenu par ruse la bénédiction paternelle).

Sources

  • La Bible (Traduction œcuménique de la Bible - TOB, ou Bible de Jérusalem)
  • Thomas Römer, 'L'Invention de Dieu' (Seuil, 2014)
  • Jean-Louis Ska, 'Introduction à la lecture du Pentateuque' (Lessius, 2000)
  • André Wénin, 'D'Adam à Abraham ou les errances de l'humain. Lecture de Genèse 1,1-12,4' (Cerf, 2007)
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