Introduction
Avalon, ou 'Ynys Afallon' en gallois, est l'une des figures les plus énigmatiques et durables du cycle arthurien. Plus qu'une simple île, elle incarne le concept de l'Autre Monde celtique, un sanctuaire inaccessible aux mortels ordinaires, baigné de magie et de mystère. Elle sert de toile de fond à des événements cruciaux de la légende, de la forge d'Excalibur à la destinée posthume du roi Arthur, fusionnant mythologie celtique pré-chrétienne et récits médiévaux chrétiens.
Description
Avalon est décrite comme une île située à l'ouest, au-delà des mers, souvent entourée de brumes impénétrables qui la protègent des regards indiscrets. C'est un lieu d'une beauté paradisiaque et d'une fertilité exceptionnelle, où les pommiers sauvages fleurissent et fructifient perpétuellement, d'où son nom ('aval' signifiant pomme en vieux breton et gallois). La nature y est éternellement printanière, et la maladie y est inconnue. Elle est gouvernée par neuf sœurs magiciennes, dont la plus célèbre est Morgane (ou Morgause), dite 'la Fée', qui possède des pouvoirs de guérison, de prophétie et de métamorphose. Dans certaines versions, c'est aussi le lieu où fut forgée l'épée Excalibur. L'île fonctionne comme un hospice, un lieu de convalescence pour les héros blessés, et un sanctuaire pour les savoirs anciens et les arts magiques.
Histoire
Les premières mentions écrites d'Avalon apparaissent dans l'*Historia Regum Britanniae* (vers 1136) de Geoffroy de Monmouth, qui en fait le lieu où fut forgée l'épée Caliburn (Excalibur) et où Arthur, mortellement blessé à la bataille de Camlann, est emmené pour y être soigné. L'œuvre de Geoffroy, *Vita Merlini*, précise qu'Avalon est gouvernée par Morgane. La légende est popularisée et christianisée par Robert de Boron au XIIe siècle, qui assimile partiellement Avalon à un lieu de salut. La tradition postérieure, notamment dans la *Mort le Roi Artu* (XIIIe siècle), affirme qu'Arthur n'y est pas mort, mais qu'il y repose, 'guéri de ses blessures', en attendant son retour mythique (le 'Roi dormant'). Au XIIe siècle, les moines de l'abbaye de Glastonbury, dans le Somerset, affirmèrent avoir découvert les tombes d'Arthur et de Guenièvre, identifiant leur île marécageuse (entourée d'eau à l'époque) à l'Avalon légendaire, une affirmation largement considérée comme une supercherie pour attirer les pèlerins.
Caracteristiques
1. **Localisation insaisissable** : Avalon est géographiquement indéfinissable, accessible seulement par la volonté de ses habitantes ou à ceux qu'elles guident. Les brumes sont sa principale défense. 2. **Gouvernance féminine** : L'île est une matriarcatie dirigée par neuf prêtresses ou fées, avec Morgane comme figure de proue. C'est un espace de pouvoir féminin et de savoir occulté. 3. **Lieu de guérison et de transition** : Elle n'est pas un lieu de mort, mais de régénération. Arthur y est conduit pour être soigné, symbolisant une transition entre le monde des hommes et le mythe. 4. **Symbole de l'Autre Monde celtique** : Avalon partage de nombreux traits avec le *Sidh* ou *Annwn* de la mythologie celtique : une île de l'ouest, hors du temps, peuplée d'êtres immortels et regorgeant de nourriture magique. 5. **Synchrétisme religieux** : Le mythe fusionne des éléments païens (la pomme, la féerie, l'immortalité) avec des thèmes chrétiens (l'attente eschatologique du retour du roi, l'idée de paradis).
Importance
Avalon occupe une place centrale dans l'imaginaire occidental. Elle représente l'idéal d'un âge d'or perdu et la promesse de son retour possible. En tant que dernier refuge d'Arthur, elle transforme la fin de son règne en un mystère plein d'espoir plutôt qu'en une tragédie définitive, alimentant le mythe du 'Roi dormant'. Culturellement, elle a inspiré d'innombrables œuvres, de la poésie médiévale (comme *Sir Orfeo*) aux arts modernes (la peinture préraphaélite, la littérature fantasy de Marion Zimmer Bradley dans *Les Dames du Lac*, ou la série *Kaamelott*). Elle incarne également la fascination pour les savoirs secrets, la nature sauvage et préservée, et une certaine forme de spiritualité alternative centrée sur le féminin sacré. Son identification à Glastonbury a fait de cette ville un lieu de pèlerinage néo-païen et New Age majeur.
