Introduction
Veles (ou Volos) est une divinité fondamentale, complexe et ambivalente de la mythologie slave préchrétienne. Contrairement à de nombreux dieux « célestes », Veles incarne les forces de la terre, des eaux, de la forêt profonde et du monde souterrain. Sa relation d'opposition et d'interdépendance avec Péroun, le dieu du ciel et de la guerre, structure la vision du monde slave, symbolisant le cycle éternel de l'ordre et du chaos, de la vie et de la mort, de la sécheresse et de l'humidité.
Origines
Les origines de Veles sont très anciennes, probablement indo-européennes, avec des parallèles possibles avec le dieu scandinave Odin (en tant que maître de la magie et de la poésie) et le dieu védique Varuna (gardien des serments et des eaux). Son nom est lié aux mots slaves pour « laine » (*volna*) et « bétail » (*skot*), soulignant son rôle de protecteur des richesses pastorales. En tant que « Skotiy Bog » (Dieu du Bétail), il était crucial pour l'économie de subsistance des Slaves. Des mentions de son culte apparaissent dans la « Chronique des temps passés » (Chronique de Nestor) et dans les traités russo-byzantins du Xe siècle, où les guerriers juraient par Péroun et les marchands par Veles.
Attributs
Veles est le souverain du monde souterrain (Nav ou Podsvetie), royaume des ancêtres et des forces chthoniennes. Il est le protecteur du bétail, source principale de richesse, et par extension, le gardien des trésors, du commerce et des contrats. Il est le dieu de la magie (*volkhv*), de la divination et de la poésie inspirée. Maître des eaux (rivières, lacs, sources), il contrôle l'humidité vitale pour les récoltes. Son opposition à Péroun est cosmique : Veles vole le bétail, la femme ou les enfants de Péroun (symbolisant les nuages ou les eaux célestes), provoquant la sécheresse. Péroun le pourchasse avec la foudre, le forçant à se cacher sous un arbre, une pierre ou à se transformer en animal, libérant ainsi les eaux fertilisantes. Ce combat cyclique régénère le monde.
Mythes
Le mythe central est le combat perpétuel entre Veles et Péroun. Veles, sous forme de serpent ou de dragon, s'empare des nuages (le bétail céleste) et les cache dans les montagnes de l'Autre-Monde. Péroun, armé de sa hache ou de ses flèches de foudre, part en guerre contre lui, le frappe et le chasse, permettant aux pluies de tomber. Un autre récit évoque Veles comme le gardien de l'Arbre-Monde, situé au centre de l'univers. Après la christianisation, ses traits se sont fragmentés et reportés sur des figures comme Saint Blaise (protecteur des animaux), le Diable (aspect chthonien et rusé), ou les esprits des forêts (Leshy) et des eaux.
Culte
Le culte de Veles était extrêmement répandu, notamment chez les paysans et les marchands. Ses sanctuaires (*kapishcha*) n'étaient pas des temples élevés, mais des lieux bas : des bosquets humides, des grottes, des sources, ou des pierres sacrées au pied des collines. Des offrandes de lait, de kvass, de pièces de monnaie et de morceaux de laine lui étaient faites. Les serments commerciaux et juridiques les plus solennels étaient prononcés en son nom. Les prêtres-mages (*volkhvy*) qui lui étaient dédiés jouaient un rôle crucial dans les rites agraires et les pratiques magiques. Sa fête principale était probablement liée à la fin des moissons ou aux périodes de transition comme le solstice d'hiver.
Influence
L'influence de Veles persiste profondément dans le folklore slave. Il survit dans les contes comme le « Tsar des Mers » ou le dragon Zmey, gardien de trésors. De nombreux toponymes en Europe de l'Est (Volos, Veles, Volosovo) portent son nom. Dans la culture néopaïenne moderne (Rodnovery), Veles est l'une des divinités les plus vénérées, symbolisant la sagesse ancestrale, la connexion à la nature et l'équilibre des forces. Il inspire également la littérature, la musique (folk et metal) et l'art contemporain, incarnant l'archétype du dieu sage, rusé et lié aux mystères de la terre et de la mort.
