Introduction
Guillaume Tell est une figure emblématique du folklore suisse, dont la légende, située au début du XIVe siècle, est intimement liée à la fondation mythique de la Confédération helvétique. Bien que son historicité soit largement remise en question par les chercheurs, qui voient en lui une synthèse de récits populaires et de motifs mythologiques répandus en Europe (comme celui de la cible vivante), son personnage a acquis une puissance symbolique extraordinaire. Il représente l'esprit de liberté, la défiance envers l'autorité arbitraire et la prouesse du combattant pour la patrie, devenant un pilier de l'identité nationale suisse.
Description
Guillaume Tell est décrit comme un paysan montagnard, un chasseur et un piètre de la région d'Uri, réputé pour son adresse exceptionnelle avec l'arbalète. C'est un homme libre, fier et taciturne, attaché à ses traditions et à son droit à l'autodétermination. La légende le présente comme un père de famille, ce qui ajoute une dimension profondément humaine et dramatique à son exploit. Son refus de plier devant l'autorité injuste d'un bailli étranger (le Habsbourg Gessler) en fait le catalyseur d'une révolte populaire. Il n'est pas un noble ou un chef désigné, mais un homme du commun dont l'acte de défi individuel devient l'étincelle d'un mouvement collectif.
Histoire
L'histoire canonique, popularisée par la chronique blanche de 1470 et le livre *Chronicon Helveticum* de Gilg Tschudi (1734), se déroule vers 1307. Le bailli Hermann Gessler, représentant des Habsbourg, fait ériger un poteau sur la place d'Altdorf et y accroche son chapeau, ordonnant à tous les passants de le saluer comme symbole de la domination autrichienne. Guillaume Tell, qui traverse la place avec son jeune fils Walter, refuse de s'incliner. Arrêté, Gessler, connaissant sa réputation de tireur, lui offre un choix cruel : être exécuté ou prouver son adresse en tirant une pomme posée sur la tête de son fils. Tell, après avoir caché un second carreau sous sa veste, réussit le tir et coupe la pomme en deux sans toucher l'enfant. Interrogé sur la raison du second carreau, il avoue qu'il était destiné à Gessler si son fils avait été tué. Furieux, Gessler fait arrêter à nouveau Tell pour le conduire en prison par bateau sur le lac des Quatre-Cantons. Une tempête se lève, et Tell, réputé bon navigateur, est libéré de ses liens pour aider à conduire l'embarcation. Il en profite pour sauter sur un rocher (le « Tellsplatte ») et pousser le bateau au large. Il rejoint ensuite la terre ferme, se poste sur le chemin de Gessler et le tue d'un carreau d'arbalète. Cet acte est présenté comme le signal du soulèvement des cantons forestiers (Uri, Schwytz et Unterwald) qui, réunis sur la prairie du Grütli, prêtent le serment fondateur de la Confédération.
Caracteristiques
Les caractéristiques principales de Guillaume Tell sont multiples. **Adresse légendaire** : Son talent à l'arbalète est au cœur du mythe, faisant de lui un héros artisan de son propre salut. **Courage et défi** : Il incarne la résistance passive puis active à l'oppression, au nom de la liberté individuelle et collective. **Ruse et intelligence** : La dissimulation du second carreau montre sa prévoyance et sa détermination à punir le tyran en cas de malheur. **Attachement familial** : Son amour pour son fils est le moteur émotionnel de l'histoire et renforce l'identification populaire. **Dimension fondatrice** : Il n'est pas seulement un vengeur, mais l'initiateur mythique de la Confédération suisse, reliant l'acte individuel à la destinée nationale.
Importance
L'importance de Guillaume Tell dépasse largement le folklore. Il est devenu, surtout à partir du XIXe siècle, le **symbole national suprême de la Suisse**. Son histoire a été instrumentalisée pour forger une identité commune, unir les cantons autour d'un récit fondateur et exalter les vertus d'indépendance et de neutralité. La pièce de Friedrich Schiller *Guillaume Tell* (1804) et l'ouverture éponyme de Gioachino Rossini (1829) ont diffusé le mythe dans le monde entier, en faisant un emblème universel de la lutte contre la tyrannie. En Suisse, son image est omniprésente (monuments, timbres, pièces de monnaie, références politiques). Le mythe a également servi de référence aux mouvements révolutionnaires et libéraux en Europe. Aujourd'hui, bien que perçu avec plus de nuance historique, il reste une figure culturelle majeure, célébrée dans les arts, le tourisme et la mémoire collective.
