Introduction
Pâris, également appelé Alexandre, est une figure centrale de la mythologie grecque, dont l'action unique – l'enlèvement d'Hélène – sert de catalyseur à l'épopée de la guerre de Troie. Fils du roi Priam et de la reine Hécube de Troie, sa vie est marquée dès sa naissance par une prophétie funeste qui le désigne comme le futur destructeur de sa cité. Son destin est moins celui d'un héros guerrier traditionnel que celui d'un agent du destin, dont la décision, guidée par la passion et la séduction, plonge le monde méditerranéen dans une décennie de guerre.
Description
Pâris est le fils cadet de Priam, roi de Troie, et de la reine Hécube. Avant sa naissance, sa mère rêva qu'elle mettait au monde une torche enflammée qui consumait la ville. L'interprétation de ce rêve par les devins fut sans équivoque : l'enfant causerait la ruine de Troie. Pour conjurer le sort, Priam ordonna qu'il soit exposé et laissé à mourir sur le mont Ida. Cependant, Pâris fut sauvé et élevé par des bergers, ignorant sa royale ascendance. Il grandit en devenant un gardien de troupeaux, réputé pour sa beauté exceptionnelle, son éloquence et son habileté à la lyre, mais non pour sa force martiale. Sa redécouverte par sa famille survient lorsqu'il remporte des jeux organisés à Troie et que sa sœur Cassandre, la prophétesse, le reconnaît.
Histoire
L'épisode fondateur de son mythe est le Jugement de Pâris. Lors des noces de Pélée et de Thétis, la déesse de la Discorde, Éris, lance une pomme d'or inscrite "à la plus belle". Athéna, Héra et Aphrodite se la disputent. Zeus, refusant d'arbitrer, désigne Pâris, alors simple berger, comme juge. Les trois déesses lui offrent des présents : Héra la souveraineté sur l'Asie, Athéna la gloire militaire et la sagesse, Aphrodite l'amour de la plus belle femme du monde, Hélène de Sparte. Pâris choisit Aphrodite et lui remet la pomme, s'attirant ainsi la haine éternelle des deux autres déesses. Guidé ensuite par Aphrodite, Pâris se rend à Sparte, où il est reçu par le roi Ménélas, époux d'Hélène. Profitant de l'absence de ce dernier, Pâris séduit et enlève Hélène (ou l'emmène de son plein gré, selon les versions), emportant aussi des trésors. Cet acte constitue une violation grave des lois de l'hospitalité (xénia) et provoque la réunion de l'immense armée achéenne, menée par Agamemnon, frère de Ménélas, pour assiéger Troie. Durant la guerre, Pâris se montre souvent peu courageux, préférant les plaisirs aux combats. Il tue cependant Achille d'une flèche dans le talon, guidée par Apollon. Lui-même trouve la mort peu avant la chute de Troie, frappé par une flèche empoisonnée de Philoctète.
Caracteristiques
Pâris incarne l'idéal de beauté masculine et de séduction, mais il est souvent dépeint comme vaniteux, lâche et égoïste, en contraste avec les héros comme Hector ou Achille. Ses qualités sont davantage esthétiques et amoureuses que guerrières. Il est un excellent archer, compétence qu'il doit à son éducation de berger. Son trait de caractère dominant est sa soumission à ses passions et à la volonté des dieux, en l'occurrence Aphrodite. Il est également décrit comme éloquent et charmant, traits qui lui permettent de séduire Hélène. Sa faiblesse morale et son manque de sens des responsabilités font de lui un anti-héros, dont les actions sont guidées par le désir personnel au détriment du bien commun.
Importance
L'importance de Pâris est immense dans la culture occidentale. Il est l'élément déclencheur de la guerre de Troie, le conflit fondateur de la littérature épique grecque (l'Iliade d'Homère) et un mythe central exploré par des auteurs comme Euripide, Virgile ou Shakespeare. Son jugement est un thème iconographique majeur dans l'art antique et classique, symbolisant le choix entre différents modes de vie (la puissance, la sagesse, l'amour). Psychologiquement, il représente les conséquences désastreuses d'un choix guidé par la passion et la séduction immédiate. Son histoire pose des questions fondamentales sur le libre arbitre, la responsabilité, la faute et le rôle du destin. Enfin, l'enlèvement d'Hélène est l'archétype du "casus belli", le prétexte ou la cause profonde d'une guerre, dont les échos résonnent à travers l'histoire.
