Introduction
Cú Chulainn, dont le nom signifie "Chien de Culann", est la figure centrale du Cycle d'Ulster (ou Cycle de la Branche Rouge), un ensemble de récits mythologiques irlandais datant principalement du VIIIe au XIe siècle. Il incarne l'idéal du guerrier celtique : une combinaison de prouesse martiale, de loyauté féroce, de beauté physique et d'émotions extrêmes. Son histoire, tissée de magie, de tragédie et d'exploits surnaturels, explore les thèmes de l'honneur, du destin et du prix de la gloire.
Description
Cú Chulainn, de son nom de naissance Sétanta, est le fils du dieu Lugh (dieu du soleil et des arts) et de Deichtine, sœur du roi Conchobar mac Nessa. Il est élevé à la cour d'Emain Macha. Son apparence est décrite comme extraordinaire : il a sept doigts à chaque main, sept orteils à chaque pied, et quatre pupilles dans chaque œil. Ses cheveux sont de trois couleurs (bruns à la racine, roux au milieu, blond aux pointes). Il possède une arme divine, la *Gae Bolga*, une lance barbelée qui inflige des blessures mortelles et ne peut être retirée. Son char est tiré par deux chevaux, le Gris de Macha et le Noir de Sainglenn, qui sont magiques et pleurent des larmes de sang avant sa mort.
Histoire
Son destin héroïque commence dans l'enfance lorsqu'il tue par accident le chien de garde féroce du forgeron Culann. Pour se racheter, il propose de remplacer la bête et devient ainsi le "Chien de Culann". Formé aux armes par la guerrière Scáthach en Écosse, il y acquiert ses techniques de combat légendaires et la *Gae Bolga*. Son exploit le plus célèbre est sa défense solitaire de l'Ulster contre l'armée du Connaught de la reine Medb, lors du *Táin Bó Cúailnge* (La Razzia des Vaches de Cooley). Alors que les hommes d'Ulster sont frappés par une malédiction de faiblesse, Cú Chulainn, trop jeune pour en être affecté, mène une guerre de guérilla, défiant les champions ennemis en combat singulier. Pendant cette bataille, il subit sa "frénésie guerrière" (*ríastrad* ou *warp spasm*), une transformation monstrueuse où son corps se tord et émet une lueur démoniaque, le rendant invincible. Sa vie s'achève tragiquement, trahi et contraint de combattre contre son fils Connla, puis finalement vaincu par la magie et la ruse. Mortellement blessé, il s'attache à un pilier de pierre pour mourir debout, face à l'ennemi, et seul un corbeau (symbole de la déesse Morrigan) ose se poser sur son épaule pour signaler sa mort.
Caracteristiques
Cú Chulainn est défini par plusieurs traits archétypaux : 1) **La Ríastrad** : une transe ou déformation guerrière qui le transforme en monstre incontrôlable, symbole de la dualité entre l'humanité et la sauvagerie divine. 2) **Les Geasa** (tabous ou interdits magiques) : il est lié par plusieurs *geasa*, comme l'interdiction de manger de la chair de chien et de refuser l'hospitalité. Leur violation orchestrée mène à sa perte. 3) **La Jeunesse Éternelle** : il meurt à 27 ans, préservant son image de jeune héros. 4) **La Loyauté Absolue** : sa fidélité à son roi, Conchobar, et à sa province, l'Ulster, est inébranlable, même face à des dilemmes personnels déchirants. 5) **La Tragédie** : sa vie est ponctuée de pertes (son ami Ferdiad, son fils Connla) et d'un destin inéluctable.
Importance
Cú Chulainn est bien plus qu'un simple héros de conte. Il est une figure fondatrice de l'identité irlandaise, représentant la résistance contre des forces supérieures. Au début du XXe siècle, les nationalistes irlandais (comme les membres de la Gaelic Athletic Association ou les révolutionnaires de 1916) l'ont adopté comme symbole de la lutte pour l'indépendance et de l'esprit sacrificiel. Son mythe explore des thèmes universels : le conflit entre devoir et émotion, la nature de l'héroïsme, et le coût de la violence. Il offre un aperçu inestimable des valeurs, de la structure sociale et de la vision du monde des Celtes pré-chrétiens, préservée par les moines scribes médiévaux.
