Introduction
Tiamat occupe une place centrale et ambivalente dans le panthéon mésopotamien. Elle représente l'état indifférencié et menaçant du monde avant la création, l'océan chaotique et salé. Son mythe, principalement connu par l'épopée babylonienne Enūma Eliš (VIIe siècle av. J.-C.), décrit le passage du chaos à l'ordre, où la déesse-mère originelle devient l'adversaire ultime que le dieu Marduk doit vaincre pour fonder l'univers organisé. Elle est à la fois la matrice de toute vie et la force destructrice qu'il faut dompter.
Origines
Les origines de Tiamat sont obscures et probablement très anciennes, remontant aux traditions sumériennes. Son nom est dérivé de l'akkadien "tiāmtu", signifiant "la mer". Elle n'avait probablement pas de culte actif à l'époque historique babylonienne, car elle représentait un principe antérieur et hostile à l'ordre divin établi. Sa figure synthétise des concepts cosmogoniques plus anciens, où l'univers émerge de l'union des eaux douces (Apsû) et des eaux salées (Tiamat). Elle incarne le stade pré-cosmique, le Tohu-bohu des traditions sémitiques.
Attributs
Tiamat est décrite comme un être monstrueux et gigantesque, souvent représenté sous la forme d'un dragon ou d'un immense serpent de mer. Elle est l'incarnation physique de l'océan primordial, son corps formant la matière brute de la création. Dans l'Enūma Eliš, après la mort de son époux Apsû, elle engendre une armée de monstres terrifiants pour venger sa mort : des serpents aux crochets impitoyables, des dragons, des lions, des hommes-scorpions, des démons tempêtes, des hommes-poissons et des bêtes géantes. Elle confie les "Tablettes du Destin", qui confèrent la souveraineté suprême sur l'univers, à son nouveau conjoint, Kingu. Elle est donc la source du chaos, de la monstruosité, mais aussi du pouvoir souverain.
Mythes
Le mythe principal est la cosmogonie de l'Enūma Eliš. Au commencement, seuls existent Apsû (l'eau douce) et Tiamat (l'eau salée), unis. De leur union naissent les premiers dieux, dont le comportement bruyant dérange Apsû, qui décide de les détruire. Le dieu Ea (Enki) devance Apsû et le tue. Tiamat, furieuse, crée une armée de monstres et prend pour chef et nouvel époux Kingu. Les dieux, terrifiés, élisent le jeune Marduk comme champion, à condition qu'il obtienne la souveraineté absolue. Après un combat titanesque, Marduk affronte Tiamat, l'enserre dans un filet, lui envoie un vent violent pour la déstabiliser, puis lui tire une flèche qui la transperce et la tue. De son corps divisé, Marduk crée l'univers : il fend son crâne pour créer le ciel et perce son ventre pour créer la terre. Ses larmes deviennent les sources du Tigre et de l'Euphrate. Ce mythe fonde l'ordre du monde sur la victoire du dieu organisateur (Marduk) sur la déesse du chaos (Tiamat).
Culte
Il n'existe aucune trace d'un culte rendu à Tiamat en tant que déesse bénéfique dans la Mésopotamie historique. Elle n'avait ni temple, ni prêtres, ni offrandes régulières. Sa représentation était probablement évitée, car elle symbolisait les forces du chaos et du désordre que la royauté et la religion officielle devaient contenir. Cependant, son mythe était récité lors de la fête du Nouvel An (Akītu) à Babylone, célébrant la recréation annuelle de l'ordre cosmique et la légitimité du roi, nouvel avatar de Marduk. Son rôle était donc purement mythologique et cosmogonique, servant de repoussoir à la souveraineté établie.
Influence
L'influence de Tiamat est profonde. Elle est considérée comme un archétype de la déesse-mère terrible, du chaos primordial et du dragon combat mythique. Son combat contre Marduk a influencé d'autres mythes de la région, comme la victoire de Baal sur Yam (la Mer) à Ougarit, ou, plus indirectement, les récits bibliques de Dieu domptant le Léviathan ou les eaux primordiales (Tehom, mot apparenté à Tiamat). Dans la culture moderne, elle est une figure majeure du jeu de rôle "Donjons & Dragons", où elle incarne la reine-dragon des chromatiques et la déesse du chaos maléfique. Elle apparaît également dans des œuvres de fantasy, des jeux vidéo (comme la série "Final Fantasy") et de la littérature, perpétuant son image de dragon cosmique et de force primordiale.
