Introduction
Tlaloc occupe une place centrale et ambivalente dans la cosmovision aztèque. Préexistant à la civilisation aztèque, ses origines remontent aux cultures mésoaméricaines plus anciennes, comme celle de Teotihuacan (où il était déjà vénéré sous le nom de « Dieu de la Pluie »). Pour une société dont la subsistance dépendait entièrement du maïs, le contrôle de Tlaloc sur les précipitations en faisait une divinité de vie ou de mort. Son culte était à la fois empreint de crainte et d'espoir, car il détenait le pouvoir de nourrir ou de détruire le monde.
Origines
La figure de Tlaloc est antérieure aux Aztèques. Des représentations similaires apparaissent dans l'art de Teotihuacan (vers 100-550 ap. J.-C.) et chez les Mayas (sous le nom de Chaac). Les Aztèques l'ont intégré à leur panthéon en lui accordant une position éminente, partageant le sommet du Grand Temple (Templo Mayor) de Tenochtitlan avec Huitzilopochtli, dieu de la guerre et du soleil. Cette dualité architecturale symbolisait les deux piliers de l'empire : la guerre pour l'expansion et la pluie pour la subsistance. Tlaloc incarnait les forces sauvages et indispensables de la nature.
Attributs
Tlaloc est aisément reconnaissable à son masque facial caractéristique : de grands yeux ronds cerclés (« lunettes ») souvent interprétés comme des serpents entrelacés, et de longues crocs recourbés de jaguar sortant de la bouche, symbolisant le tonnerre. Ces traits évoquent à la fois la vigilance et la férocité. Son corps est généralement peint en bleu (couleur de l'eau) ou en noir (couleur des nuages d'orage). Il est assisté par les Tlaloques, des esprits mineurs de la montagne qui distribuent les différentes pluies (bénignes ou destructrices) depuis leurs récipients. Tlaloc commande également aux *ahuitzotl* (loutres) et aux *cipactli* (crocodiles mythiques).
Mythes
Un mythe majeur implique l'enlèvement de Xochiquetzal, déesse de la beauté et des fleurs, par Tezcatlipoca pour en faire l'épouse de Tlaloc. Elle s'ennuya dans son royaume humide, et sa tristesse causa une sécheresse. Un autre récit raconte que Tlaloc exigeait des sacrifices d'enfants, dont les larmes étaient considérées comme de bon augure pour la pluie. Le mythe des cinq solels place Tlaloc comme le dieu qui gouverna la troisième ère du monde, « Nahui-Quiahuitl » (4-Pluie), détruite par une pluie de feu et de lave. Son royaume, Tlalocan, est décrit dans les codex comme un paradis terrestre de fertilité perpétuelle, où les âmes y résidant aidaient Tlaloc à produire la pluie.
Culte
Le culte de Tlaloc était omniprésent et codifié. Au Templo Mayor, son sanctuaire, teint de bleu et blanc, faisait face à l'est. Les prêtres de Tlaloc portaient des insignes distinctifs. Les rites les plus importants étaient les *atl cahualo*, cérémonies en l'honneur des Tlaloques au début de la saison des pluies, et la fête de *Tozoztontli* où l'on plantait des jeunes plants. Les offrandes incluaient du copal, des figurines en pierre verte (*chalchihuitl*), et des sacrifices humains, notamment d'enfants (leurs cris et larmes étant des présages favorables) et parfois de personnes atteintes d'hydropisie, dont le corps était considéré comme rempli de l'eau sacrée du dieu. Des dépôts votifs avec des objets liés à l'eau ont été retrouvés dans les lagunes sacrées.
Influence
L'héritage de Tlaloc persiste dans le folklore mexicain. Il est souvent identifié ou a fusionné avec des figures catholiques comme Saint Jean-Baptiste (lié à l'eau) ou avec les « *aires* » ou esprits de la pluie dans les communautés indigènes contemporaines. Son image iconique est utilisée dans l'art, la littérature et le militantisme culturel comme symbole de l'identité mésoaméricaine. En archéologie, la découverte du monolithe de Tlaloc à Coatlinchan (aujourd'hui à l'entrée du Musée national d'anthropologie de Mexico) et les offrandes découvertes au Templo Mayor ont considérablement enrichi la compréhension de son culte. Il demeure une figure puissante évoquant le lien vital et parfois terrible entre l'humanité et les forces climatiques.
