Création hindoue

La cosmogonie hindoue présente une vision cyclique et complexe de la création, où l'univers passe par des phases répétées de manifestation, préservation et dissolution. Elle ne repose pas sur un récit unique, mais sur plusieurs mythes complémentaires issus des Védas, des Puranas et des Upanishads. Au cœur de ce processus se trouve le Brahman, la réalité ultime et impersonnelle, et la Trimurti, la trinité divine formée de Brahma (le créateur), Vishnou (le préservateur) et Shiva (le destructeur).

Introduction

Contrairement aux traditions monothéistes qui proposent une création ex nihilo (à partir de rien) et linéaire, la pensée hindoue conçoit la création comme un processus éternel, rythmé par d'immenses cycles de temps (kalpas et yugas). L'univers n'a ni commencement absolu ni fin définitive ; il est le résultat d'un jeu divin (lila) et d'une pulsation cosmique. Les récits de création servent moins à décrire un événement historique qu'à expliquer la nature de la réalité, la place de l'humain et la relation entre le principe absolu (Brahman) et le monde manifesté.

Description

Les textes sacrés offrent plusieurs versions de la création, qui se superposent plutôt qu'elles ne se contredisent. Dans le Rig-Véda (Nasadiya Sukta, Hymne de la Création), il est question d'un état primordial indifférencié, sans être ni non-être, où résidait l'Un (Tad Ekam) animé par sa propre chaleur (tapas). La première émanation est souvent le son primordial OM, ou une vibration qui donne naissance aux éléments. Un mythe majeur, le 'Barattage de l'océan de lait', décrit comment dieux (Devas) et démons (Asuras) coopérèrent pour extraire l'Amrita (nectar d'immortalité) et d'autres trésors cosmiques de l'océan primordial, symbolisant la création à partir du chaos. Un autre récit central est la descente de la déesse Ganga (le Gange) sur Terre, purifiant et fertilisant le monde.

Histoire

Le processus de création est généralement attribué à Brahma, né d'un lotus émergeant du nombril de Vishnou endormi sur le serpent Ananta-Shesha, au milieu de l'océan causal. Brahma crée alors les différents mondes (lokas) et les êtres. Cependant, chaque 'jour de Brahma' (un kalpa, équivalent à 4,32 milliards d'années humaines) correspond à la durée d'un univers. À la fin de ce jour, Shiva dissout l'univers (pralaya) dans une phase de repos, jusqu'à ce qu'un nouveau cycle commence. Cette conception fait de notre univers actuel l'un d'une infinité. Les Puranas détaillent la création de l'humanité, souvent à partir du corps du Purusha, l'Homme cosmique, dont les différentes parties donnent naissance aux castes (varnas) et aux éléments du monde.

Caracteristiques

Les caractéristiques clés de la cosmogonie hindoue sont : 1) La cyclicité : création, préservation et dissolution sont des phases éternelles. 2) L'émanation : Le monde procède de l'Absolu (Brahman) par densification, non par fabrication. 3) L'illusion (Maya) : Le monde manifesté, bien que réel, est une expression voilée de la réalité ultime. 4) L'immanence et la transcendance : Le divin est à la fois au cœur de la création (comme l'Âme suprême, Atman/Brahman) et au-delà d'elle. 5) Le pluralisme narratif : Aucun récit n'est dogmatique ; ils sont tous des chemins vers la compréhension. 6) Le rôle du sacrifice : La création est souvent présentée comme le résultat d'un sacrifice primordial (yajna) du Purusha ou des dieux.

Importance

Cette vision de la création est fondamentale pour toute la philosophie et la pratique hindoues. Elle fonde la notion de samsara (le cycle des renaissances), le but du moksha (la libération de ce cycle) et la loi du karma (cause et effet). Elle influence profondément l'art, l'architecture des temples (représentant le mont Meru, axe du monde), les rituels et la conception du temps. En présentant l'univers comme un théâtre divin, elle invite à une attitude de détachement tout en valorisant la vie comme une opportunité de progression spirituelle. Sa nature non dogmatique et inclusive a permis une grande diversité de croyances et de cultes au sein de l'hindouisme.

Anecdotes

L'Hymne du Non-Être

Le Nasadiya Sukta du Rig-Véda se conclut par des versets célèbres pour leur scepticisme philosophique : 'Qui sait en vérité ? Qui peut l'annoncer ici ? D'où est issue cette création ? Les dieux sont venus après. Qui sait donc d'où elle est née ? [...] Lui qui veille sur ce monde dans les hauteurs du ciel, peut-être le sait-il, ou peut-être ne le sait-il pas.' Cette ouverture questionne la possibilité même de connaître l'origine ultime.

Le Rêve de Brahma

Une tradition, notamment dans l'Advaita Vedanta, propose une métaphore puissante : l'univers tout entier est le rêve de Brahma. Tous les êtres, les mondes et les événements sont les projections de sa conscience. Lorsque Brahma s'éveille à la fin d'un kalpa, le rêve se dissout. Cette image illustre le concept de Maya et la nature illusoire de la réalité phénoménale.

La Tortue qui soutient le monde

Dans la cosmographie puranique, la Terre est décrite comme reposant sur les épaules de quatre éléphants, eux-mêmes debout sur la carapace d'une tortue géante (Kurma, l'avatar-tortue de Vishnou), qui nage dans l'océan cosmique. Cette image, souvent simplifiée en 'c'est des tortues jusqu'en bas', symbolise la stabilité et la patience nécessaires à la création.

Shiva, le Seigneur de la Danse

La statue de Shiva Nataraja (Seigneur de la Danse) est une représentation artistique et théologique de la création et de la destruction. Dans sa danse cosmique (Tandava), il crée l'univers par son rythme, le préserve dans son cercle de feu, et le détruit sous son pied. Le tambour dans sa main droite symbolise le son créateur (OM), tandis la flamme dans sa main gauche représente la dissolution.

Sources

  • Rig-Véda (notamment le Nasadiya Sukta, Hymne 10.129)
  • Les Puranas (Vishnou Purana, Bhagavata Purana)
  • Les Upanishads (Aitareya Upanishad, Brihadaranyaka Upanishad)
  • Le Mahabharata (incluant la Bhagavad-Gita)
  • Traités philosophiques du Vedanta (notamment les travaux de Shankara)
EdTech AI Assistant